Marc Simon a dirigé le service photo du magazine « VSD » pendant 18 ans. Il connaît la rédaction depuis les débuts de sa création. Il a en effet travaillé comme photographe pour le magazine depuis 1978 avant de devenir directeur de la photo. 

Marc est entré au magazine VSD comme photographe un an après la création du titre. Il avait couvert deux ans avant la guerre du Liban. Puis il est parti pour un long périple qui l’a conduit en Érythrée, en Zambie et en Tanzanie. C’est à son retour de ce voyage de 6 mois qu’il intègre la rédaction comme salarié. Il démissionne ensuite pour suivre un photographe en déplacement et réintégrera le titre comme pigiste.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le fonctionnement du service photo d’un magazine (7’’30)
  • Comment trouver la bonne idée de reportage (24’’48)
  • L’importance de rencontrer les iconographes (10’’45)

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Le fonctionnement du service photo d’un magazine

« Quand j’ai senti que le magazine envoyait de moins en moins de photographes sur les grands sujets, j’ai décidé de prendre la direction du service photo de VSD ». Marc nous explique qu’à l’époque un directeur photo ne durait pas plus de deux ans au sein d’une rédaction, pour manque de résultat ou dépenses excessives.

« Pour moi, prendre la direction d’un service photo, c’était comme aller sur la Lune, c’était impensable ». Pour que son épouse puisse continuer son métier de reporter, Marc décide de prendre le poste. « Le deal, c’était que nous avions 6 mois pour réussir. J’ai tenu 18 ans où j’ai vu des dizaines de rédacteurs en chef passer ».

Son quotidien, c’étaient des sujets photos majoritairement en argentique. « Mais ça a changé très vite. Avec le Tsunami, c’est la première fois qu’on a vu les premières photos amateurs faites depuis un portable ».

Il se souvient des représentants d’agences qui arrivaient avec leurs valises pour proposer les sujets sur des tirages papier. Avec la digitalisation, tout est arrivé sur l’ordinateur en quelques clics. « En 5 ou 6 ans on est venu à 100% en numérique ». 

Le directeur photo nous explique que la rédaction a toujours reçu beaucoup de sujets, alors même que la pagination avait diminué. En effet, le magazine est passé de 120 pages à 84 pages. « Si un sujet sort c’est soit parce que l’idée est très originale, soit parce qu’il arrive au moment où on attend ce sujet-là et parce que la qualité visuelle est bonne ».  Le directeur photo rappelle qu’il est important d’envoyer des sujets. Même si les mails restent parfois sans réponse, il ne faut pas se décourager. 

Marc nous avoue qu’il gagnait très bien sa vie comme photographe pigiste, mieux que comme directeur photo. Il a vu la rémunération des photographes chuter en quelques années. « Les photographes aujourd’hui gagnent de moins en moins parce que les magazines paient de moins en moins. Non seulement les tarifs ont diminué mais avant tu étais au moins sûr d’être payé dans le mois suivant, maintenant ils sont payés au bout de 6 mois, un an, et souvent les frais ne sont pas pris en charge ».

Il fait le parallèle entre la préconisation du métier et les réseaux sociaux :  « ça induit l’idée que tout le monde peut faire des photos  Je pense aussi que les photographes sans s’en rendre compte, avec Instagram et tous les sites, ont alimenté un peu ce mouvement. Souvent, tu vois les photos sur Instagram avant la publication du journal ». Il estime que les photographes ont alimenté cette sensation de gratuité de l’image.

Marc Simon s’insurge aussi contre l’idée reçue que le fait d’être publié, c’est déjà un honneur. Il reconnaît que « c’est difficile de parler d’argent avec le photographe ». Mais si les tarifs appliqués sont conformes à ce qui se pratique, « il n’y pas de honte à parler d’argent. Il n’y a non plus de raison pour que le photographe passe par un agent pour vendre son sujet ». 

Dès lors, on peut s’interroger sur la méthode pour trouver une bonne idée de reportage.

Comment trouver la bonne idée de reportage ? 

Selon Marc Simon, « le lecteur était plus facile à émerveiller avec peu de choses. Aujourd’hui l’œil a tout vu ». Outre la qualité visuelle indispensable, il faut une idée originale. C’est une condition essentielle que le journal soit prêt à financer le sujet. 

A la question, faut-il un nom pour publier dans la presse, l’ancien directeur photo est catégorique : « non absolument pas. Il n’y a pas une génétique dans la photo ». Avoir un nom en photo n’est donc pas nécessaire pour commencer à publier des sujets dans la presse. « Ce qui est important de savoir, c’est l’introduction qu’aura ce photographe dans le milieu qu’il veut photographier ». Voilà pourquoi la préparation du reportage en amont est essentielle. L’enjeu est de faire comprendre à la rédaction que les contacts sont établis pour la bonne réalisation du sujet. À ce propos, Pascal Maitre donne de très bons conseils dans l’article qui lui est consacré. 

Exemple de publications dans le magazine VSD ©Fred Marie

Il faut ensuite présenter son sujet correctement pour pouvoir le vendre. Marc conseille de présenter une quarantaine de photos pour pouvoir donner du choix pour une publication de 6 pages. Il insiste sur l’importance de la photo d’ouverture, la double-page. Marc explique comment le photographe doit s’interroger pour choisir la photo d’ouverture : « Quelle est la photo qui va ouvrir mon sujet, situer mon sujet et puis c’est comme une pelote qui se débobine, le sujet suit. Plus on met de photos, moins le sujet est bon ». 

En termes de présentation, il prône la simplicité : une bonne présentation par mail (avec un titre bien écrit), un éditing serré et une présentation du sujet dans un document PDF « et si ça marche, l’icono peut demander d’envoyer des photos en basse définition pour présenter le sujet à son rédacteur en chef ».

Ensuite il faut faire vivre son sujet, même si Marc voit bien l’évolution qui ne facilite pas le travail du photographe : « à mon époque, on partait faire un sujet, on vendait un sujet et après on vivait sur les stocks, sur les reventes, ça assurait une partie des revenus grâce aux archives. Aujourd’hui c’est moins le cas parce que les archives s’usent plus vite et qu’il y en a trop ». 

L’importance de rencontrer les iconographes

Marc est formel : « Le photographe est toujours le plus mauvais éditeur pour son travail, il faut demander à un autre. Il m’est déjà arrivé de donner un coup de main sur des editing ».

Marc a vu une évolution significative du niveau des photographes au fil des années. Il trouve les photographes d’aujourd’hui beaucoup plus performants : « tu ne peux plus te permettre de faire tes gammes sur le dos des magazines ». Selon lui, les sujets manquent parfois d’originalité : « La photo c’est avant tout un choc, tu as besoin de ressentir ça pour être touché par un sujet ». 

Le directeur photo conseille d’assister aux lectures de portfolios, organisées notamment au festival Visa pour L’image. C’est une opportunité formidable pour avoir un regard extérieur sur son travail. D’une manière générale, il ne faut pas hésiter à demander des retours sur son travail. C’est le meilleur moyen de se confronter à la critique et de progresser dans sa photographie. 

C’est aussi l’occasion de rencontrer les iconographes. Marc Simon le rappelle : une rédaction ne prendra le risque d’envoyer en commande un photographe qu’elle ne connaît pas. 

C’est le début de la construction d’un réseau qui va permettre de travailler dans de bonnes conditions.

Exemple de mise en page d’un sujet dans le magazine VSD @Fred Marie

Toutes les informations utiles de l’épisode

Les photographes cités dans l’épisode

Gérard Rancinan
Edouard Elias
Gilles Caron

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

Découvrez une méthode qui fonctionne pour vivre du photojournalisme durablement en apprenant à trouver de bonnes idées de reportages et surtout en apprenant à les vendre.

photoreporter photojournalisme

Sylvie Hugues a été rédactrice en chef du magazine Réponses Photo pendant 23 ans. Depuis quelques années, elle multiplie les activités en lien avec la photographie : experte dans les lectures de portfolios à la MEP, directrice artistique pour le Festival du Regard à Cergy-Pontoise, animation de stages et masterclass aux Rencontres d’Arles. 

Elle écrit aussi pour la presse et continue sont travail de photographe. Elle se définit comme « photographe du réel » avec une pratique en argentique pour sa démarche personnelle. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment se positionner sur le marché de l’art (14 »00)
  • Comment réaliser un livre photo (13 »28)
  • L’importance d’avoir une culture photographique (16 »30)
  • Si le métier de photographe existe encore (23’’40)

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Comment se positionner sur le marché de l’art ? 

Lorsqu’on évoque le marché de l’art, Sylvie Hugues pointe le nombre de galeries qui ne sont pas si nombreuses et qui sont très sollicitées. « Pour réussir dans ce domaine-là il faut avoir une politique de raréfaction de la photographie ». Ainsi, les procédés anciens reviennent au goût du jour : ça donne une unicité à la photographie ». Et c’est précisément ce que recherche le marché de l’art selon la photographe. 

Pour entrer en galerie, Sylvie conseille de biens connaître le lieu et contacter les directeurs de galerie en dehors des lieux où il expose. Il faut aussi savoir ce qui se fait dans ce domaine en s’intéressant aux événements de photographie contemporaine, comme Paris Photo par exemple. Elle recommande de se poser dès le début du projet la question de l’encadrement, du format, de la numérotation du tirage. Tous ces éléments vont permettre d’affiner encore plus le projet initial et d’être préparé pour défendre son travail devant un galeriste. 

Paris Photo est une foire internationale organisée chaque année sous la verrière du grand palais. Près de 200 exposants sont réunis pour trois jours d’exposition, offrant aux collectionneurs et amateurs d’art un large panel de ce qui se fait en matière de photographie contemporaine. Depuis 1997, la foire soutient la création photographique en promouvant le travail des artistes, des galeries et des éditeurs. 

En évoquant le marché de l’art, Sylvie rappelle qu’il s’agit avant tout d’un marché, au sens où le galeriste est un marchand. Dès lors, il faut interroger sa pratique et regarder ce qui se fait, tout en étant sincère dans sa démarche. 

Comment éditer un livre ?

La sincérité revient lorsque nous l’interrogeons sur la réalisation de livre photo. « Ce n’est pas parce qu’on a fait une série qu’on va faire un livre.  Il faut y mettre un peu plus de soi ». Le livre doit accompagner le lecteur dans une réelle expérience. Le photographe se doit de faire des recherches poussées. La réalisation d’un livre est un projet long qui demande du temps. 

Que ce soit pour des travaux personnels ou pour des reportages pour la presse, la démarche reste la même. « Il faut être curieux, tenace, se démener, avoir des idées originales. Le découragement fait partie du métier ». 

Faire un livre, c’est réaliser un editing conséquent. Aujourd’hui, on a tendance à multiplier les prises de vue. Il faut réussir à se défaire des photos que l’on aime pour des différentes raisons. « C’est ce qu’on appelle l’image mentale, parce qu’on a vécu la scène, on a transpiré, que c’était difficile.  Mais il faut réfléchir en termes de série, de narration ». 

L’importance d’avoir une culture photographique

Sylvie nous parle de son parcours : « je viens du cinéma. Quand j’étais petite, je voulais devenir Depardon, mais le Depardon du cinéma, celui qui pose la caméra et qui donne la parole aux gens et qui n’intervient pas ». Après une fac de cinéma et des études de lettres, elle travaille pour une société de production audiovisuelle. Puis elle tombe sur une annonce dans Libé. Un nouveau magazine cherchait un rédacteur photo. Elle arrive à la rédaction de Réponses Photo en 1992 et en devient rédactrice en chef 4 ans plus tard. 

« Ce que je trouvais intéressant dans un magazine c’est qu’on hiérarchisait l’information, quand tu vas chercher l’information sur internet, tout est un peu au même niveau. C’est pour ça qu’on insistait beaucoup sur la partie culturelle de la photographie dans le magazine ».

@Sylvie Hugues

Photographe, est-ce encore un vrai métier ? 

Sur le métier de photographe, Sylvie est plutôt fataliste. « C’est de moins en moins un métier. Beaucoup de photographes ont d’autres activités que la photo (ils animent des stages, donnent des cours, etc). Des photographes qui ne vivent que de leur photo, il y en a de moins en moins ».

Néanmoins, Sylvie pense qu’un jeune photographe a de réelle chance de percer  dans le métier « au regard de la course au jeunisme qu’on vit ». Certains concours photos et résidences sont réservés aux photographes âgés de moins de 35 ans. Les réseaux sont tellement présents maintenant qu’il est plus facile d’être visibles rapidement.

L’ancienne rédactrice en chef du magazine Réponses photo revient sur son expérience et témoigne de l’évolution de la photographie : « on s’est aperçu que les amateurs étaient bons parce qu’ils faisaient vraiment de la photo une passion, ils investissaient beaucoup d’argent là-dedans, ils étaient parfois presque mieux équipés que les professionnels ». Avec l’avènement  du numérique, la prise de vue a été facilitée.

D’après Sylvie, les photographes professionnels avaient une expertise avant, qui s’est déplacée aujourd’hui sur les outils de post-traitement. « Mais globalement il y a moins de frontière entre le pro et l’amateur ».

Enfin, elle voit en Internet, le véritable ennemi du photographe. « La concurrence c’est le numérique et internet ; C’est une opportunité d’un côté mais ça a tué beaucoup de photographes dont c’était le métier ». 

Sylvie Hugues voit dans la pratique en argentique une réelle opportunité de se réinventer. Elle conseille aux photographes de continuer à développer 3 qualités essentielles pour durer dans le métier : « être original, sincère et curieux »

Toutes les informations utiles de l’épisode

Sylvie Hugues

Le Festival du Regard

Les photographes cités dans l’épisode

Harry Gruyaert
Peter Lindbergh
Raymond Depardon

Méthodologie pour auto-éditer son livre photo

Découvrez toutes les étapes pour réussir à auto-éditer votre propre livre photos. Vous trouverez dans cet atelier des conseils et toutes les erreurs à éviter pour réaliser et vendre votre ouvrage.

Le World Press Photo est une compétition internationale annuelle depuis 1955. Un jury indépendant, invité par l’organisation, est chargé chaque année de sélectionner les meilleures images de l’année dans 6 catégories. Les lauréats voient leur photo exposé dans une exposition itinéraire qui circule dans 100 lieux partenaires situés dans 50 pays du monde. 

Maral Deghati, qui travaille à l’organisation du concours, a accepté de nous en dire plus sur les coulisses de l’événement de photojournalisme le plus attendu de l’année. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Ce qu’est l’organisation du WPP (1’’45)
  • Comment sont sélectionnées les images (17’’04)
  • Ce qu’il faut produire pour être publié dans la presse (10’’45)
  • Pourquoi travailler en équipe (25’’20)
  • L’importance de devenir spécialiste de son sujet (25’’55)

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Qu’est ce que l’organisation du World Press Photo ? 

Au delà du concours international mondialement reconnu, le World Press Photo est une fondation indépendante soutenue par deux sponsors : Dutch Postcode Lottery et Canon. La fondation comporte un département éducation, un département communication, un département exposition. C’est aussi un magazine en ligne. 

La fondation organise également une masterclass : 12 photographes, âgés de moins de 32 ans, sont sélectionnés pour passer une semaine à Amsterdam auprès de professionnels de l’image pour apprendre le storytelling et améliorer leurs reportages. 

Maral Deghati rappelle que la masterclass n’est, en aucun cas, une formation pour partir en zone de guerre :« ce n’est pas notre but et ce n’est pas notre responsabilité ». Le travail de la fondation, à travers cette masterclass, c’est de soutenir le talent et la diversité des photographes. 

Le prix peut parfois donner l’impression aux jeunes photographes qu’il faut prendre des risques pour avoir une chance de gagner. « Mais ils n’ont pas compris pourquoi c’est bien de gagner des prix. Ce n’est pas pour la gloire, ce n’est pas pour avoir un nouvel appareil photo, c’est pour avoir une visibilité et un soutien dans ce qu’ils font ». 

Comment sont sélectionnées les images lauréates ?

Deux critères sont pris en compte : l’esthétique et l’histoire. 

D’abord, les images sont soumises, anonymement et sans légende, à un premier jury qui fait une sélection en se basant uniquement sur l’esthétique de l’image. Ensuite, un deuxième jury, présidé par une personnalité, est chargé de lire les légendes, de commenter les choix des sujets. Une commission de « fact checking » est chargée de vérifier la cohérence des histoires et la véracité des faits apportés par les photographes.  

Puis un dernier jury est chargé de sélectionner les meilleures histoires, celles qui ont été importantes dans l’année. 

Mais Maral l’affirme : « le jury ne se base pas sur le fait qu’une photo devient virale ou non. Leur choix se porte sur les images les plus importantes au regard de l’histoire ». Ce sont surtout les 18-25 ans qui font d’une image un phénomène viral. 

Quant à la part des freelances parmi les lauréats, Maral précise : « 45% des lauréats sont freelance, bien souvent les lauréats primés sont indépendants mais en commande pour un client ».

Image lauréate du WPP 2020, Khartoum, Soudan©
Yasuyoshi Chiba

Que faut-il produire pour être publié dans la presse ? 

Maral Deghati distingue deux cas de figure. 

L’image unique réunit à elle-seule toutes les informations nécessaires pour comprendre l’action. « Certains photographes sont de vrais artistes, ils produisent vraiment des cadrages pertinents, souvent les agenciers arrivent à bien cadrer l’information dans une seule image qui peut faire le tour du monde et être comprise par le plus de personne ».

Pour un sujet magazine, il  faut évidemment plusieurs images. « C’est un vrai travail de photo editor, il faut sculpter l’histoire ». Il s’agit de trouver le bon équilibre entre l’information, l’esthétique et l’émotion. « C’est une réaction, il faut que l’image sorte du lot par rapport aux tonnes d’image qu’on voit tout le temps ».

Sur la question de la répartition homme-femme dans le photojournalisme, Maral Deghati pense que les magazines ne prennent pas assez le risque d’embaucher des femmes, notamment sur les zones de guerre. Elle donne pourtant l’exemple d’Alexandra Boulat, qui a eu accès, en tant que femme au Moyen-Orient, à des sujets que des hommes n’auraient pas pu traiter. 

Pourquoi travailler en équipe ? 

« Travailler seul c’est compliqué, on s’ennuie et c’est dangereux finalement ».

Maral Deghati revient sur son expérience de « photo editor » à l’AFP, qui lui a permis de comprendre l’impact des images, de vérifier les faits, de rédiger les légendes tout en gardant un œil sur l’actualité. Elle s’est ensuite mise à son compte pour pouvoir choisir les photographes avec lesquels elle souhaitait travailler. Elle a notamment travaillé avec Stanley Greene : traitement des archives, travail de recherche avant le départ sur le terrain, travail sur la diffusion des images. 

Ce travail en binôme permet au photographe de prendre de la distance par rapport à ses images. Maral conseille aussi de trouver un écrivain et de partir sur le terrain avec lui.

Le travail en équipe peut se faire une fois que le sujet est produit. C’est une autre façon de faire vivre l’histoire que l’on vient de raconter. On peut organiser une exposition, publier un livre mais on peut aussi chercher des collaborations avec d’autres artistes, des vidéastes ou des musiciens, par exemple. 

Comment devenir spécialiste d’un sujet  ?

Maral Deghati pointe du doigt les photographes d’aujourd’hui qui, selon elle, « ne font pas assez de recherches ». Elle appelle les photographes à réellement s’interroger sur ce qu’ils veulent raconter : « oui le sujet a été fait 15000 fois, c’est pas grave, tant mieux. Il faut étudier les cas d’avant ; savoir qu’est-ce qu’on peut rajouter comme autre perspective au sujet ». Il faut devenir spécialiste du sujet avant de partir sur le terrain. 

« Jim Jarmush et Wim Wenders ne sont pas devenus des cinéastes sans regarder le monde de la photo, Raymond Depardon n’est pas devenu photographe sans regarder de film ». Elle conseille de faire sa propre éducation de trouver l’inspiration en allant au-delà des images. « Il faut parler à des scientifiques, à des académiciens, des gens qui n’ont rien à voir avec le métier mais qui sont spécialistes du sujet que l’on veut couvrir. C’est dans la collaboration aujourd’hui que l’on travaille ». 

Enfin, si elle ne devait retenir qu’un seul conseil à vous donner, elle répond, sans hésiter : « contactez les mentors, ils sont accessibles ». Grâce à Internet, nous avons accès à tout le monde. On peut poser des questions facilement. « Osez demander » ! 

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World Press Photo

Le magazine en ligne

Les photographes et professionnels cités dans l’épisode

Joao Silva
Paolo Pellegrin
John Steiner

Ivor Pricket

Adam Fergusson

Raymond Depardon
Magdalena Herrera

Jim Jarmusch

Wim Wenders

La Masterclass pour un accompagnement complet dans votre entreprise

En attendant d’être sélectionné pour la Masterclass du World Press Photo, vous pouvez, dès maintenant, rejoindre la Masterclass Photographe Pro 2.0.

Vous y trouverez une communauté de photographes motivés mais surtout un accompagnement personnalisé sur tous les aspects de votre entreprise (maîtrise des réseaux sociaux, techniques de marketing, méthodologie pour faire des reportages qui se vendent, etc.).

Investir en vous est la première bonne décision !

masterclass photo

Le Centre National d’Entraînement Commando (CNEC) se trouve à Collioure dans les Pyrénées-Orientales. C’est ici que passent tous les militaires, certaines unités d’intervention de la police, des pompiers, des sportifs de haut niveau, et également des journalistes partant en zone de guerre,

Deux fois par an, le CNEC accueille des journalistes pour une semaine de préparation en terrain hostile. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment se déroule le stage de préparation (5’’10)
  • L’importance de la préparation physique et mentale (10’’04)
  • Pourquoi les réseaux sociaux sont dangereux (12’’20)
  • L’importance de suivre les recommandations de l’armée quand on est « embedded » (18’’45)

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Comment se déroule le stage de préparation ?

Lors de cette semaine, deux aspects sont au cœur de l’entraînement : le savoir-faire et le savoir-être. 

D’une part, la présentation du matériel permet de passer en revue les armes que l’on peut rencontrer sur le terrain. Il s’agit de comprendre l’effet des munitions et comment se protéger.  L’instructeur précise : « l’ancrage dans le cerveau passe par la manipulation ». 

Le stage comprend aussi une présentation des IED ( engin explosif improvisé, en anglais Improvised Explosive Device) et autres mines que l’on peut rencontrer en zone de guerre. L’apprentissage ne s’arrête pas à ces engins : les conséquences directes sont longuement passées en revue : apprendre à soigner un blessé rapidement, apprendre à porter secours sans se mettre en danger, c’est le « sauvetage au combat ». La semaine est éprouvante pour les participants. L’instructeur l’affirme : « vous ne venez pas chercher des diplômes ici, mais des savoir-faire ». 

Adopter le bon comportement est aussi un élément essentiel à maîtriser avant de partir en zone difficile. Il faut savoir franchir des check points, soit mis en place par les autorités légales dans le pays concerné, soit établis par des factions. L’enjeu de cette semaine de préparation est de connaître toutes les mesures à prendre avant d’arriver à pied ou en véhicule à ces point de contrôle. Les formateurs détaillent ce qu’il faut regarder et comment ne pas commettre d’erreur. 

Ce stage a pour objectif pour les journalistes de comprendre comment travaillent les militaires sur le terrain. Pendant cette semaine de formation, ils vont apprendre à se déplacer dans une zone hostile basse intensité et haute intensité, dans une zone urbanisée ou non. L’essentiel de la formation repose sur le fait d’apprendre à se déplacer sans gêner ni mettre en danger les militaires qui les protègent. 

L’importance de la préparation physique et mentale 

Un docteur spécialisé intervient lors de cette semaine de formation. Il assure :  « le danger ne prévient pas ». Dès lors que l’on part en reportage, on quitte la zone sécurisée. On se doit d’être préparé, aussi bien physiquement que mentalement. 

Le physique va être mis à l’épreuve par le froid, la faim, la dureté du sol. En somme, tout un tas d’éléments qui vont faire que le corps va avoir envie de s’arrêter. C’est alors le mental qui va prendre le relais. « C’est le cerveau qui va contourner ces moments d’abandon ».

Stage de préparation à Collioure. © ADC Drahi / Sirpa Terre

L’objectif de cette semaine est de saisir, qu’à tout moment, on peut dépasser cette appréhension. « Maîtriser l’appareil photo et les techniques de survies quand on est au chaud chez soi, c’est très bien mais ce n’est pas dans ce cadre là qu’on va en avoir besoin. Comme nous, savoir utiliser son arme, confortablement installé sur le pas de tir, c’est très bien, c’est la base. Mais il faut pouvoir le faire des situations dégradées ».

Surmonter la faim, le froid, la peur, c’est gérer son stress et c’est primordial pour prendre la bonne décision dans des situations particulièrement difficiles. 

Pourquoi les réseaux sociaux sont-ils dangereux ? 

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans nos vies. Ils servent à nous faire connaître, à communiquer, à montrer notre travail. « Mais c’est aussi un accès ouvert à tout le monde ». Le piratage est facile. C’est d’ailleurs ce que nous montre cette semaine de préparation à Collioure. « On vous montre qu’on est capable de pirater vos réseaux, vos téléphones, vos ordinateurs. Si on est capable de le faire, des gens mal intentionnés en sont capables aussi ». 

Le réel danger des réseaux sociaux c’est la source d’informations qu’ils représentent. Ces éléments vont être utilisés pour faire pression et obtenir des informations. « La torture physique n’est pas la pire. La pression sur le mental est plus dangereuse, on s’écroule très vite et  ce moment-là les informations que vous détenez, vous allez les délivrer. »

Une photo sur un profil peut-être mal interprétée. L’instructeur évoque l’exemple d’une journaliste en tenue militaire en possession d’un pistolet automatique : « c’est assez difficile d’expliquer à la personne qui vous détient que vous n’êtes que journaliste ». Il rappelle l’extrême vigilance dont on doit faire preuve quant aux publications sur nos réseaux. « Ce n’est pas vous le danger c’est pour les autres, la famille, les amis ». 

L’instructeur insiste sur un point important : « il ne faut jamais mentir ». On peut ne pas tout dire mais il est inutile de s’inventer une légende quand on est capturé. C’est le meilleur moyen d’aggraver la situation. 

L’importance de suivre les recommandations de l’armée quand on est « embedded »

« Aussi belle soit-elle, votre photographie c’est 5% de votre temps. Tout le reste c’est de la préparation, de l’écriture, de l

Sur une zone de guerre, les déplacements des journalistes « embedded » sont protégés par un groupe militaire.  Mais est-ce à dire que le journaliste travaille pour l’armée ? L’instructeur est assez clair sur ce point : « oui, en ce sens qu’il ne se met pas seulement lui en danger mais aussi les militaires qui le protègent. » Le journaliste a alors la responsabilité de ne pas sortir de la zone de protection pour faire une image. 

« Si l’on met en place des militaires pour protéger des journalistes sur une zone particulière, c’est bien parce que la zone est dangereuse. La protection va limiter la prise de vue mais c’est un équilibre entre la sécurité et l’efficacité ».

L’instructeur rappelle que le plus grand danger c’est de choisir un sujet qui n’est pas forcément lié à un conflit mais dont le lieu de reportage est proche d’un terrain de conflit. En effet, sur une zone de très haute intensité, le danger est identifié.

Mais si l’on est proche d’une zone de conflit, cette zone peut bouger rapidement : « repli des factions, prise d’otage sur un photographe isolé pour servir soit de monnaie d’échange, soit de bouclier humain. Pour ces factions, il est toujours plus simple d’enlever une personne seule qu’un groupe qui va demander de la logistique ».

On se doit d’être préparé et de bien connaître le terrain et le sujet que l’on souhaite couvrir. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

La vidéo de l’interview avec l’instructeur du CNEC

Méthodologie pour se forger un mental de survivaliste

Découvrez des conseils avisés pour adapter la philosophie survivaliste à son métier de photographe pour être prêt en toutes circonstances.

Vincent Leloup est co-fondateur de l’agence « Divergence-Images » et du web magazine « Rendez-vous Photo ». 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • l’importance de se regrouper pour résoudre un problème à plusieurs (2″30)
  • Comment le marché de l’image force les photographes à se réinventer (19″00) 
  • l’intérêt des micro-stocks pour diffuser ses images (41″29)
  • quelle est la place de la photo de presse aujourd’hui (1’09″48)

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L’importance de se regrouper pour résoudre un problème à plusieurs. 

Vincent Leloup est photographe depuis 1979. Il a aujourd’hui 64 ans,  et nous avoue que « ça fait 41 ans que je fais ça et j’en vis depuis 39 ans ». Il est le co-créateur d’une agence photo dans les années 80 qui s’appelait Collectif Presse qui a duré une dizaine d’années. 

« Chaque fois que j’ai un problème, j’y réfléchi non pas seul mais à plusieurs. Il se trouve qu’en général les photographes ont les mêmes problèmes au même moment ».

Quand il a lancé Collectif Presse, Vincent Leloup avait un peu plus de 20 ans. Il était confronté aux grandes agences qui ne prenaient pas le risque d’embaucher de jeunes photographes et aux journaux qui faisait moins appel aux indépendants qu’aujourd’hui. Ainsi, il a créé une petite agence avec des photographes de son âge pour pouvoir démarrer. 

Quant à la création de Divergence, le problème de la diffusion des images des photographes indépendants se pose au début des années 2000. C’est l’ère du numérique et les grandes agences ont pratiquement toutes coulé. « Donc l’invention du site mutualité qu’est Divergences vient de là. On avait à l’époque, tous le même problème et on a inventé ce système de diffusion pour y répondre ». 

« Rendez-Vous Photo, c’est différent parce que c’est encore en pleine expérience ». Avec ce projet, Vincent souhaitait contrer le manque d’occasion de publications pour les photographes. Il a alors réfléchi à une nouvelle opportunité, axée sur le photojournalisme. 

« J’étais gérant de Collectif Presse donc c’est moi qui ai vécu les emmerdes avec les impôts, l’Urssaf, la banque qui t’appelle tous les jours à 9h05 pour te dire que t’as 200 000 francs de découvert et te demande ce que tu vas faire pour régler ce problème. 

« J’ai été traumatisée par ces deux dernières années. Je n’avais plus le temps de bosser. J’avais une phobie de recréer une société. C’est pour ça que Divergences est une association ».

Vincent souhaitait une structure sans comptabilité, sans frais fixes. 

Site web de l'agence Divergence Images
Le site web de Divergence

« On est les premiers à avoir inventé cette mutualisation de site. Je suis assez fier de cette réussite ».

Comment le marché de l’image force les photographes à se réinventer

Le marché de la presse papier est de moins en moins rémunérateur. Il faut trouver un moyen d’investir le web de façon concurrentielle. 

Les grandes agences ont un trésor constitué de leurs archives. « C’est une valeur patrimoniale qui les fait vivre en grande partie. Le problème se pose pour les quelques photographes qui continuent à produire pour ces agences-là, en sachant qu’ils ont un avantage, ils ont un réseau de diffusion international, avec un système de diffusion croisée ». 

Selon Vincent, Mediapart est la seule vraie réussite d’un magazine en ligne. En réussissant à publier des sujets incontournables tout en état un média généraliste, Mediapart a réussi à créer une identité qui plaît à sa communauté. 

Rendez-vous Photo, magazine en ligne dirigé par Vincent Leloup.
La page d’accueil du magazine en ligne Rendez-vous Photo

« Les gens s’abonnent au début parce qu’ils t’aiment bien, puis ils voient qu’ils ne s’en servent pas, et quand vient le réabonnement, ça ne passe pas. Notre erreur ça a été de penser qu’un média de niche pouvait faire aussi bien qu’un média généraliste ». 

Quand on lui pose la question de l’évolution du marché de l’image, Vincent nous soutient qu’il était encore très optimiste il y a quelques années. Il pensait que l’apparition des journaux sur le web était une bonne chose, parce que cette part de diffusion des images reviendrait forcément aux photographes. 

« Or cette récupération a été beaucoup compliquée que prévu. Et même avec Rendez-vous Photo, on n’a pas réussi à créer un marché suffisant pour que Rendez-vous photo soit sorti d’affaire. Il y a un vrai problème de liquidités pour la diffusion sur le web ». 

Il est moins optimiste aujourd’hui parce que cette transition s’avère beaucoup plus longue et complexe que ce qu’il avait imaginé.« C’est pour ça que sur Divergences j’aimerais qu’on ait des tarifs spécifiques pour le web. 

Quand tu crées un site mutualisé, tu n’as pas de regard sur les tarifs qu’appliquent les photographes ». Eux-mêmes n’ont d’ailleurs pas la main là-dessus parce que les magazines ont leur propre grille tarifaire. Le risque d’une négociation trop rude de la part du photographe c’est le louper la publication et de se « griller » auprès du journal. 

l’intérêt des micro-stocks pour diffuser ses images 

L’enjeu de la publication des images sur le web reste la tarification, qui fait débat au sein même de la profession. « Si je suis un peu provocateur, je peux dire que peut-être certaines de mes photos ne valent rien, qu’elles pourraient être publiées gratuitement sur certains supports. En revanche, j’ai d’autres images qui valent beaucoup ». Donc je comprends qu’un photographe aille vers des choses qui lui permettent de vivre ». 

Vincent Leloup fait le parallèle entre la fin du monde et la fin du mois. La fin du monde de la photo est annoncé depuis longtemps par des gens qui ont un regard peu optimiste sur l’avenir du métier. Et puis il y a la fin du mois, « il faut bien réussir à vivre de sa photo. Donc je comprends qu’un photographe aille vers des choses qui lui permettent de vivre ».

fQuand on l’interroge sur l’utilisation des banques d’images, il répond sincèrement :  « Je n’ai pas de vrai avis sur les stocks. Les photos qui sont vendues sur ces sites-là sont quand même assez différentes de celles que nous faisons, même si certains évènements (comme l’incendie de Notre Dame) permettent à des photographes qui ne sont pas pro ou qui aimeraient le devenir de diffuser leurs photos sur les stocks ». 

Quelle est la place de la photo de presse aujourd’hui ?

Vincent Leloup revient sur l’expérience de Rendez-vous Photo. Il trouve très intéressant le travail d’éditions sur les photos qu’il reçoit mais est un peu plus réservé concernant la jeune photographie. « C’est beaucoup du 35 mm à 2M de l’action. Ce sont des photos qui sont très « signées » souvent. Quand je reçois un sujet, il manque les gros plans et les plans très large. Si tu n’as pas la double d’ouverture, ton sujet ne passe pas ». 

Le co-fondateur de Divergence fait une différence entre photo de presse et photojournalisme. « ll ne devrait pas y avoir de différence mais j’ai le sentiment que quand on prononce le mot photojournalisme, on pense beaucoup aux photos de guerre, aux photos de conflit, et qu’on pense peu aux portraits, à la photo d’illustration et que toute cette partie de la photo de presse est un peu oubliée. Je ne connais pas d’expo sur comment on a traité la photo de supermarché depuis 20 ans ». 

Le portrait fait vivre les photographes, tout comme la photo d’illustration. « Puis, de temps en temps, tu fais un grand reportage et ce grand reportage qu’on va mettre dans le secteur photojournalisme, c’est en fait une petite partie de la vie des photographes ». 

Vincent conseille aux photographes de répondre à tous ces domaines pour réussir à vivre de son métier. 

Vincent pointe aussi la multiplication des festivals photo et des prix qui permettent à quelques photographes de trouver des financements pour leurs sujets. « C’est un emplâtre sur une jambe de bois. ça va sauver un photographe pendant un an ». Il reconnaît, néanmoins que la palette des sources de revenus s’est un peu élargie pour les photographes d’aujourd’hui. 

Enfin, Vincent affirme que  « le photographe doit suivre ses sujets. C’est le suivi à long terme qui va faire que tu vas te démarquer des autres. La motivation première c’est de voyager et de rencontrer des gens mais ce n’est pas le cœur du métier ». 

Il revient en fin d’épisode sur l’importance de ne pas rester seul. Il est essentiel de se confronter aux regards et aux idées des autres. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

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Vincent Wartner est photographe et vidéaste. Il a cofondé le collectif Riva Press en 2007 avec 4 photographes. Il travaille pour la presse quotidienne , la presse magazine et la télévision. Il est aussi le cofondateur du Collectif DR, créé en septembre 2019.

Après des études en arts plastiques, Vincent Wartner devient infographiste et travaille pour un grand groupe automobile. En 2007, il suit une formation de 6 mois à l’EMI-CFD, alors dirigé par Wilfrid Estève. 

Il crée, avec 4 autres photographes, le collectif Riva Press, puis devient photojournaliste salarié à 20minutes. « C’était partir dans des conditions top au niveau des frais, accompagné d’un rédacteur ou d’une rédactrice, c’était une façon de travailler que j’ai beaucoup aimé ».

Le marché de la presse étant en perte de vitesse, Vincent retrouve son statut d’indépendant et intègre Hans Lucas quelque temps : « c’était un nouveau challenge, mais je ne m’y suis pas retrouvé complètement. Je suis retourné chez Riva Press ». 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • L’intérêt de rejoindre un collectif (9 »43)
  • Comment déjouer la concurrence (19 »07)
  • L’évolution de la vidéo sur le marché de l’image (31 »37)
  • La particularité du Collectif DR (15 »10)

Vous pouvez aussi écouter cet épisode sur Apple Podcast ou sur Soundcloud

Quel est l’intérêt de rejoindre un collectif ?

« Quand on mettait nos images en agence et qu’on voyait que l’agence prenant entre 50 à 70 % de la vente, on a voulu changer. On a créé un truc qui nous ressemblait et qui est toujours actif aujourd’hui ». Vincent voit dans le collectif la possibilité de mutualiser les ressources, de trouver de l’entraide et surtout d’avoir le contrôle sur la structure pour diffuser et vendre les images en direct aux rédactions. 

Il rappelle à quel point le métier est difficile. « C’est déjà compliqué pour un photographe avec une structure. Pour un photographe sans structure, c’est encore plus compliqué ». L’émulation qu’apporte le collectif est un encouragement à se dépasser. « Se confronter aux autres, ça ne peut être que positif ». 

Publication dans le magazine VSD du 24 Septembre 2015. @Vincent Wartner

C’est une façon d’avoir un retour constructif sur ses propres images et de tester des idées en en parlant avec des collègues. « C’est ce qu’on a expérimenté avec Riva, ça nous a permis de ne pas partir dans tous les sens, de se rencontrer sur ce qui était important. C’est une possibilité d’avoir toujours  un œil critique sur son travail. Ça évite de perdre du temps, de l’argent, ça permet de partir sur un sujet bien préparé. »

La structure permet aussi un accès à certains sujets grâce à la lettre de mission. Ainsi, Vincent nous raconte qu’il est allé 5 fois de suite à la frontière turque pendant la guerre de Kobané. Il n’a jamais réussi à entrer dans la ville : «le fait est que dans les derniers jours où j’étais présent là-bas, ils avaient une zone très près de kobané où on pouvait s’avancer à quelques kilomètres de la ville, on avait vue sur des scènes de guérillas : ce corridor, je n’y aurais jamais eu accès si Wilfrid Estève ne m’avait pas fait une lettre de mission ». 

Les lettres de mission des rédactions sont de plus en plus compliquées à obtenir. « Il faut se débrouiller autrement ». La lettre de mission du collectif est une alternative importante. Elle peut ouvrir l’accès à des événements sportifs par exemple. 

Comment déjouer la concurrence ?

Vincent ne nie pas la concurrence mais y voit autre chose : « les photoreporters, on est tous concurrents mais on se connait tous plus ou moins, il y a vrai sentiment fraternel entre nous, c’est encore plus vrai sur des terrains compliqués ». 

Sur un même sujet, chacun va le traiter à sa manière. « Il y a toujours moyen de s’extraire de la meute ».

« Il y aura toujours dans un collectif, des têtes d’affiche, des gens qui marcheront mieux que les autres mais c’est comme ça, c’est normal ». C’est pourtant un phénomène qui va bénéficier à l’ensemble des membres de la structure. En effet, les rédactions vont venir s’intéresser à ce que produit le collectif et aux profils des différents membres. 

Vincent revient sur son voyage en Guyane. « On m’a proposé de partir sur une expédition en Guyane. J’ai eu 24h pour me préparer pour partir un mois en autonomie totale pour suivre deux scientifiques du CNRS qui allaient à la rencontre des chercheurs d’or clandestins au fin fond de l’Amazonie et le tout protégé par 9 légionnaires du 3ème REI de Kourou ». Il nous détaille les conditions de tournage compliquées dues à la saison des pluies tardives et l’humidité maximale qui a mis à mal le matériel. « Je m’attendais à une grosse aventure mais ça a été plus qu’une aventure, un travail sur moi-même au fin fond de la forêt. Il faut se surpasser, ça ne se joue pas qu’au physique mais essentiellement au mental ». 

Finalement la concurrence représente peu face à sa capacité à se dépasser soi-même. 

Publication dans le journal La Croix du 11 janvier 2017. @Vincent Wartner

L’évolution de la vidéo sur le marché de l’image

« C’est une suite logique dans mon travail. Je ne lâche pas la photo mais c’était une envie que j’avais depuis un moment de basculer en vidéo ». A son retour de Syrie, Vincent a décidé de commencer la vidéo : « le fait est que quand je suis rentré, j’avais un goût d’inachevé parce que j’avais ramené finalement peu de photos, j’avais rencontré des gens qui m’avaient filé des témoignages hyper intéressants, ils auraient eu des sonores à faire ».

Il nous avoue qu’il aurait pu faire des diaporamas sonores mais il aime la complexité que requiert le travail en vidéo. « Le travail se prépare en amont comme en photo mais après il y a un gros travail à faire de derush, de montage, d’écriture de l’histoire, toutes ces choses qui font que c’est assez complet et ça me convient bien de faire tout ce travail de recherche, d’écriture ». 

Pour un documentaire de 52 minutes, Vincent explique que le synopsis est bien plus complexe à développer que pour un reportage photo. Le travail est conséquent. Il faut réfléchir à tous les aspects du documentaire en amont en étant le plus précis possible, « parce que les chaînes ne s’engageront pas si vous restez flous. Ils veulent s’imaginer déjà ce qu’ils vont voir à l’écran ». 

Quant aux budgets alloués à la vidéo, ils sont nettement plus importants que pour la photographie. Le sujet sera rediffusé. Il vit beaucoup plus longtemps qu’un sujet photo. 

Quand on lui demande si la vidéo remplacera un jour la photo, Vincent répond honnêtement : « les rédactions vont de toute façon dans la direction dans laquelle ça peut coûte le moins cher. Effectivement, si on peut envoyer un seul mec au lieu de deux, ça sera peut-être ça bientôt ». D’ici là, il reconnaît que les photographes sont pour l’instant bien identifiés par les rédactions. Il peut arriver qu’on demande au photographe de ramener quelques séquences vidéo en plus de ses photos. « La consommation a changé aujourd’hui, la vidéo capte bien plus de spectateurs qu’une photo ». 

La particularité du Collectif DR 

Vincent insiste sur la part de l’accompagnement chez DR. « On peut très bien aimer travailler seul mais le fait d’avoir quelqu’un derrière qu’on peut contacter en cas de problème, en cas de galère, c’est hyper important ».

C’est l’avantage de ce collectif par rapport à d’autres structures. L’espace de formation est conséquent pour que chacun puisse travailler à son rythme sur les différents aspects de la construction photographique d’une histoire. Même si l’ADN de ce collectif est affiché clairement, l’apprentissage ne se limite pas au reportage (techniques d’écriture, synopsis, vente des images, contacter les rédactions). 

Les profils des membres sont très variés, ce qui permet de créer une émulation très enrichissante. Certains travaillent ensemble sur une thématique, d’autres s’aident pour trouver des sujets. 

Chaque membre à un espace en ligne dédié à son travail. Mais Vincent rappelle qu’il est important d’avoir son propre site internet en plus. 

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Vincent Wartner

Riva Press

Collectif DR

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