josé nicolas photoreportage

José Nicolas est aujourd’hui co-directeur d’un atelier galerie à Paris. Il est photographe depuis 1982. D’abord engagé dans des missions humanitaires, il intègre ensuite l’agence Sipa où il travaille comme photo reporter salarié pour couvrir les actualités, notamment les conflits du monde entier. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le parcours de José Nicolas (1’30)
  • Le fonctionnement de l’atelier-galerie (1 »05’30)
  • Comment passer du reportage à la photo d’art  (1 »21″56)
  • Le positionnement éthique du photographe (30’00)

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Le parcours de José Nicolas

José Nicolas est photographe depuis 38 ans. Il a commencé en couvrant des missions humanitaires.

J’ai suivi Bernard Kouchner dans les années 80. Je suis rentré à Sipa, j’y suis resté plusieurs années, j’ai couvert des conflits, j’ai fait de la politique et des sujets de société ». 

Photoreportage et livre de José Nicolas, French Doctors, Editions de la Martinière
Couverture du livre French Doctors aux Éditions de la Martinière.
Afghanistan, mission humanitaire avec Médecins du Monde et Bernard Kouchner dans la région du Wardak en juillet 1984. Bernard Kouchner joue avec un enfant @José Nicolas

José Nicolas revient sur ses années à l’agence Sipa. « Je me levais à 6h du matin, j’écoutais la radio. Comme j’allais souvent en Afrique, j’écoutais RFI. Le patron était là à 7h du matin, j’arrivais à 7h15. On échangeait sur ce qu’on avait entendu le matin et il me disait « c’est bien, tu peux partir ». Il fallait passer à la comptabilité pour avoir de l’argent et je partais. Et puis des fois, il disait : non il ne vas pas y aller, parce que la dernière fois, il s’est planté. Il ira faire le conseil des ministres et les manifs. C’était un peu la punition ». 

Il quitte Sipa en 1995 après avoir été grièvement blessé au Rwanda lors de l’opération Turquoise.

Arrivé dans les premiers reporters sur place, il avertit les militaires après avoir trouvé des rescapés. Puis il prend la route avec une amie journaliste.

« Il n’y avait plus de bruit, plus d’oiseau, plus rien. Comme dans Beyrouth détruit. Là, tu sens qu’il va se passer quelque chose : on s’est fait canarder. On a pris 120 impacts dans la voiture, Isabelle est gravement blessée, j’ai le genou en éclat. Ils sont arrivés, c’étaient des gosses de l’UFPR, des Tutsies, prêts à nous découper. Quand ils ont vu qu’on n’était pas Hutu, ils nous ont gardés pendant plusieurs jours. Puis on a été libérés et évacués plus tard.  Nous avons été pris en charge à l’hôpital militaire. J’ai mis du temps à m’en remettre ».

Il continue à faire des reportages, des sujets magazine, diffusés par l’agence Sigma, qui deviendra Corbis par la suite.

Constatant le déclin de la presse écrite, il décide de chercher une nouvelle économie dans la photographie. Il développe des projets autour des vignobles, de la décoration et réalise aussi des reportages sur l’armée. 

En 2014, il récupère l’ensemble de ses archives et commence à travailler sur ce fonds photographie. « Qu’est-ce que j’allais faire de toute cette masse de photos que j’ai redécouvert ? J’ai trié, scanné, organisé ».

Il sort un premier livre aux Editions Lamartinière, Les French Doctors, sur les dix ans  passés auprès de Bernard Kouchner. « J’ai sorti ensuite un livre avec 20 ans de photographie sur le Tchad. C’est un pays que j’adorais, j’y allais souvent ». 

Plusieurs musées ont fait des acquisitions de photos de José Nicolas.  La dernière en date concerne l’achat des photos de la Mer de Chine par le Musée de l’immigration.

Le fonctionnement de l’atelier-galerie ? 

« Je voulais donner une vie à ces photos ». Soucieux de faire partager ces connaissances et ce savoir-faire à d’autres photographes, il s’associe avec un ami, qui met un lieu à sa disposition.

Dès lors, il crée, avec Stéphane Cormier, un atelier de présentation de la photographie de reportage. Ce lieu parisien a pour vocation de « présenter des photographies de reportage, de préférence argentique, des photos humanistes ».

Le compte Instagram de l'atelier-galerie, rue Taylor à Paris. L'atelier est codirigé par le photoreporter José Nicolas et le tireur spécialiste du noir et blanc argentique Stéphane
 Cormier
Le compte Instagram de l’atelier-galerie, rue Taylor à Paris.

Soutenu par des collectionneurs mécènes, l’atelier ne reçoit aucune subvention de l’état. José Nicolas nous explique que c’est la construction d’un réseau qui a permis d’instaurer la confiance. « Cela nous a permis de traverser la pandémie tranquillement ».

La vente aux passants représente à peine 10% des revenus de l’atelier. C’est bel et bien les gens du quartier, avec un besoin spécifique, qui font vivre la galerie. José Nicolas organise aussi régulièrement des événements où ils convient des clients potentiels. 

José Nicolas met en avant le travail de photographes en proposant à la vente des tirages d’art.

« À l’époque, les photos étaient signées et tamponnées par leurs auteurs. Mais aujourd’hui, on numérote. On numérote les photos avec un maximum de 30 exemplaires, ce qui permet d’avoir une TVA à 5,5%. Il y en a qui se limitent à 6 ou 7 exemplaires pour donner plus de valeur à la photo. Pour que ce soit un vrai tirage d’art, le noir et blanc est tiré par un tireur noir et blanc, avec un tampon sec, signé, numéroté. Si la photographie est en couleur, il y a tout un travail qui est fait derrière, mais disons que l’ensemble fait une œuvre ». 

Comment passer du reportage à la photographie d’art ?

Le photographe revient sur la problématique de gestion de son fonds photographique. « À l’époque, on faisait des photos destinées à la presse, sans réfléchir à l’editing. Mais aujourd’hui, il y a des photos qui prennent d’autres symboliques selon comment on les a cadrées, on les a prises. Ces photos peuvent alors entrer dans l’Histoire ou dans un musée. Ce sont des photos qu’il faut savoir extraire ».

Il a fait appel à des spécialistes pour l’aider dans le choix des photographies à exposer. L’ancien directeur du FRAC Marseille, Bernard Muntaner, lui a apporté un éclairage sur les photographies qui pouvaient se faire une place sur le marché contemporain.

Le conseiller en arts plastiques de la DRAC Normandie, Jérôme Felin, a aussi aidé le photographe à extraire de ce fonds des photographies qui allaient avoir une vie sur le marché de l’art. 

L’ancien reporter nous explique que le prix d’une œuvre est établi selon différents facteurs : le marché, les experts, la vente aux enchères et bien entendu le coût de production. L’arrivée d’une photographie sur le marché de l’art crée une cote pour l’artiste. Plus l’auteur va être exposé, référencé, plus son travail va circuler dans les festivals, plus sa cote va monter. 

Le positionnement éthique du photographe

Quand on lui demande le conseil qu’il donnerait à un photographe qui souhaite se lancer sur le marché de l’art, José Nicolas nous répond ouvertement : « Il ne faut pas penser comme cela ». Si l’objectif est d’exposer en galerie, il conseille alors de s’équiper en conséquence. « Tu deviens un auteur, mais tu n’es plus dans la construction de ton sujet, dans la passion d’informer, de montrer, d’être un témoin oculaire ». Il fait le constat du succès grandissant  de la vente en galerie, dû à la crise du marché de la presse et au monde de l’édition qui n’est pas encore suffisamment rémunérateur pour les photographes. 

José Nicolas a réalisé 37 livres, dont un seul en auto-édition. Tous les autres ont été élaborés avec des éditeurs. Les revenus sont faibles mais il retient l’expérience que lui apporte la création de chaque livre. « J’ai fait des livres sur tout : sur le cassoulet, sur le pain, j’ai fait deux livres sur la légion, deux livres sur les chasseurs alpins ».

En riant, ils nous raconte comment il est arrivé à faire un livre sur le cassoulet : « Un jour, « Le Pèlerin » me commande un reportage sur le cassoulet à Castelnaudary. Je suis parti faire des photos pendant 4 jours, la directrice de la communication de la ville m’a contacté parce qu’elle voulait faire un livre ».


Islande 1997, Lagon Bleu @José Nicolas

Islande 1997, Lagon Bleu @José Nicolas

Quelle que soit la photographie qui est mise en avant, que ce soit sur un mur ou dans un livre, José Nicolas insiste sur l’importance de l’histoire qu’elle porte. Il se définit comme « témoin oculaire ». C’est ainsi qu’il a toujours envisagé son métier de photoreporter. Aujourd’hui encore, lorsqu’il choisit  de mettre en avant le travail de tel ou tel photographe, c’est parce qu’il sait que l’histoire qui accompagne l’image pourra résonner dans la vie des gens. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

José Nicolas

La Galerie Taylor sur Facebook

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7 rue Taylor 75010 Paris


Méthodologie pour réaliser son livre photo auto-édité

Découvrez une méthode efficace pour réaliser de A à Z votre propre livre photo. Je vous livre tous les conseils et toutes les erreurs que j’ai commises pour vous faire gagner du temps.

Polka est un magazine français spécialisé dans la photographie d’art et le photojournalisme. Créé en 2008 par Alain Genestar et ses enfants, Polka est aussi une galerie photo et une boutique en ligne.

Dimitri Beck, le directeur de la photographie du journal nous explique le fonctionnement d’une rédaction et comment un photoreporter doit faire pour bien vendre ses sujets.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment sont choisis les sujets (4’’20)
  • Quelle est la place du photojournalisme aujourd’hui (8’’18)
  • L’importance du timing (12’’00)
  • Comment contacter efficacement une rédaction (27’’00)
  • Comment exposer dans une galerie (9’’20)

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Comment être publié dans Polka ?

Le rythme trimestriel fait de Polka un magazine qui suit l’actualité mais qui n’est pas dans l’actualité chaude. L’enjeu est de trouver un sujet qui va durer trois mois dans le magazine. « Il doit être important éditorialement et photographiquement ».

Polka cherche une exclusivité en France. Ce que l’on voit dans le magazine ne doit avoir été vu avant en France. Le magazine peut produire des reportages entiers ou la suite d’un reportage déjà commencé par le photographe (en lui demandant un angle précis.)

Le budget minimum pour un reportage de 6 pages est de 1200 euros. Mais tout dépend du nombre de pages, de la difficulté du sujet.

Polka Magazine s’attache à faire le nécessaire pour que le photographe puisse travailler convenablement. La rémunération est la même pour un travail en commande ou un sujet acheté.

Le photojournalisme est-il mort ?

Après plus de 10 ans chez Polka, Dimitri Beck se veut profondément optimiste. La photographie n’est pas là que pour illustrer. Polka est la preuve du contraire. « C’est un angle, une histoire ».

Le passage au numérique a créé un bouleversement économique important. Concernant la presse, ce changement permet de travailler plus facilement avec des photographes étrangers grâce aux réseaux sociaux.

Mais c’est aussi synonyme d’une concurrence accrue, et d’un choix plus difficile. Dimitri Beck reconnait que dans les coupes drastiques des budgets de la presse, « c’est souvent la photographie qui en fait les frais ».

Ce contexte crée beaucoup de frustrations, pour les photographes mais aussi pour les iconographes. Oui, il s’agit d’un vrai travail d’équipe. « Imposer un sujet dans une rédaction est un vrai défi. »

Exposer à la galerie Polka

Le modèle économique du magazine s’est étoffé avec la galerie. Cette dernière représente exclusivement une vingtaine de photographes et est aussi associée de manière non-exclusive à environ 20 photographes. « Chaque nouveau photographe qui rentre doit être différent et complémentaire », avec une réelle signature visuelle.

galerie polka magazine

La galerie s’occupe de gérer le lieu d’exposition, de produire les tirages et les encadrements, de communiquer sur les expositions à paris et de représenter les photographes lors d’expositions à l’étranger.

Le photographe touche 50% des ventes. L’objectif de Polka c’est de « donner les clé de compréhension aux lecteurs du temps nécessaire pour poser un regard. »

Comment contacter la rédaction ?

« Aussi belle soit-elle, votre photographie c’est 5% de votre temps. Tout le reste c’est de la préparation, de l’écriture, de la réflexion ». Avant tout, il faut avoir lu le magazine auquel on s’adresse. « Connaître le titre, c’est s’intéresser à l’autre ! », rappelle Dimitri Beck.

Savoir présenter son travail de manière claire est essentiel. Un mail précis et concis avec le titre du reportage dès l’objet du mail est une bonne approche. Un texte court de présentation du sujet accompagné d’un synopsis et d’une sélection serrée du sujet.

Il faut être rigoureux, ne pas se tromper d’interlocuteur et accepter que tous les mails se sont pas lus. Dimitri Beck conseille de « ne rien prendre personnellement ». Il faut insister, patiemment.

Au hasard des rencontres (festivals, lectures de portfolios), on peut se retrouver face à une personne qui n’a pas répondu aux mails. C’est l’occasion où jamais de pitcher son histoire. « Il faut être précis, bon, c’est-à-dire qu’il faut être préparé ».

Enfin, Dimitri Beck insiste sur le fait de ne pas rester seul. Il est essentiel d’échanger, de partager avec les autres photographes: « Avoir les moyens de sa vision pour un photographe c’est vivre de son métier. C’est un métier de passion ».

Toutes les informations utiles de l’épisode

Galerie Polka

Cour de Venise, 12 rue Saint-Gilles 75003 Paris

  • https://www.polkamagazine.com/la-halle/
  • https://www.polkamagazine.com/

Les photographes cités dans l’épisode

Yves Marchand & Romain Meffre
Luc Delahaye
Guillaume Herbaut
David Goldblatt
Stanley Greene

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

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photoreporter photojournalisme

Marc Simon a dirigé le service photo du magazine « VSD » pendant 18 ans. Il connaît la rédaction depuis les débuts de sa création. Il a en effet travaillé comme photographe pour le magazine depuis 1978 avant de devenir directeur de la photo. 

Marc est entré au magazine VSD comme photographe un an après la création du titre. Il avait couvert deux ans avant la guerre du Liban. Puis il est parti pour un long périple qui l’a conduit en Érythrée, en Zambie et en Tanzanie. C’est à son retour de ce voyage de 6 mois qu’il intègre la rédaction comme salarié. Il démissionne ensuite pour suivre un photographe en déplacement et réintégrera le titre comme pigiste.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le fonctionnement du service photo d’un magazine (7’’30)
  • Comment trouver la bonne idée de reportage (24’’48)
  • L’importance de rencontrer les iconographes (10’’45)

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Le fonctionnement du service photo d’un magazine

« Quand j’ai senti que le magazine envoyait de moins en moins de photographes sur les grands sujets, j’ai décidé de prendre la direction du service photo de VSD ». Marc nous explique qu’à l’époque un directeur photo ne durait pas plus de deux ans au sein d’une rédaction, pour manque de résultat ou dépenses excessives.

« Pour moi, prendre la direction d’un service photo, c’était comme aller sur la Lune, c’était impensable ». Pour que son épouse puisse continuer son métier de reporter, Marc décide de prendre le poste. « Le deal, c’était que nous avions 6 mois pour réussir. J’ai tenu 18 ans où j’ai vu des dizaines de rédacteurs en chef passer ».

Son quotidien, c’étaient des sujets photos majoritairement en argentique. « Mais ça a changé très vite. Avec le Tsunami, c’est la première fois qu’on a vu les premières photos amateurs faites depuis un portable ».

Il se souvient des représentants d’agences qui arrivaient avec leurs valises pour proposer les sujets sur des tirages papier. Avec la digitalisation, tout est arrivé sur l’ordinateur en quelques clics. « En 5 ou 6 ans on est venu à 100% en numérique ». 

Le directeur photo nous explique que la rédaction a toujours reçu beaucoup de sujets, alors même que la pagination avait diminué. En effet, le magazine est passé de 120 pages à 84 pages. « Si un sujet sort c’est soit parce que l’idée est très originale, soit parce qu’il arrive au moment où on attend ce sujet-là et parce que la qualité visuelle est bonne ».  Le directeur photo rappelle qu’il est important d’envoyer des sujets. Même si les mails restent parfois sans réponse, il ne faut pas se décourager. 

Marc nous avoue qu’il gagnait très bien sa vie comme photographe pigiste, mieux que comme directeur photo. Il a vu la rémunération des photographes chuter en quelques années. « Les photographes aujourd’hui gagnent de moins en moins parce que les magazines paient de moins en moins. Non seulement les tarifs ont diminué mais avant tu étais au moins sûr d’être payé dans le mois suivant, maintenant ils sont payés au bout de 6 mois, un an, et souvent les frais ne sont pas pris en charge ».

Il fait le parallèle entre la préconisation du métier et les réseaux sociaux :  « ça induit l’idée que tout le monde peut faire des photos  Je pense aussi que les photographes sans s’en rendre compte, avec Instagram et tous les sites, ont alimenté un peu ce mouvement. Souvent, tu vois les photos sur Instagram avant la publication du journal ». Il estime que les photographes ont alimenté cette sensation de gratuité de l’image.

Marc Simon s’insurge aussi contre l’idée reçue que le fait d’être publié, c’est déjà un honneur. Il reconnaît que « c’est difficile de parler d’argent avec le photographe ». Mais si les tarifs appliqués sont conformes à ce qui se pratique, « il n’y pas de honte à parler d’argent. Il n’y a non plus de raison pour que le photographe passe par un agent pour vendre son sujet ». 

Dès lors, on peut s’interroger sur la méthode pour trouver une bonne idée de reportage.

Comment trouver la bonne idée de reportage ? 

Selon Marc Simon, « le lecteur était plus facile à émerveiller avec peu de choses. Aujourd’hui l’œil a tout vu ». Outre la qualité visuelle indispensable, il faut une idée originale. C’est une condition essentielle que le journal soit prêt à financer le sujet. 

A la question, faut-il un nom pour publier dans la presse, l’ancien directeur photo est catégorique : « non absolument pas. Il n’y a pas une génétique dans la photo ». Avoir un nom en photo n’est donc pas nécessaire pour commencer à publier des sujets dans la presse. « Ce qui est important de savoir, c’est l’introduction qu’aura ce photographe dans le milieu qu’il veut photographier ». Voilà pourquoi la préparation du reportage en amont est essentielle. L’enjeu est de faire comprendre à la rédaction que les contacts sont établis pour la bonne réalisation du sujet. À ce propos, Pascal Maitre donne de très bons conseils dans l’article qui lui est consacré. 

Exemple de publications dans le magazine VSD ©Fred Marie

Il faut ensuite présenter son sujet correctement pour pouvoir le vendre. Marc conseille de présenter une quarantaine de photos pour pouvoir donner du choix pour une publication de 6 pages. Il insiste sur l’importance de la photo d’ouverture, la double-page. Marc explique comment le photographe doit s’interroger pour choisir la photo d’ouverture : « Quelle est la photo qui va ouvrir mon sujet, situer mon sujet et puis c’est comme une pelote qui se débobine, le sujet suit. Plus on met de photos, moins le sujet est bon ». 

En termes de présentation, il prône la simplicité : une bonne présentation par mail (avec un titre bien écrit), un éditing serré et une présentation du sujet dans un document PDF « et si ça marche, l’icono peut demander d’envoyer des photos en basse définition pour présenter le sujet à son rédacteur en chef ».

Ensuite il faut faire vivre son sujet, même si Marc voit bien l’évolution qui ne facilite pas le travail du photographe : « à mon époque, on partait faire un sujet, on vendait un sujet et après on vivait sur les stocks, sur les reventes, ça assurait une partie des revenus grâce aux archives. Aujourd’hui c’est moins le cas parce que les archives s’usent plus vite et qu’il y en a trop ». 

L’importance de rencontrer les iconographes

Marc est formel : « Le photographe est toujours le plus mauvais éditeur pour son travail, il faut demander à un autre. Il m’est déjà arrivé de donner un coup de main sur des editing ».

Marc a vu une évolution significative du niveau des photographes au fil des années. Il trouve les photographes d’aujourd’hui beaucoup plus performants : « tu ne peux plus te permettre de faire tes gammes sur le dos des magazines ». Selon lui, les sujets manquent parfois d’originalité : « La photo c’est avant tout un choc, tu as besoin de ressentir ça pour être touché par un sujet ». 

Le directeur photo conseille d’assister aux lectures de portfolios, organisées notamment au festival Visa pour L’image. C’est une opportunité formidable pour avoir un regard extérieur sur son travail. D’une manière générale, il ne faut pas hésiter à demander des retours sur son travail. C’est le meilleur moyen de se confronter à la critique et de progresser dans sa photographie. 

C’est aussi l’occasion de rencontrer les iconographes. Marc Simon le rappelle : une rédaction ne prendra le risque d’envoyer en commande un photographe qu’elle ne connaît pas. 

C’est le début de la construction d’un réseau qui va permettre de travailler dans de bonnes conditions.

Exemple de mise en page d’un sujet dans le magazine VSD @Fred Marie

Toutes les informations utiles de l’épisode

Les photographes cités dans l’épisode

Gérard Rancinan
Edouard Elias
Gilles Caron

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

Découvrez une méthode qui fonctionne pour vivre du photojournalisme durablement en apprenant à trouver de bonnes idées de reportages et surtout en apprenant à les vendre.

photoreporter photojournalisme

Sylvie Hugues a été rédactrice en chef du magazine Réponses Photo pendant 23 ans. Depuis quelques années, elle multiplie les activités en lien avec la photographie : experte dans les lectures de portfolios à la MEP, directrice artistique pour le Festival du Regard à Cergy-Pontoise, animation de stages et masterclass aux Rencontres d’Arles. 

Elle écrit aussi pour la presse et continue sont travail de photographe. Elle se définit comme « photographe du réel » avec une pratique en argentique pour sa démarche personnelle. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment se positionner sur le marché de l’art (14 »00)
  • Comment réaliser un livre photo (13 »28)
  • L’importance d’avoir une culture photographique (16 »30)
  • Si le métier de photographe existe encore (23’’40)

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Comment se positionner sur le marché de l’art ? 

Lorsqu’on évoque le marché de l’art, Sylvie Hugues pointe le nombre de galeries qui ne sont pas si nombreuses et qui sont très sollicitées. « Pour réussir dans ce domaine-là il faut avoir une politique de raréfaction de la photographie ». Ainsi, les procédés anciens reviennent au goût du jour : ça donne une unicité à la photographie ». Et c’est précisément ce que recherche le marché de l’art selon la photographe. 

Pour entrer en galerie, Sylvie conseille de biens connaître le lieu et contacter les directeurs de galerie en dehors des lieux où il expose. Il faut aussi savoir ce qui se fait dans ce domaine en s’intéressant aux événements de photographie contemporaine, comme Paris Photo par exemple. Elle recommande de se poser dès le début du projet la question de l’encadrement, du format, de la numérotation du tirage. Tous ces éléments vont permettre d’affiner encore plus le projet initial et d’être préparé pour défendre son travail devant un galeriste. 

Paris Photo est une foire internationale organisée chaque année sous la verrière du grand palais. Près de 200 exposants sont réunis pour trois jours d’exposition, offrant aux collectionneurs et amateurs d’art un large panel de ce qui se fait en matière de photographie contemporaine. Depuis 1997, la foire soutient la création photographique en promouvant le travail des artistes, des galeries et des éditeurs. 

En évoquant le marché de l’art, Sylvie rappelle qu’il s’agit avant tout d’un marché, au sens où le galeriste est un marchand. Dès lors, il faut interroger sa pratique et regarder ce qui se fait, tout en étant sincère dans sa démarche. 

Comment éditer un livre ?

La sincérité revient lorsque nous l’interrogeons sur la réalisation de livre photo. « Ce n’est pas parce qu’on a fait une série qu’on va faire un livre.  Il faut y mettre un peu plus de soi ». Le livre doit accompagner le lecteur dans une réelle expérience. Le photographe se doit de faire des recherches poussées. La réalisation d’un livre est un projet long qui demande du temps. 

Que ce soit pour des travaux personnels ou pour des reportages pour la presse, la démarche reste la même. « Il faut être curieux, tenace, se démener, avoir des idées originales. Le découragement fait partie du métier ». 

Faire un livre, c’est réaliser un editing conséquent. Aujourd’hui, on a tendance à multiplier les prises de vue. Il faut réussir à se défaire des photos que l’on aime pour des différentes raisons. « C’est ce qu’on appelle l’image mentale, parce qu’on a vécu la scène, on a transpiré, que c’était difficile.  Mais il faut réfléchir en termes de série, de narration ». 

L’importance d’avoir une culture photographique

Sylvie nous parle de son parcours : « je viens du cinéma. Quand j’étais petite, je voulais devenir Depardon, mais le Depardon du cinéma, celui qui pose la caméra et qui donne la parole aux gens et qui n’intervient pas ». Après une fac de cinéma et des études de lettres, elle travaille pour une société de production audiovisuelle. Puis elle tombe sur une annonce dans Libé. Un nouveau magazine cherchait un rédacteur photo. Elle arrive à la rédaction de Réponses Photo en 1992 et en devient rédactrice en chef 4 ans plus tard. 

« Ce que je trouvais intéressant dans un magazine c’est qu’on hiérarchisait l’information, quand tu vas chercher l’information sur internet, tout est un peu au même niveau. C’est pour ça qu’on insistait beaucoup sur la partie culturelle de la photographie dans le magazine ».

@Sylvie Hugues

Photographe, est-ce encore un vrai métier ? 

Sur le métier de photographe, Sylvie est plutôt fataliste. « C’est de moins en moins un métier. Beaucoup de photographes ont d’autres activités que la photo (ils animent des stages, donnent des cours, etc). Des photographes qui ne vivent que de leur photo, il y en a de moins en moins ».

Néanmoins, Sylvie pense qu’un jeune photographe a de réelle chance de percer  dans le métier « au regard de la course au jeunisme qu’on vit ». Certains concours photos et résidences sont réservés aux photographes âgés de moins de 35 ans. Les réseaux sont tellement présents maintenant qu’il est plus facile d’être visibles rapidement.

L’ancienne rédactrice en chef du magazine Réponses photo revient sur son expérience et témoigne de l’évolution de la photographie : « on s’est aperçu que les amateurs étaient bons parce qu’ils faisaient vraiment de la photo une passion, ils investissaient beaucoup d’argent là-dedans, ils étaient parfois presque mieux équipés que les professionnels ». Avec l’avènement  du numérique, la prise de vue a été facilitée.

D’après Sylvie, les photographes professionnels avaient une expertise avant, qui s’est déplacée aujourd’hui sur les outils de post-traitement. « Mais globalement il y a moins de frontière entre le pro et l’amateur ».

Enfin, elle voit en Internet, le véritable ennemi du photographe. « La concurrence c’est le numérique et internet ; C’est une opportunité d’un côté mais ça a tué beaucoup de photographes dont c’était le métier ». 

Sylvie Hugues voit dans la pratique en argentique une réelle opportunité de se réinventer. Elle conseille aux photographes de continuer à développer 3 qualités essentielles pour durer dans le métier : « être original, sincère et curieux »

Toutes les informations utiles de l’épisode

Sylvie Hugues

Le Festival du Regard

Les photographes cités dans l’épisode

Harry Gruyaert
Peter Lindbergh
Raymond Depardon

Méthodologie pour auto-éditer son livre photo

Découvrez toutes les étapes pour réussir à auto-éditer votre propre livre photos. Vous trouverez dans cet atelier des conseils et toutes les erreurs à éviter pour réaliser et vendre votre ouvrage.

Le World Press Photo est une compétition internationale annuelle depuis 1955. Un jury indépendant, invité par l’organisation, est chargé chaque année de sélectionner les meilleures images de l’année dans 6 catégories. Les lauréats voient leur photo exposé dans une exposition itinéraire qui circule dans 100 lieux partenaires situés dans 50 pays du monde. 

Maral Deghati, qui travaille à l’organisation du concours, a accepté de nous en dire plus sur les coulisses de l’événement de photojournalisme le plus attendu de l’année. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Ce qu’est l’organisation du WPP (1’’45)
  • Comment sont sélectionnées les images (17’’04)
  • Ce qu’il faut produire pour être publié dans la presse (10’’45)
  • Pourquoi travailler en équipe (25’’20)
  • L’importance de devenir spécialiste de son sujet (25’’55)

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Qu’est ce que l’organisation du World Press Photo ? 

Au delà du concours international mondialement reconnu, le World Press Photo est une fondation indépendante soutenue par deux sponsors : Dutch Postcode Lottery et Canon. La fondation comporte un département éducation, un département communication, un département exposition. C’est aussi un magazine en ligne. 

La fondation organise également une masterclass : 12 photographes, âgés de moins de 32 ans, sont sélectionnés pour passer une semaine à Amsterdam auprès de professionnels de l’image pour apprendre le storytelling et améliorer leurs reportages. 

Maral Deghati rappelle que la masterclass n’est, en aucun cas, une formation pour partir en zone de guerre :« ce n’est pas notre but et ce n’est pas notre responsabilité ». Le travail de la fondation, à travers cette masterclass, c’est de soutenir le talent et la diversité des photographes. 

Le prix peut parfois donner l’impression aux jeunes photographes qu’il faut prendre des risques pour avoir une chance de gagner. « Mais ils n’ont pas compris pourquoi c’est bien de gagner des prix. Ce n’est pas pour la gloire, ce n’est pas pour avoir un nouvel appareil photo, c’est pour avoir une visibilité et un soutien dans ce qu’ils font ». 

Comment sont sélectionnées les images lauréates ?

Deux critères sont pris en compte : l’esthétique et l’histoire. 

D’abord, les images sont soumises, anonymement et sans légende, à un premier jury qui fait une sélection en se basant uniquement sur l’esthétique de l’image. Ensuite, un deuxième jury, présidé par une personnalité, est chargé de lire les légendes, de commenter les choix des sujets. Une commission de « fact checking » est chargée de vérifier la cohérence des histoires et la véracité des faits apportés par les photographes.  

Puis un dernier jury est chargé de sélectionner les meilleures histoires, celles qui ont été importantes dans l’année. 

Mais Maral l’affirme : « le jury ne se base pas sur le fait qu’une photo devient virale ou non. Leur choix se porte sur les images les plus importantes au regard de l’histoire ». Ce sont surtout les 18-25 ans qui font d’une image un phénomène viral. 

Quant à la part des freelances parmi les lauréats, Maral précise : « 45% des lauréats sont freelance, bien souvent les lauréats primés sont indépendants mais en commande pour un client ».

Image lauréate du WPP 2020, Khartoum, Soudan©
Yasuyoshi Chiba

Que faut-il produire pour être publié dans la presse ? 

Maral Deghati distingue deux cas de figure. 

L’image unique réunit à elle-seule toutes les informations nécessaires pour comprendre l’action. « Certains photographes sont de vrais artistes, ils produisent vraiment des cadrages pertinents, souvent les agenciers arrivent à bien cadrer l’information dans une seule image qui peut faire le tour du monde et être comprise par le plus de personne ».

Pour un sujet magazine, il  faut évidemment plusieurs images. « C’est un vrai travail de photo editor, il faut sculpter l’histoire ». Il s’agit de trouver le bon équilibre entre l’information, l’esthétique et l’émotion. « C’est une réaction, il faut que l’image sorte du lot par rapport aux tonnes d’image qu’on voit tout le temps ».

Sur la question de la répartition homme-femme dans le photojournalisme, Maral Deghati pense que les magazines ne prennent pas assez le risque d’embaucher des femmes, notamment sur les zones de guerre. Elle donne pourtant l’exemple d’Alexandra Boulat, qui a eu accès, en tant que femme au Moyen-Orient, à des sujets que des hommes n’auraient pas pu traiter. 

Pourquoi travailler en équipe ? 

« Travailler seul c’est compliqué, on s’ennuie et c’est dangereux finalement ».

Maral Deghati revient sur son expérience de « photo editor » à l’AFP, qui lui a permis de comprendre l’impact des images, de vérifier les faits, de rédiger les légendes tout en gardant un œil sur l’actualité. Elle s’est ensuite mise à son compte pour pouvoir choisir les photographes avec lesquels elle souhaitait travailler. Elle a notamment travaillé avec Stanley Greene : traitement des archives, travail de recherche avant le départ sur le terrain, travail sur la diffusion des images. 

Ce travail en binôme permet au photographe de prendre de la distance par rapport à ses images. Maral conseille aussi de trouver un écrivain et de partir sur le terrain avec lui.

Le travail en équipe peut se faire une fois que le sujet est produit. C’est une autre façon de faire vivre l’histoire que l’on vient de raconter. On peut organiser une exposition, publier un livre mais on peut aussi chercher des collaborations avec d’autres artistes, des vidéastes ou des musiciens, par exemple. 

Comment devenir spécialiste d’un sujet  ?

Maral Deghati pointe du doigt les photographes d’aujourd’hui qui, selon elle, « ne font pas assez de recherches ». Elle appelle les photographes à réellement s’interroger sur ce qu’ils veulent raconter : « oui le sujet a été fait 15000 fois, c’est pas grave, tant mieux. Il faut étudier les cas d’avant ; savoir qu’est-ce qu’on peut rajouter comme autre perspective au sujet ». Il faut devenir spécialiste du sujet avant de partir sur le terrain. 

« Jim Jarmush et Wim Wenders ne sont pas devenus des cinéastes sans regarder le monde de la photo, Raymond Depardon n’est pas devenu photographe sans regarder de film ». Elle conseille de faire sa propre éducation de trouver l’inspiration en allant au-delà des images. « Il faut parler à des scientifiques, à des académiciens, des gens qui n’ont rien à voir avec le métier mais qui sont spécialistes du sujet que l’on veut couvrir. C’est dans la collaboration aujourd’hui que l’on travaille ». 

Enfin, si elle ne devait retenir qu’un seul conseil à vous donner, elle répond, sans hésiter : « contactez les mentors, ils sont accessibles ». Grâce à Internet, nous avons accès à tout le monde. On peut poser des questions facilement. « Osez demander » ! 

Toutes les informations utiles de l’épisode

World Press Photo

Le magazine en ligne

Les photographes et professionnels cités dans l’épisode

Joao Silva
Paolo Pellegrin
John Steiner

Ivor Pricket

Adam Fergusson

Raymond Depardon
Magdalena Herrera

Jim Jarmusch

Wim Wenders

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Le Centre National d’Entraînement Commando (CNEC) se trouve à Collioure dans les Pyrénées-Orientales. C’est ici que passent tous les militaires, certaines unités d’intervention de la police, des pompiers, des sportifs de haut niveau, et également des journalistes partant en zone de guerre,

Deux fois par an, le CNEC accueille des journalistes pour une semaine de préparation en terrain hostile. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment se déroule le stage de préparation (5’’10)
  • L’importance de la préparation physique et mentale (10’’04)
  • Pourquoi les réseaux sociaux sont dangereux (12’’20)
  • L’importance de suivre les recommandations de l’armée quand on est « embedded » (18’’45)

Vous pouvez aussi écouter cet épisode sur Apple Podcast ou sur Soundcloud

Comment se déroule le stage de préparation ?

Lors de cette semaine, deux aspects sont au cœur de l’entraînement : le savoir-faire et le savoir-être. 

D’une part, la présentation du matériel permet de passer en revue les armes que l’on peut rencontrer sur le terrain. Il s’agit de comprendre l’effet des munitions et comment se protéger.  L’instructeur précise : « l’ancrage dans le cerveau passe par la manipulation ». 

Le stage comprend aussi une présentation des IED ( engin explosif improvisé, en anglais Improvised Explosive Device) et autres mines que l’on peut rencontrer en zone de guerre. L’apprentissage ne s’arrête pas à ces engins : les conséquences directes sont longuement passées en revue : apprendre à soigner un blessé rapidement, apprendre à porter secours sans se mettre en danger, c’est le « sauvetage au combat ». La semaine est éprouvante pour les participants. L’instructeur l’affirme : « vous ne venez pas chercher des diplômes ici, mais des savoir-faire ». 

Adopter le bon comportement est aussi un élément essentiel à maîtriser avant de partir en zone difficile. Il faut savoir franchir des check points, soit mis en place par les autorités légales dans le pays concerné, soit établis par des factions. L’enjeu de cette semaine de préparation est de connaître toutes les mesures à prendre avant d’arriver à pied ou en véhicule à ces point de contrôle. Les formateurs détaillent ce qu’il faut regarder et comment ne pas commettre d’erreur. 

Ce stage a pour objectif pour les journalistes de comprendre comment travaillent les militaires sur le terrain. Pendant cette semaine de formation, ils vont apprendre à se déplacer dans une zone hostile basse intensité et haute intensité, dans une zone urbanisée ou non. L’essentiel de la formation repose sur le fait d’apprendre à se déplacer sans gêner ni mettre en danger les militaires qui les protègent. 

L’importance de la préparation physique et mentale 

Un docteur spécialisé intervient lors de cette semaine de formation. Il assure :  « le danger ne prévient pas ». Dès lors que l’on part en reportage, on quitte la zone sécurisée. On se doit d’être préparé, aussi bien physiquement que mentalement. 

Le physique va être mis à l’épreuve par le froid, la faim, la dureté du sol. En somme, tout un tas d’éléments qui vont faire que le corps va avoir envie de s’arrêter. C’est alors le mental qui va prendre le relais. « C’est le cerveau qui va contourner ces moments d’abandon ».

Stage de préparation à Collioure. © ADC Drahi / Sirpa Terre

L’objectif de cette semaine est de saisir, qu’à tout moment, on peut dépasser cette appréhension. « Maîtriser l’appareil photo et les techniques de survies quand on est au chaud chez soi, c’est très bien mais ce n’est pas dans ce cadre là qu’on va en avoir besoin. Comme nous, savoir utiliser son arme, confortablement installé sur le pas de tir, c’est très bien, c’est la base. Mais il faut pouvoir le faire des situations dégradées ».

Surmonter la faim, le froid, la peur, c’est gérer son stress et c’est primordial pour prendre la bonne décision dans des situations particulièrement difficiles. 

Pourquoi les réseaux sociaux sont-ils dangereux ? 

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans nos vies. Ils servent à nous faire connaître, à communiquer, à montrer notre travail. « Mais c’est aussi un accès ouvert à tout le monde ». Le piratage est facile. C’est d’ailleurs ce que nous montre cette semaine de préparation à Collioure. « On vous montre qu’on est capable de pirater vos réseaux, vos téléphones, vos ordinateurs. Si on est capable de le faire, des gens mal intentionnés en sont capables aussi ». 

Le réel danger des réseaux sociaux c’est la source d’informations qu’ils représentent. Ces éléments vont être utilisés pour faire pression et obtenir des informations. « La torture physique n’est pas la pire. La pression sur le mental est plus dangereuse, on s’écroule très vite et  ce moment-là les informations que vous détenez, vous allez les délivrer. »

Une photo sur un profil peut-être mal interprétée. L’instructeur évoque l’exemple d’une journaliste en tenue militaire en possession d’un pistolet automatique : « c’est assez difficile d’expliquer à la personne qui vous détient que vous n’êtes que journaliste ». Il rappelle l’extrême vigilance dont on doit faire preuve quant aux publications sur nos réseaux. « Ce n’est pas vous le danger c’est pour les autres, la famille, les amis ». 

L’instructeur insiste sur un point important : « il ne faut jamais mentir ». On peut ne pas tout dire mais il est inutile de s’inventer une légende quand on est capturé. C’est le meilleur moyen d’aggraver la situation. 

L’importance de suivre les recommandations de l’armée quand on est « embedded »

« Aussi belle soit-elle, votre photographie c’est 5% de votre temps. Tout le reste c’est de la préparation, de l’écriture, de l

Sur une zone de guerre, les déplacements des journalistes « embedded » sont protégés par un groupe militaire.  Mais est-ce à dire que le journaliste travaille pour l’armée ? L’instructeur est assez clair sur ce point : « oui, en ce sens qu’il ne se met pas seulement lui en danger mais aussi les militaires qui le protègent. » Le journaliste a alors la responsabilité de ne pas sortir de la zone de protection pour faire une image. 

« Si l’on met en place des militaires pour protéger des journalistes sur une zone particulière, c’est bien parce que la zone est dangereuse. La protection va limiter la prise de vue mais c’est un équilibre entre la sécurité et l’efficacité ».

L’instructeur rappelle que le plus grand danger c’est de choisir un sujet qui n’est pas forcément lié à un conflit mais dont le lieu de reportage est proche d’un terrain de conflit. En effet, sur une zone de très haute intensité, le danger est identifié.

Mais si l’on est proche d’une zone de conflit, cette zone peut bouger rapidement : « repli des factions, prise d’otage sur un photographe isolé pour servir soit de monnaie d’échange, soit de bouclier humain. Pour ces factions, il est toujours plus simple d’enlever une personne seule qu’un groupe qui va demander de la logistique ».

On se doit d’être préparé et de bien connaître le terrain et le sujet que l’on souhaite couvrir. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

La vidéo de l’interview avec l’instructeur du CNEC

Méthodologie pour se forger un mental de survivaliste

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