pierre morel photographe

Pierre Morel est photographe professionnel depuis une dizaine d’années. Il a suivi une formation de 8 mois à l’EMI-CFD pour devenir photojournaliste. Aujourd’hui, il travaille principalement en commande pour des journaux variés (Paris Match, LesJours.fr, Okapi, …). Il travaille aussi pour des institutions et des entreprises. 

Pierre Morel est membre de l’agence Divergence Images et il est représenté par un agent de La Company.

« J’ai une activité très diversifiée. Mes sujets de prédilection sont les reportage politique, de société. J’aime porter un regard optimiste et positif sur les entreprises en France et en Europe. Je développe principalement sur des sujets gentils ». 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment partir en commande pour une rédaction  (6’’13)
  • L’importance du positionnement marketing (11’’50)
  • Comment mettre en place une stratégie efficace (18’’05)
  • Comment modifier son rapport à l’argent  (20’35)
  • quelles sont les associations de défense des photographes (14’’20)

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Comment partir en commande pour une rédaction?

Pierre Morel se définit comme un prestataire de la photographie. « Je réponds aux besoins d’une rédaction ou d’un client à partir de l’histoire qu’ils veulent raconter». Quand on lui demande comment il arrive à gérer la contrainte de la commande imposée, il répond franchement : « je suis assez détaché. J’adore la contrainte et le cadre de la commande. » Il se dit plus à l’aise sur le plan de la légitimé lorsqu’elle est apportée par le commanditaire. « Il m’est arrivée de proposer des sujets mais je me dis pourquoi ce sujet est légitime. Je n’ai pas la confiance ou l’envie de porter ça. » 

Il a su se faire identifier pour les rédactions parisiennes sur ces thématiques de prédilection. « Aujourd’hui, les commandes qu’on me confie correspondent aux sujets que j’ai envie de faire. »

Le photographe avoue volontiers qu’il faut aimer la commande. « D’une commande à l’autre, on change de sujet. Je n’ai pas proposé une seule idée depuis 2 ans. » Il ne se dit pas frustré pour autant. Bien au contraire. Son activité est en croissance constante depuis 10 ans. « Mais cette croissance est-elle liée à l’état du marché ou à ma croissance personnelle, je n’ai pas de réponse. J’ai l’impression que le marché de la commande est toujours le même gâteau. Je suis toujours surpris qu’on m’envoie à l’étranger pour des commandes ».

Publication d'une photographie de Pierre Morel en double-page de Studio Cine Live en Septembre 2017
Parution de Pierre Morel dans Studio Ciné Live de Septembre 2017

L’importance du positionnement marketing ?

On parle beaucoup de l’évolution du marché de la photographie avec un discours souvent très négatif. Mais Pierre se veut optimiste : « Il y a toujours un besoin de production photographique originale sur un certain marché (plutôt un marché de niche, un marché premium) On a toujours besoin de portrait de PDG ça ne se trouve pas en micro-stock. Les journaux qui veulent montrer une plus-value, ont besoin de passer commande pour du contenu original ».

Il affirme que ce n’est pas tant la qualité des photos qui prime que le professionnalisme. Evidemment, les photographes sont de plus en plus nombreux sur le marché. Plutôt que de s’attarder sur la concurrence, Pierre Morel conseille de rester pro-actif par rapport à la commande. C’est cette attitude qui va apporter les recommandations et permettre de durer dans le métier : « ça fait 10 ans que je fais ce métier, je dois louper 15/20 plans par an parce que je ne suis pas disponible. »

Miss France 2016, Iris Mittenaere, essaie des robes dans les coulisses du Moulin Rouge à Paris le 10 novembre 2016 en prévision de sa participation au concours Miss Univers. Elle est suivie par une équipe de l’émission de télévision « 50 minutes inside » (TF1) © Pierre Morel

Néanmoins, Pierre reconnaît que les modes peuvent changer. « Il est important de ne pas mettre tous ces oeufs dans le même panier. »

Comment mettre en place une stratégie efficace

Le photographe insiste sur le fait de montrer son travail. Aujourd’hui, les canaux de diffusion sont nombreux. Il est essentiel de se créer une audience qui pourra, par la suite, être monétisée. Il peut s’agir de tenir un blog ou organiser une exposition. Mais l’idée ce n’est pas d’être sur tous les canaux, notamment en termes de réseaux sociaux.  Pierre l’affirme : « il faut trouver quelque chose qui te ressemble. Sois original. » C’est la meilleure façon pour marquer les esprits et faire que les clients vont venir. 

Les lectures de portfolios sont un très bon moyen d’avoir un retour constructif sur son travail. « Il m’est arrivé de payer des iconographes pour regarder mon site ».

Il est fondamental de partir de soi. La photographie a cet avantage non négligeable d’avoir déjà un impact visuel fort. « Mes photos sont ma matière première et je vais m’en servir pour raconter des histoires, en les publiant régulièrement, en montrant des coulisses, des backstages, etc. ». Mais la pertinence du contenu et le fait de raconter des histoires sont indissociables de la notion de plaisir pour Pierre Morel :« il faut que ça te fasse plaisir, faire ta promo, la promo ton travail, la promo de ton collectif. Il faut pas se forcer. Le marketing est nécessaire. Si ça ne te fait pas plaisir, fais-le faire par quelqu’un d’autre ». 

C’est une réelle démarche personnelle à mettre en place. 

Comment modifier son rapport à l’argent ?

Pierre admet que le rapport à l’argent est une réelle question pour les photographes. « Un des grand problème du milieu artistique : quand on gagne des sous, on a l’idée qu’on galvaude son art. »

Il s’inscrit en faux contre cette idée reçue : « si ce n’est pas nous qui prenons l’argent de la valeur qu’on crée ce sont d’autres gens qui en profiteront, des plateformes, des galeries, des directeurs d’institution, etc. »

Avoir une vision pour son travail et assumer l’aspect business, c’est avoir plus de liberté et de moyens pour créer. C’est un état d’esprit à adopter. Pierre Morel est intransigeant quand on évoque la question des tarifs : « dans la vie professionnelle, si on commence avec un tarif  trop bas, les gens vont vous identifier à ce tarif là et ça va être très dur de remonter ». La valeur du travail ne se montre pas seulement avec la qualité de la production. Le tarif est un facteur important qui donne de la valeur à la photographie. D’ailleurs il insiste :  « si tu veux que les gens paient pour ton travail, il faut que toi tu sois prêt à payer pour ton travail à toi ». Il a investi dans un comptable, des locaux et divers outils promotionnels. Il confie que « l’argent est venu » lorsqu’il a considéré sa photographie comme un « vrai métier ».

S’imposer un bilan financier tous les mois, c’est aussi respecter ses valeurs. Pierre Morel explique qu’il s’agit « d’imposer des bonnes pratiques, payer correctement  les gens avec qui on travaille, s’entourer d’assistants, apprendre à déléguer, se donner les moyens d’avancer, payer ses logiciels, éviter de faire du black ». L’idée c’est créer un cercle vertueux qui va se répercuter sur notre activité.

Pour continuer à être efficace, il est important de s’accorder des temps de pause. 

« Plus j’ai détaché mon métier de ma passion, plus ça a marché. Plus j’ai coupé à 20h pour reprendre frais et dispo à 8h, plus j’ai pris de vacances, mieux ça a marché, plus j’ai été efficace ». Pierre confie que lorsqu’il part en reportage, la location de son appartement lui assure une rentrée d’argent passive. Il donne aussi des formations dans des écoles. Il évoque même l’envie d’écrire des livres. 

Il rappelle que « Freelance, c’est la liberté de donner la valeur que l’on veut à notre travail. »

Et si l’on traverse des moments de doutes, il ne faut pas hésiter à s’entourer. Il faut discuter avec les autres photographes et se tourner vers les syndicats et associations de défense du métier. 

Quelles sont les associations de défense du métier de photographe ?

Très impliqué dans le fonctionnement de l’UPP, Pierre assure que « dans n’importe quel métier, tu dois permettre à l’ensemble des membres d’avoir un maximum d’informations ». Ces organisation sont des regroupements de corporation qui apporte de la cohésion à l’ensemble du métier. Elles ont un rôle effectif d’action auprès de l’Etat. C’est un peu « la courroie de transmission vers les ministères », résume Pierre Morel. 

Les membres de ces organisations peuvent bénéficier d’une expertise juridique, d’un accompagnement individuel, de fiches pratiques. Pierre Morel conseille à tous les photographes de se rapprocher de ces organisations et d’envisager le prix de l’adhésion comme un investissement dans le métier : « Ces organisations sont la somme de ce qu’en font les gens ». 

Il conclue par un appel à l’entraide : « Une grande partie de la réussite c’est de faire collectif ». 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Pierre Morel

La Company

L’UPP (Union des photographes professionnels)

La Maison des Photographes

L’article de Pierre Morel évoqué dans l’épisode

Méthodologie pour gagner des followers et de l’argent grâce à Instagram

Découvrez une méthode efficace pour constituer une audience conséquente sur le réseau social le plus impactant pour les photographes professionnels.

photographe paysage jc milhet

Jean-Christophe Milhet est photographe basé à Perpignan. Il travaille principalement pour la presse, majoritairement pour des magazines mais aussi pour des entreprises et il fait de l’illustration touristique. 

Son territoire de prédilection se situe dans les Pyrénées catalanes, il couvre l’ensemble de l’Occitanie et plus largement le pourtour méditerranéen. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment sont choisis les sujets (4’’20)
  • Quelle est la place du photojournalisme aujourd’hui (8’’18)
  • L’importance du timing (12’’00)
  • Comment contacter efficacement une rédaction (27’’00)
  • Comment exposer dans une galerie (9’’20)

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JC Milhet nous raconte comment il est arrivé à la photographie de paysage. « Tout a commencé dans un paquet de lessive, parce qu’un jour ma grand-mère a ouvert un paquet de lessive et dedans il y a avait un micro110 et j’ai commencé à jouer avec ça. La photo est toujours restée autour de moi ». La photographie de paysage s’est imposée naturellement à lui parce qu’il aime randonner. 

Qu’est-ce que la photo de paysage ? 

« Une bonne photo de paysage, c’est très compliqué ». Jean-Christophe reconnaît que les belles photos de paysage sont nombreuses. Mais il faut qu’elles soient publiables. Les unes de la majorité des grands magazines vont choisir des ciels bleus. Il admet : « ils peuvent se permettre parfois des beaux levers, des beaux couchers de soleil mais il faut que ce soit très doux. Alors que la tendance de la photographie de paysage aujourd’hui, c’est beaucoup de filtres, des couleurs très forcées, qui sont très belle au demeurant mais pour être dans une galerie d’expo. Elles auront du mal à se vendre dans la presse ».

Il faut adapter sa photographie à la demande des magazines. Pour JC, une belle photo de paysage, « c’est nécessairement un grand angle, nécessaire beaucoup de profondeur de champ et un maximum d’informations possibles sur une seule image ».

Même si la photographie de paysage paraît simple et accessible, JC Milhet prévient : « ce n’est pas juste appuyer sur un bouton ». Dans chacune de ses images, Jean-Christophe cherche à montrer toutes les nuances du paysage et « tout ce que peut révéler la nature ».  

L’importance de la préparation

JC revient sur une anecdote de reportage pour nous faire comprendre l’importance de la préparation : « pour un cliente, je devais photographier la baie de Collioures. Il y a une piste en voiture, et après il y a 30 minutes de marche. Je calcule le temps et je pars de chez moi pile poil pour être en haut de la tour avec la bonne lumière ».

Tout était prêt pour faire le trajet de 30 juin. Mais la météo n’étant pas bonne ce jour-là, il décide de reporter son trajet de 24h. « Mais le 1er juillet il y a une barrière qui empêche l’accès à la piste et je me suis retrouvé 45 mn de marche plus bas. Je me suis mis en panique, je suis parti en courant. J’aime bien marcher longtemps mais je n’aime pas courir. Je me suis retrouvé à courir comme un dératé, de nuit, avec la lampe torche, et finalement je suis arrivé à quelques minutes près, j’ai posé mon trépied, j’ai fixé mon appareil, j’ai lancé le déclenchement, j’ai vomi deux fois d’épuisement, je me suis relevé, j’ai vérifié mes photos, j’ai refait une image, je me suis allongé, ma tête tournait ».

En riant, il rappelle à quel point il faut être en forme si l’on veut obtenir la bonne image. Effectivement, la photo peut être réalisée rapidement une fois sur place. Mais il faut pouvoir arriver à l’endroit où le trépied sera installé. Appuyer sur le déclencheur ça peut prendre «  deux heures de marche de nuit », rappelle JC.

Comment construire une histoire pour raconter un paysage ? 

JC se définit comme un photographe de territoire. Il explique que « c’est un paysage  qui va englober le territoire et situer où nous sommes ». Son rôle de photographe est alors de montrer ce qui se passe sur ce territoire.  

« Ce n’est pas forcément de l’action, ça peut être juste un bâtiment au sens où il s’est passé quelque chose, c’est du patrimoine ». 

Il va ensuite chercher à documenter une initiative, un agriculteur par exemple. « Ensuite, c’est un portrait, parce qu’un territoire est toujours habité ». JC s’attache ensuite à photographier les détails qui vont permettre la compréhension du territoire. 

C’est l’ensemble de ces éléments qui va donner le photoreportage. 

Jean-Christophe est très vigilant sur le storytelling.  « Concernant le storytelling, j’en débats avec le rédacteur. C’est son angle et quand je commence le reportage, je ne l’ai pas. Donc au moment où il me rejoint, on en discute et j’adapte mes photos si besoin ».

Il nous explique l’intérêt de travailler en série, à savoir d’agencer les images de manière logique. « Il faut vraiment que ton lecteur rentre dans la première image et arrive à la dernière sans avoir eu de coupure dans sa lecture, il faut que ça défile. et c’est grâce à la préparation et au le dernier editing ».

Extrait du site web de JC Milhet avec son reportage sur la route de la Fraise.

Pour le photographe, il est inconcevable de ne pas travailler en réfléchissant en termes de série. Que ce soit pour des photos de famille, ou des photos de commande pour un magazine, il va toujours chercher à raconter une histoire. Pour se faire, il peut jouer sur les lumières (aller des photos de jour vers les photos de nuit) , jouer sur la construction (aller du bâtiment le plus construit à celui le plus en ruines), jouer sur le côté historique (en allant du plus loin au plus près). 

Il appuie sur l’importance d’avoir une série cohérente. Il déconseille de mélanger couleur et noir&blanc, « d’ailleurs, lors de lectures de portfolios, les iconos butent tout de suite sur ce genre de mélange ».

Comment se renouveler quand on est photographe ? 

Il reconnait que c’est une question qui revient souvent, pour tous les photographes. Pour JC, il y a deux pistes qui permettent de se réinventer. 

Extrait du site web de JC Milhet avec son reportage sur la néo-ruralité.

D’abord il faut « bouffer de l’image », comme il dit. Il recommande de s’inspirer continuellement de ce qui a été fait, sans se cantonner à quelques articles sur internet. Admiratif, il cite Ansel Adams en insistant sur le fait que « le passé est aussi important que le futur ». Il conseille d’étudier les technologies de l’époque et de transposer les visions des grands photographes dans notre technologie pour trouver des idées et apporter quelque chose de nouveau. « Il faut s’en inspirer et faire différemment ».

Enseignant à l’université de Perpignan, il fait le constat d’un manque de culture de l’image chez les élèves d’aujourd’hui. 

Ensuite, il faut « casser les règles ». Jean-Christophe est formel, il faut maîtriser toutes les règles de cadrage pour pouvoir les déconstruire par la suite, les détourner. Changer de matériel est aussi un excellent moyen pour sortir de sa zone de confort. « Essaie de voir le monde différemment », affirme-t-il.

La démarche est simple, il faut faire de l’image. 

Comment développer son écriture photographique ? 

«C’est en faisant plein de séries, en travaillant ma narration en développant mon écriture photographique, que j’ai réussi à être identifié sur la montagne ». Il n’est pourtant pas cantonné exclusivement dans cette thématique. Il réalise des sujets extrêmement variés.  

L’écriture photographique se développe à partir de sujets que nous avons à côté de chez nous : «  il faut prendre un sujet, bien le connaître et souvent, ces sujets là sont proches. Il faut chercher les sujets de proximité ». C’est ce sujet qui va représenter le travail du photographe. C’est en montrant ce travail que le photographe va réussir à se faire identifié comme spécialiste de la thématique choisie. 

C’est ainsi qu’il récupère des commandes. Aujourd’hui, JC est chez Hans Lucas : « ça m’apporte l’accès à la communauté, il y a des gens sympas, l’accès à la plate-forme, PixPalace ». Par rapport aux agences, dont il a déjà fait l’expérience, il voit chez Hans Lucas l’avantage de diffuser lui-même son travail et de traiter directement avec le client. Il fait la différence entre la vente directe (l’achat de photo en ligne sur la plateforme) et indirecte (le contact qui va déclencher la commande). « Je ne suis pas un gros vendeur de photo d’archive. Je vends peu d’images mais à forte valeur rémunératrice (couv, double page, pleine page). Comme ses images sont beaucoup plus visibles, Jean-Christophe nous explique qu’il est plus souvent sollicité pour des commandes. 

Enfin, malgré l’état de la presse actuellement, il reste optimiste : la presse aura toujours besoin de photographes en région. D’un point de vue économique et écologique, il sera toujours intéressant pour les rédactions d’avoir des photographes sur place. Les grands titres de la presse française continueront à traiter des sujets qui touchent la province. De même pour la photo corporate, JC l’affirme : « les entreprises auront toujours besoin d’images ».

C’est l’écriture photographique qui va faire la différence. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Le site web de JC Milhet

Son espace sur Hans Lucas

Les photographes cités dans l’épisode

Laurent Ferrière
Ansel Adams

Pour les curieux qui veulent savoir ce qu’est un micro110

Le livre pour devenir autonome et enfin vivre de sa photographie

Retrouvez le témoignage de JC Milhet et d’autres professionnels du monde de l’image dans la 2ème édition du livre Photographe Stratège.

jerome favre agence epa

Jérôme Favre est photographe pour l’agence EPA (European Pressphoto Agency). C’est une agence internationale de photo de presse qui collabore avec plus de 400 photographes dans le monde pour diffuser des images d’actualité sur toutes les thématiques (politique, économique, sport, culture, etc.)

Jérôme Favre est salarié à temps plein pour l’agence. Il habite et travaille à Hong-Kong. 

« Je suis payé même si je n’envoie pas de photos tous les jours, même si les photos ne sont pas utilisées. » Jérôme est salarié en CDI, il est transparent sur son salaire :  « je gagne 35000 Hong-Kong dollars Brut par mois (environ 4000 €) et j’ai 20 jours de congés payés ». Il reconnait que pour un pigiste ce qui est le plus difficile ce n’est pas de gagner plus ou moins et mais de gagner régulièrement.  

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment organiser une journée type  (10’’49)
  • Comment couvrir un événement « hot news » (1’09’’29)
  • Comment faire face à la routine en photo (20’’00)
  • Quelle est l’évolution du métier de photographe d’agence (57’28)
  • Comment construire une histoire (43’’50)

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Comment organiser une journée type ?

Une journée type s’organise autour de l’agenda des événements. S’il n’y a rien de particulier, Jérôme va prendre le temps de lire les journaux locaux et les journaux en ligne pour trouver des idées. « J’envoie des photos à l’agence tous les 2/3 jours maximum : c’est important de montrer qu’on est là et qu’on produit des images. »

Il se renseigne aussi auprès du GIS (Governement Informations Services) qui donne aux journalistes l’agenda des événements à couvrir (conférences de presse, inauguration, etc). « Je me demande toujours si c’est l’occasion d’avoir accès à quelque chose que je n’aurais pas pu avoir tout seul. »

Mais il est important de construire son propre réseau de journalistes / photographes pour obtenir des informations et de suivre les réseaux sociaux. (Telegram, WhatsApp, Facebook)

D’ailleurs, sur certains événements, des collègues sont appelés en renfort (des photographes de l’agence EPA et des pigistes indépendants). Il peut s’agir d’une demande de Jérôme ou d’une proposition de l’agence. Cette façon de travailler permet d’avoir un nouveau regard sur les événements. « Ils voient des choses que je ne vois plus. »

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Portrait de Jérôme Favre sur le site web de l’agence EPA

Comment couvrir un événement de « hot news » ?

Il est fondamental de connaître les lieux pour pouvoir être réactif, connaître le terrain permet d’anticiper la prise de vue (lumière sur telle rue, angle depuis tel pont) et surtout de pouvoir se mettre à l’abri quand le danger approche. Techniquement, on est concentré sur son cadrage mais il faut rester attentif : « généralement, je vise les deux yeux ouverts, comme ça, je garde un oeil sur ce qui peut arriver sur moi ! »

Il conseille de ne pas porter plus de matériel que l’on ne peut courir avec. Il faut être très mobile. 

Beaucoup de photographes cherchent les images choc de confrontation mais, même si ces image là sont importantes, chronologiquement elles n’apparaissent pas dès le début de la manifestation. Le début d’une manifestation est toujours très calme. « Notre devoir c’est aussi de prendre ces images-là parce qu’elle racontent quelque chose. »

Comment faire face à la routine en photographie ? 

Pour éviter la routine, il faut se challenger, se faire violence pour trouver un angle différent. « Aujourd’hui, je vais shooter qu’avec le 35 et le 135, je vais rester sur des focales fixes. » 

« Je pense tout le temps à Robert Doisneau : à la question, que faut-il pour faire une bonne photo, il avait répondu une bonne paire de chaussures. »

Dans la photographie, il faut accepter qu’on ne peut pas être spécialiste de tout. La motivation est primordiale pour avancer et Jérôme confirme que « si elle est déjà là au départ, c’est tant mieux« . Il faut ensuite mettre en place tout ce qu’on peut pour continuer à progresser. C’est un processus long d’évolution. Avec le numérique, on a tendance à oublier qu’il y a une temps nécessaire pour l’apprentissage.

Il faut accepter les critiques, c’est un facteur non négligeable de la progression. Jérôme insiste sur le fait que « c’est important de regarder ce que font les autres. » 

 « C’est important de travailler dans un endroit où il y a beaucoup de compétition parce que ça te permet de rester sur ta garde. Bosser avec des gens qui sont meilleurs que toi, c’est une bonne façon pour progresser. »

Mais quel regard porte-t-il sur l’évolution de son métier? 

Quelle est l’évolution du métier de photographe pour une agence? 

Avec l’avènement du numérique, la photo de qualité est devenue disponible partout. La concurrence est importante.

Jérôme reconnaît que « c’est ainsi dans tous les domaines : plus il y a une commodité disponible, moins le prix est élevé. » Les agences font plus souvent appel aux photographies des amateurs, qui sont techniquement bonnes. Elles ont compris l’intérêt de vendre ces photos.

Face à ce constat, Jérôme se montre fataliste : « J’ai été freelance pendant longtemps. Aujourd’hui je me sens chanceux et privilégié d’être rémunéré de manière régulière pour faire des photos, pour faire quelque chose que j’aime ». 

Et ce qu’il aime c’est raconter des histoires lorsqu’il part en reportage. 

Comment construire une histoire solide pour un reportage photo ? 

Jérôme a couvert beaucoup de manifestations à Hong-Kong. Il insiste sur le fait de raconter une histoire, d’avoir un ensemble cohérent qui montre la totalité de l’événement. « A la fin de la journée, si on sélectionne 10 ou 20 images, ça doit raconter la manifestation. »

Jérôme confirme l’importance de la préparation en amont : « Quand tu es pris dans la foule, tu ne peux plus bouger. Il faut partir avec une ébauche de reportage dans la tête ». 

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Extrait du travail de Jérôme Favre sur le site de l’agence EPA

Sur la question de l’objectivité, Jérôme Favre est assez clair : «  je ne m’en préoccupe pas. Quand je travaille sur un événement, j’essaie de tout montrer.  Si je me concentre sur un seul aspect de l’événement, c’est déjà une forme de censure. » 

Rien que le choix du matériel est subjectif. L’histoire n’est pas la même au 35mm ou au 50mm. 

« Je couvre des événements historiques mais je ne me dis pas que ça va finir dans les livres d’histoire ». 

Ce qui fait une bonne photo c’est qu’il y a un côté émotionnel qui touche les gens. C’est beaucoup de travail et parfois un peu de chance. Jérôme Favre admet : « On tente tous de faire des photos qui restent en mémoire« . 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Jérôme Favre

Photomechanic

Les photographes cités dans l’épisode

Bruce Gilden

Méthodologie pour réussir son photoreportage

Découvrez les bonnes pratiques pour construire un sujet et réaliser un reportage original qui va se vendre dans la presse magazine.

pascal maitre national geographic

Pascal Maitre est photojournaliste depuis 1979. Il est grand reporter et ambassadeur Canon. Il travaille uniquement pour la presse et publie régulièrement dans National Geographic, Geo France, Geo Allemagne, Paris Match, Stern, TerraMater, Le Figaro Magazine.

Pascal a fait beaucoup de reportages. Son record est indéniablement les 80 histoires qu’il a réalisées pour Geo Allemagne. Il a aussi réalisé 9 histoires pour National Geographic depuis 2004, date de sa première publication dans le magazine. Il avoue que sa première visite dans la rédaction remonte à 1987. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment trouver et financer un sujet (20’’40)
  • L’importance d’instaurer la confiance (18’’05)
  • L’évolution du marché de la presse (40 »40)
  • Comment garder la motivation (29’’48)
  • Le rôle du festival et de la semaine scolaire à Visa pour l’Image (44’’13)

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Comment trouver et financer un sujet ?

De 1979 à 1982, il a été salarié pour Jeune Afrique. Ces trois années lui ont permis de comprendre le fonctionnement d’une rédaction (participer aux conférences, choisir des reportages) : « lorsque je ne voyageais pas, je travaillais au service photo, et j’avais deux pages ouvertes dans lesquelles je pouvais faire publier des reportages. Donc j’allais dans les grandes agences ( Gamma, Magnum, Rapho, Sigma) pour aller chercher les reportages et je les proposais en conférence de rédaction ». Il faut être sûr de soi, sans survendre son sujet pour éviter toute frustration ou déception pour la rédaction.

Ainsi, il nous glisse dans un sourire le fameux adage de la rédaction de National Geographic : « ici, on publie des photos, pas des excuses ! »

Pour son sujet sur les migrants du Sahel, il explique qu’il avait envie de documenter la région en réalisant un travail très pédagogique. « C’est une zone dont on allait beaucoup parler en France. J’avais envie d’expliquer cette région ».

Niger, 2007. Camion de migrants dans le désert du Ténéré.  © Pascal Maitre / Cosmos

Pour réussir à convaincre une rédaction, Pascal conseille d’être le plus précis possible. Il envoie un texte d’une page qui explique pourquoi il veut faire ce sujet, comment il va le traiter et il liste les contacts qu’il a sur place. « C’est pas le tout d’avoir une bonne idée, il faut pouvoir la réaliser. »

Avoir une bonne idée est insuffisant. Pascal Maitre compare la bonne idée à une énigme. Il faut « trouver toutes les clés » pour pouvoir accéder à ce que l’on souhaite et réaliser ce dont on a besoin pour un reportage. Il évoque aussi le facteur chance mais pour lui, la préparation est essentielle, c’est ce qui « va permettre d’être dans la situation idéale ». 

Des prix et des bourses lui permettent également de financer ses sujets, comme par exemple pour son reportage sur l’absence d’électricité  en Afrique. 

Pascal reconnaît qu’il n’a jamais produit un sujet. « Si j’ai eu envie de faire un sujet, c’est qu’il y avait une réelle raison. J’ai toujours réussi à trouver des gens qui voulaient me suivre ». Il confirme : « dans notre métier pour durer c’est une histoire de confiance ». 

L’importance d’instaurer la confiance 

Pascal évoque longuement dans cet entretien le lien de confiance qui est essentiel entre la rédaction et le photographe : « quand j’ai commencé à travailler pour Geo Allemagne, ils m’ont fait confiance. Aujourd’hui, ce qui est difficile pour les jeunes photographes, ce sont les magazines qui les font travailler une fois puis plus rien ». 

Il pointe le manque de moyen dans la presse qui est déstabilisant pour le photographe. Il est conscient que « les photographes sont très fragiles. Ils sont freelance, c’est un métier où on dépend de tellement de choses qu’on ne contrôle pas ». Pour lui, ce climat de confiance est la clé pour durer dans le métier.

Quand on lui demande comment réussir à publier dans National Geographic, il répond sincèrement : « aujourd’hui National Geographic est beaucoup plus accessible qu’il n’était. Ils utilisent beaucoup de reportages sur le web. Ils ont besoin de beaucoup de reportages. Il faut essayer, il n’y a pas de recette particulière ».

La confiance d’une rédaction s’obtient par la qualité des sujets qu’on lui propose et par le comportement professionnel. C’est cette attitude qui va rassurer la rédaction et la pousser à engager le photographe. C’est Pierre Morel qui en parle le mieux dans l’épisode qui lui est consacré. 

L’évolution du marché de la presse 

Pascal revient sur l’époque des agences. Il explique, qu’à l’époque,  elles avaient un vrai rôle de formation. Les éditeurs sélectionnaient les images et conseillaient les photographes pour s’améliorer. Elles étaient chargées d’envoyer les reportages à travers le monde. Aujourd’hui, beaucoup d’agences ont fermé et celles qui restent ont peu de moyens. A l’ère du numérique, il est bien plus simple d’avoir accès aux images : « tu es chez toi, tu fais un clic, les journaux du monde entier ont accès à ton travail. N’importe quel journal qui veut faire travailler un photographe va sur le net et récupère son contact. »

Pour Pascal, le plus grand danger  actuellement c’est le système de distribution de la presse dans les kiosques. « Si ce système disparaît, ce sera compliqué. Ceci dit, on a toujours l’impression que les vrais reportages intéressent les gens. »

Il fait le constat des réductions budgétaires des rédactions qui ont un impact très négatif sur la production des sujets. C’est d’ailleurs cette baisse de budget qui rend les rédactions frileuses. Il poursuit : « on met beaucoup de responsabilité sur le dos du photographe. Comme les magazines ne veulent plus produire, ils vont laisser le photographe commencer, puis lui donner une dernière semaine de salaire pour compléter. Mais le photographe aura pris tout le risque et tout l’investissement ». 

Pascal se désole de cette situation. Pour lui, « la production c’est le nerf de la guerre. Un  magazine qui ne produit pas c’est un magazine qui n’a pas d’âme ». Il rappelle que la ligne éditoriale constitue la structure du magazine. C’est cette approche qui va permettre au lecteur de s’identifier et au magazine de fidéliser son audience. 

Le rôle du festival et de la semaine scolaire à Visa Pour L’image

Le Visa d’or d’honneur est destiné à récompenser le travail d’un photographe confirmé et toujours en activité pour l’ensemble de sa carrière professionnelle. Mis en place en 2013, ce Visa d’or est doté par Le Figaro Magazine de 8 000 €.

Pascal a obtenu le Visa d’or d’honneur en 2015 : « un prix ça aide toujours, ça nous remet sur le marché, ça nous remet dans la lumière, ça consolide la notoriété. C’est ce qui permet de travailler ; les journaux auront plus confiance. »

Il a participé à son premier Visa pour L’image en 1991 : « je fais partie des personnes qui ont grandi avec Visa. Ce festival m’a apporté beaucoup, cela m’a permis d’avoir une exposition internationale, de rencontrer les plus grands directeurs photo et même les rédacteurs en chef des plus grands magazines ».  

Aujourd’hui, Pascal participe à la semaine scolaire pour présenter son travail à la nouvelle génération : « ce qui m’intéresse c’est le côté pédagogie du grand public. La photographie, son vrai rôle c’est pour l’histoire ; le fait de sensibiliser des élèves de leur ouvrir des fenêtres sur des problématiques, sur l’utilisation de la photographie, sur la presse ». Pas moins de 12000 élèves passent par le Festival Visa pour L’image à Perpignan. 

La semaine scolaire à Visa pour l’Image @ JC Milhet / Hans Lucas

Pascal est très reconnaissant quand il parle du directeur de ce festival international : « Jean-François Leroy a eu un très grand rôle d’instruction civique qui a permis à plein de gens de voir des reportages sur des thèmes importants et contemporains ».

Quand on lui demande quel est le conseil qu’il donnerait à tout photographe, il répond sans attendre : « d’être curieux, d’avoir de l’énergie et de ne pas douter »

Toutes les informations utiles de l’épisode

Pascal Maitre

Son sujet sur le Sahel

Les photographes cités dans l’épisode

Don McCullin
Eugene Richards
Alain Keler
MYOP

Méthodologie pour préparer efficacement son reportage pour la presse

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Aujourd’hui, je profite de mon passage à Perpignan, pour interviewer un photojournaliste que j’admire depuis le jour où j’ai lu son incroyable livre « rapporteur de guerre » : Patrick Chauvel.

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Dans ce nouvel entretien, on part à la rencontre de Eric Delamarre, un photographe très connu de ses confrères, notamment pour son livre « photographe indépendant » dont la 5e édition vient tout juste d’être publié chez Eyrolles.

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