natacha polony

Natacha Polony est journaliste. Après avoir enseigné, elle fait une brève incursion en politique avant de travailler pendant plusieurs années à la télévision et à la radio. Depuis 2018, elle est directrice de la rédaction du magazine d’actualité hebdomadaire Marianne.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le parcours atypique de Natacha Polony (2 »40)
  • Les caractéristiques essentielles du journaliste (6’’57)
  • Comment trouver son style journalistique (10’’00)
  • Comment se fait le choix des sujets (38 »00)
  • L’enjeu du numérique pour la presse écrite (59 »59)

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Le parcours atypique de Natacha Polony

Natacha Polony nous confie qu’elle n’a pas fait d’études de journalisme. Agrégée de lettres, elle a enseigné pendant un temps. Après avoir démissionné de l’éducation nationale, elle s’inscrit à Sciences Po, dans le cursus services publics : « j’ai tenu assez peu de temps aux côtés des futurs énarques. J’ai compris que ça ne me correspondait pas du tout, que ce n’était absolument pas ma vision du monde, je les trouvais totalement hors sol. » Elle suit finalement des cours de sociologie et de communication et s’inscrit au module journalisme de Sciences-Po. Mais ce n’est qu’en travaillant à Marianne qu’elle apprend réellement le métier. 

« Je me suis engagée en politique en 2002 pendant la campagne présidentielle pour Jean-Pierre Chevènement. J’ai été candidate aux législatives et c’est après que j’ai changé de voie en retournant à mes premières amours, vers le journal qui répondait à ma vision des choses, qui correspondait à mes idées. C’est véritablement là que j’ai appris le journalisme. »

À l’époque, Marianne manquait de spécialiste pour traiter les questions d’éducation. Comme c’est un domaine que Natacha Polony connaissait bien et qui la passionnait, elle a commencé naturellement à travailler pour cette rubrique. « L’avantage à Marianne c’est qu’on pouvait traiter différents secteurs, on pouvait s’intéresser à tout. J’ai fait des enquêtes sur l’hôpital public, j’ai fait des papiers culture, des enquêtes dans les pages idées, en même temps que les reportages que je faisais dans les collèges et lycées. »

Elle travaille pendant sept ans à Marianne et quitte le journal après le départ de son fondateur Jean-François Kahn, parce qu’elle ne se sentait « plus tout à fait en phase avec ce que devenait le journal. »

La journaliste rejoint ensuite pendant deux ans la rédaction du Figaro. À l’époque, elle est invitée sur les plateaux de télé pour parler des livres qu’elle a écrit, notamment  L’homme est l’avenir de la femme : autopsie du féminisme contemporain  (aux Éditions JC Latès) : « c’est ainsi que je me suis retrouvée chroniqueuse chez Ruquier puis on m’a confié la revue de presse d’Europe 1. »

Les caractéristiques essentielles du journaliste 

Dix mesures pour sauver l’école républicaine : c’est le premier dossier qu’elle propose à la rédaction de Marianne. Natacha Polony nous explique alors comment elle a construit son sujet, en enquêtant pendant un mois, en allant interrogeant « absolument tout le monde ». Elle apprend, par elle-même, à confronter les points de vue, à multiplier les interlocuteurs. 

« il n’y a pas besoin de cours pour comprendre que l’important c’est la curiosité et le temps. J’ai appris qu’on tirait de l’information quand on passait du temps avec les gens. » 

Lorsqu’on lui demande une définition du journalisme, Natacha Polony pointe la difficulté de la question : « je pense qu’on se pose la question depuis qu’il existe des gens qui rapportent des informations et qui se disent journalistes, à savoir depuis l’invention de l’imprimerie ». L’essayiste voit la récolte d’informations comme ce qui caractérise le métier aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement de chercher des faits mais bien de les raconter, de les analyser, de les faire résonner les uns avec les autres. C’est, selon elle, ce qui définit le journaliste : « organiser les faits au sein d’une réflexion, quasiment d’une vision du monde », précise-t-elle. 

La directrice de la rédaction est catégorique sur la supposée objectivité du récit des fait. «  A partit du moment où l’on raconte un fait, on le médiatise et donc il y a une subjectivité qui entre en jeu. L’important c’est que les journalistes aient conscience de leur subjectivité ».  Ce qui est essentiel pour Natacha Polony, c’est l’honnêteté intellectuelle, à savoir « dire le réel même lorsque ce réel dément ce que nous avions comme convictions ». Cette qualité implique une distance par rapport à son sujet. La journaliste insiste alors sur la frontière subtile entre journalisme et militantisme. « Un journaliste défend des idées bien sûr, mais ne franchit jamais cette frontière qui consiste à essayer de faire advenir ce en quoi il croit », affirme-t-elle. 

Il revient à chaque journaliste de déterminer en permanence à quelle distance il veut se situer.

Comment trouver son style journalistique 

De l’importance de la parole restituée par le journaliste découle le style journalistique. L’enjeu repose sur une rédaction efficace. « Quand on écrit un article on s’aperçoit assez vite que la première phrase qu’on avait écrite est faite pour être coupée. On a commencé par se faire plaisir en plantant un beau décor, et puis une fois qu’on relit son article, on comprend qu’il vaut mieux aller directement à l’essentiel », explique la directrice de la rédaction. N’ayant pas suivi de parcours de journalisme à proprement parler, Natacha Polony nous explique qu’elle n’a jamais écrit à « faire court ». Elle tient d’ailleurs beaucoup à la diversité des styles dans le journalisme. Elle évoque même la tentative vaine d’embauche de « rewriters » à Marianne : « je trouve qu’il n’y a rien de pire que le formatage, l’uniformisation ». 

Sur le travail de réécriture, la journaliste ne nie pas qu’il fait partie du métier. Certains journalistes sont en effet d’excellents enquêteurs mais ne sont pas capables de rendre les faits de manière intelligibles pour le lecteur. « La hiérarchie d’un journal est là pour compenser ne manque. Ce n’est ni très glorieux, ni très valorisant. Mais ça fait partie du boulot du rédacteur en chef ». 

Natacha Polony pointe aussi la surreprésentation des communicants dans le monde d’aujourd’hui. « La qualité du journalisme s’appuie sur la culture générale, c’est à dire culture historique, politique, etc… C’est essentiel pour prendre du recul et échapper aux flux de communication qui existent aujourd’hui. Il faut d’abord une très grand maîtrise de la langue ». Et c’est là tout le danger pour le journaliste qui risque de reprendre à son compte les mots des communicants parce qu’il n’en a pas d’autres. Elle voit dans les écoles de journalisme un moyen de former de très bons techniciens mais « c’est un formatage qui fait perdre la diversité des parcours ».

Finalement, lorsque l’on fait preuve de curiosité, d’empathie et d’honnêteté intellectuelle, on comprend assez vite les rouages de la technique journalistique. En revanche, la culture générale est un processus d’apprentissage qui demande du temps.

Extrait du site web de l’hebdomadaire Marianne

Comment se fait le choix des sujets 

« Tout l’intérêt de travailler avec un journal c’est d’adhérer à une oeuvre collective qui est une oeuvre démocratique », souligne la journaliste. Le fonctionnement d’un rédaction peut se résumer simplement. Avec un budget global, le rédacteur en chef, en accord avec l’équipe rédactionnelle, décide ce qu’il peut dépenser pour tel ou tel sujet. « A Marianne, nous attachons beaucoup d’importance à cette production maison de reportages photo ». Natacha Polony nous confie que c’est de cette manière que la rédaction cherche à se différencier. Au delà d’apporter du contenu éditorialisé à un lectorat, le rôle du journal est aussi de maintenir la profession de photojournaliste , tout comme le dessin de presse. 

« Choisir de parler de telle information plutôt que d’une autre c’est déjà l’exercice d’une subjectivité. On le fait en fonction de notre capacité à apporter quelque chose de différent ». C’est ainsi que se construit la ligne éditoriale d’un journal. Pour la directrice de la rédaction, il s’agit une cohérence intellectuelle. Il est important que le lecteur se retrouve dans les valeurs du journal mais « il faut avoir des courriers de lecteurs scandalisés. C’est cela qui créé l’attachement », précise Natacha Polony. Il savoir surprendre le lecteur, voire le bousculer. « Comme disait Jean-français Kahn, il faut que le lecteur soit d’accord à plus de 50 % avec ce qu’on écrit, en dessous, il n’achète pas le journal. Ce n’est pas nouveau, c’est Charles Peguy qui disait qu’une revue devait mécontenter 1/5 de son lectorat mais jamais le même cinquième », ajoute-t-elle.

Le véritable rôle d’un journal c’est de maintenir la capacité à débattre des citoyens. Quant aux chaînes d’info en continu, elles font aussi du tort au métier en faisant systématiquement appel à des chroniqueurs : « à partir du moment où vous avez des chaines d’info qui ont besoin de monopoliser du temps d’antenne avec des gens qui commentent, vous induisez un discours sur du vide qui abime toute l’image du journalisme. Dans la tête des gens, le mètre étalon du journalisme aujourd’hui, c’est le commentateur d’actualité sur la chaîne d’info continue. » 

L’enjeu du numérique pour la presse écrite  

« Le danger des réseaux sociaux c’est justement de ne donner aux gens que ce qu’ils attendent et  ce en quoi ils croient ». La journaliste pointe le fonctionnement des réseaux sociaux basés sur des algorithmes qui du contenu que les gens connaissent déjà, enfermant ainsi les utilisateurs dans un bulle cognitive. Ils perdent ainsi leur capacité à débattre en restant dans des schémas pré-construits.

En 2017, la rédaction a vécu un dépôt de bilan. C’est l’actionnaire Daniel Kretinsky qui rachète le journal. « Je ne sais pas si Marianne aurait pu passer au numérique sans un actionnaire solide. Le numérique coûte horriblement cher. Des petits journaux indépendants vont avoir du mal à rentrer dans cette course là ». C’est un modèle économique à inventer et force est de constater qu’ils ne fonctionnent pas pour tout le monde. Natacha Polony se refuse à courir après l’immédiateté véhiculée par les réseaux sociaux. « La contrainte économique nous oblige à être différent. Marianne était déjà comme ça en tant que journal papier et on a la même contrainte depuis qu’on est passé aussi au numérique ». C’est selon elle, cette exigence et cette rigueur qui font que le journal perdure. 

Pour conclure cet entretien, Natacha Polony conseille à tous les journalistes de cultiver la curiosité, « d’être là où ne vont pas les autres, de ne jamais se laisser aller à la facilité et au spectaculaire et de toujours s’intéresser à ce qui est à côté, ce qui n’a pas été vu ». 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Marianne, le site web

Marianne, la chaîne TV

Les personnes citées dans l’épisode

Taha Bouhafs
Jean-François Kahn
Louis Witter

Méthodologie pour préparer efficacement son reportage pour la presse

Découvrez une méthode pertinente pour trouver des idées originales et en faire des reportages à vendre aux rédactions.

Olivier Baisnée est sociologue du journalisme. Il est maître de conférence à Sciences-Po Toulouse. Il est également chercheur et l’objet de son travail porte essentiellement sur le journalisme et les phénomènes médiatisés. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Pourquoi le métier est si difficile à définir (2″20)
  • Comment incarner le rôle du journaliste (13″40)
  • L’intérêt de suivre une formation reconnue (25″34)

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Pourquoi le métier est-il si difficile à définir ?

Du point de vue d’Olivier Baisnée, le journalisme n’est pas une profession selon la sociologie des professions. En effet, ce domaine définit une profession par des modalités d’entrée déterminant ceux qui peuvent y prétendre, tels que les avocats, les médecins, etc…

Cette particularité suppose des organes de régulation internes, capables d’exclure ceux qui dévient des modalités requises. 

Le sociologue envisage alors plusieurs définitions.  Il peut s’agir de ceux qui s’investissent dans des jeux et enjeux qui n’ont de sens que pour les journalistes, comme la reconnaissance par leurs pairs. (Prix Albert Londres / Prix Carmignac / World Press Photo). Olivier Baisnée entend par là que cette définition du métier se base sur des attributs que seul le milieu prend en considération. 

Lorsque l’on pointe le corporatisme qui transparaît dans cette définition, Olivier Baisnée nous répond : « Le corporatisme et le syndicalisme ont joué un rôle important pour distinguer le journalisme de toute autre activité et pour faire vivre ses enjeux ». 

La définition qui rattache le journaliste immanquablement à la presse pose question dans un marché en crise. Le sociologue prend l’exemple de David Dufresne, journaliste et surtout écrivain, qui n’est rattaché à aucune rédaction en particulier. Or, la commission d’attribution impose de fournir des bulletins de salaire provenant d’organes de presse pour délivrer le sésame. « C’est une profession ouverte. Il y a des gens qui ont la carte de presse mais qui ne sont pas tellement journalistes, au sens où ce qu’ils font ne produit pas beaucoup de plus-value en termes d’information au public. »

Comment incarner le rôle de journaliste

« Ce qui doit être le principe directeur du journaliste c’est l’intérêt du public à savoir », assène le professeur. L’idée de cette plus-value se résume de façon très pragmatique. Si le journaliste n’était pas là, ce serait différent. Oliver Baisnée nous glisse dans un sourire : « il y a un certain journaliste dont on peut penser que, s’ils n’étaient pas là, cela ne se remarquerait pas ».

Le sociologue parle ensuite du registre vocationnel. « Je me méfie du terme vocation, parce qu’il laisse sous-entendre qu’il y a les élus et les autres. » Sans aller jusqu’à parler de sacerdoce, il s’agit bel et bien d’un état d’esprit. « C’est un boulot, mais c’est un boulot qui a des coûts : ce n’est pas très bien payé, c’est en général un métier exercé par des gens surdiplômés au regard de la rémunération qu’ils perçoivent ». Pour faire ce métier-là certains acceptent des niveaux de rémunération qu’ils n’accepteraient pas dans d’autres domaines. « Qu’est-ce qui fait que des gens acceptent ? C’est parce qu’ils ont envie de jouer ce jeu-là », affirme Olivier Baisnée.  

C’est de l’ordre de la croyance que le jeu en vaut la chandelle, « que ça vaut le coup de faire ces sacrifices-là ». 

Le métier de journaliste est difficile à définir parce qu’il revêt des situations très différentes. Certains journalistes sont en CDI dans la même structure depuis très longtemps. D’autres sont indépendants, travaillant seuls, ou accompagnés dans une structure. 

L’instabilité du métier est souvent présentée comme un inconvénient mais c’est aussi un avantage pour des gens qui ne souhaitent pas rentrer dans la logique de métro-boulot-dodo. 

L’intérêt de suivre une formation reconnue

« C’est un univers extraordinairement divers, dans les statuts, dans les manières de travailler, dans les pratiques et dans sa définition même ». 

Les rédactions sont des groupes de travail souvent rudes. Il est inutile d’y envoyer des gens qui sont dans une vision romantique du journaliste. Pour définir le type de candidats acceptés dans un cursus comme le Parcours Journalisme à Sciences Po, Olivier Baisnée nous explique : « on essaie de détecter ceux qui sont déjà investis, qui ont déjà tellement l’envie de faire ce métier que la difficulté du marché du travail ne vas pas représenter quelque chose d’insurmontable pour eux ».

Pour s’épanouir dans cet univers difficile, il faut « quasiment être déjà journaliste », affirme le responsable du cursus, non pas en nombre de publications, mais là encore, bien en termes d’état d’esprit : « Sciences Po aide à penser la complexité », ajoute-t-il.

L’équipe pédagogique est constituée de gens expérimentés, qui restent, malgré tout dans une démarche de remise en question. « Choisir de mettre face aux étudiants des gens qui savent qu’ils sont dans un univers mouvementé me semble nécessaire », précise Olivier Baisnée. 

Il rappelle que les rédactions cherchent deux types de profils : d’une part,  des gens très généralistes, qui vont pouvoir tout traiter, et être opérationnel techniquement sur le terrain. D’autres part, des gens qui ont développé une spécialité. Ils apportent des connaissances qui ne sont pas présentes dans la rédaction ou ils sont particulièrement pointus sur un sujet. 

Ainsi son véritable enjeu en tant que responsable du cursus, c’est de trouver des gens « autonomes intellectuellement, capables de penser par eux-mêmes, ce qui, à mon avis, est une grande qualité quand on veut être journaliste ». Une formation pluridisciplinaire jusqu’au niveau master est essentielle pour développer son esprit critique et ses connaissances. « Il n’est pas question de dire que tous les élèves sont forcément doués et bons. Mais ils auront été confrontés à différentes formes de pensée. Les choses ne sont jamais aussi univoques qu’elles paraissent ».

Il est donc fondamental de rester curieux et de continuer d’apprendre. Le véritable rôle du journaliste est bien, comme l’explique Yann Castanier dans l’épisode qui lui est consacré, d’apporter de la plus-value par son travail.

Sciences Po Toulouse / Parcours Journalisme / Master
Détail du parcours journalisme à Sciences Po Toulouse

Toutes les informations utiles de l’épisode

Parcours Journalisme / Sciences Po Toulouse

Méthodologie pour bien préparer son photoreportage

Dans cet atelier, je vous donne les clés pour apprendre à bien préparer votre reportage. Vous allez apprendre comment aménager votre environnement de travail pour trouver des idées et vous informer sur une thématique pour en devenir spécialiste. L’objectif est d’être reconnu comme tel par les rédactions.

Fabrice Valéry est journaliste. Il détient une carte de presse depuis 1991. Il est également délégué au numérique sur France 3 Occitanie. Ce spécialiste intervient plus spécifiquement sur le site Internet et les réseaux sociaux. Il essaie de convertir la TV à certains réflexes Web.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le métier de journaliste (6 »45)
  • Comment est financée l’information (29 »3
  • Comment se former efficacement (47 »09)
  • L’importance de garder son indépendance (1’09 »24)

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Le métier de journaliste 

Fabrice Valéry nous raconte à quel point il était fier de sa première carte de presse. En effet, sa famille voyait ce métier comme une incongruité. Pourtant, il l’assure : « ce n’est pas la carte qui fait le journaliste ». Il considère comme très injuste que ce soient les revenus qui permettent d’accéder à la carte de presse. Le débat sur la carte de presse de 2018 – 2019 a permis de rappeler que cette dernière, comme le passage par l’école de journalisme, ne sont pas des prérequis pour exercer ce métier et moins encore pour être un bon journaliste. 

Il concède un bémol au libre-exercice au métier de journaliste, c’est lorsqu’il a constaté, lors de manifestations de gilets jaunes, des manquements à une certaine déontologie : les invectives et autres insultes sont des comportements que les journalistes doivent à tout prix éviter.

Un journaliste se distinguera toujours de l’acteur d’un événement, même dans un live Facebook, car il va constamment chercher à recueillir le point de vue de toutes les parties prenantes tout en contextualisant en permanence l’événement en question. 

Le financement de l’information

Il constate un attrait pour la photo depuis l’avènement d’Internet alors que les offres d’emploi ne sont pas exponentielles. Pour lui, les médias vont se servir de photos venant d’agences avec lesquelles ils ont l’habitude de travailler, au risque de passer à côté de clichés originaux ou proposant un point de vue simplement différent. Il ne se perçoit pas comme photographe, même s’il reconnaît prendre des clichés au smartphone lors des manifestations. Les agences tentent de profiter de la profusion des images pour ne pas payer leurs auteurs. Il est pour la juste rémunération des journalistes et des photographes mais milite pour une certaine gratuité de l’information.

Le journaliste rappelle que l’information du service public est financée par la redevance. La publicité finance les médias gratuits mais il y voit deux inconvénients : il faut une audience conséquence et ce type de financement peut générer des conflits d’intérêt. Fabrice Valéry insiste sur la grande indépendance de la presse du service public. Il nous assure que jamais personne ne lui demande ou ne lui a demandé de réécrire un article. 

Il aimerait que les journalistes soient payés immédiatement après avoir fourni leur travail contrairement à ce qui se fait actuellement, où des journalistes, indépendants pour la plupart, doivent courir après leur salaire et ce pendant des mois.

Fabrice Valéry déplore d’ailleurs que la commission d’attribution de la carte de presse ne s’intéresse pas au fond des contenus pour lesquels les journalistes sont rétribués. Ainsi, la commission ne regarde pas si la photo est plutôt corpo ou journalistique, si le texte est plutôt une commande d’un client privé ou bien un article à vocation objective. Il aimerait que la création d’une sorte de commission de déontologie soit envisagée, à l’instar de ce qui se fait pour les médecins et les pharmaciens.

Comment se former efficacement 

Fabrice Valéry suggère deux indispensables dans la formation de journaliste : d’abord, aller à la rencontre des gens, le plus souvent possible ; ensuite, suivre une formation universitaire, quelle qu’elle soit, afin d’acquérir une certaine méthode de travail qui sera toujours utile en plus de donner un bagage intellectuel toujours intéressant. Il conseille également de faire un semestre d’études à l’étranger lorsque c’est possible et de tenter, tout de même, les concours d’entrée des écoles de journalisme. En effet, les stages de fin d’études permettent de se confronter au travail dans les rédactions. 

Fabrice Valéry envisage le journaliste comme « quelqu’un qui s’intéresse à ses semblables » pour reprendre le mot d’Albert Londres Mais pour lui, c’est un métier tellement divers qu’on ne peut l’enfermer dans une définition stricte. En revanche, il affirme que la base commune à tous les métiers du journalisme, c’est d’aller à la rencontre des gens sans rester enfermé chez soi.

Il se compare davantage à un musicien accompli – capable de jouer à haut niveau de plusieurs instruments – plutôt qu’à un homme-orchestre, qui joue de plusieurs instruments en même temps. En clair, tout faire seul en même temps n’est pas une bonne méthode de travail. Par contre, un journaliste qui débute peut et doit être capable de faire de la vidéo – y compris au smartphone –, être à l’aise sur les réseaux sociaux, savoir écrire des articles plus ou moins longs. La spécialisation viendra plus tard selon lui. 

Fabrice Valery (à gauche) sur le plateau de France TV

L’importance de garder son indépendance 

Il fait un constat alarmant : trop d’articles, notamment de communiqués, sont des copier-coller. « On ne s’intéresse plus à la source de l’information et c’est dommage », affirme Fabrice Valéry. 

Il observe que la société attend des journalistes qu’ils relatent des faits. Mais les faits doivent être mis en perspective : « On travaille sur de l’humain, toujours », affirme Fabrice Valéry.  C’est donc l’action des faits sur les gens qui est intéressant à traiter pour un journaliste, plus que le simple fait de les chroniquer. Il met en garde, en revanche, sur le dévoiement du métier qui réside dans la recherche du spectaculaire pour vendre. Sur ce point, il ne fuit pas ses responsabilités « J’assume ma part ». Selon lui, le Web et les réseaux sociaux ont totalement modifié la temporalité car l’info ne peut plus être traitée dans le calme et à froid. 

« Les Français sont submergés d’informations. Quand tu es submergé, tu ne peux plus trier. » Voici comment il considère la problématique posée par le Web. Il explique qu’il faut faire un vrai tri, des choix, en bref : un travail éditorial.

La justice est, pour Fabrice Valéry, l’ultime recours en cas de litige lors de la publication d’un article, d’un reportage ou d’une photo, ce qui prouve que la France est encore une démocratie.  Il rappelle à quel point les journalistes ont été régulièrement attaqués au cours de l’Histoire ; les critiquer n’a donc rien de nouveau.

Le nouveau journaliste doit chercher à se démarquer. Le « pas de côté » est ainsi une nécessité absolue pour exister dans un métier très concurrentiel. « Le journaliste doit être debout et faire face aux événements » résume-t-il enfin. 

C’est l’écriture photographique qui va faire la différence. 

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Yann Castanier est photojournaliste. Diffusé par Hans Lucas depuis 2015, il couvre l’actualité politique (notamment le Rassemblement National) et réalise aussi des reportages au long cours pour le quotidien Libération

C’est en couvrant le génocide au Rwanda qu’il a fait face à une profonde remise en question. Il a alors repris ses études en relations internationales. Puis il a évolué vers une étude de l’extrême droite, qui, selon lui, reproduit les mêmes discours de haine que les génocidaires rwandais. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • L’importance du positionnement journalistique (4’’20)
  • Comment trouver l’équilibre entre différentes activités  (49 »53)
  • L’état du marché de la presse aujourd’hui  (1’06 »40)
  • Comment développer une vision d’entrepreneur (1’12 »14)

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L’importance du positionnement journalistique 

Selon Yann Castanier, l’objectivité dans le photojournalisme n’existe pas : « Cadrer comme ceci plutôt que comme cela, c’est déjà faire un choix. » Il préfère donc parler plutôt d’honnêteté dans le travail afin de maintenir un certain pacte de confiance avec le lecteur. Sa vision est celle de quelqu’un qui doit raconter le monde et permettre aux lecteurs de se positionner. Il s’attache à lire la presse de différents horizons éditoriaux afin de garder une bonne ouverture d’esprit.

Pour autant, Yann Castanier considère que son rôle n’est pas de prendre parti : « la différence entre un militant et un journaliste, c’est qu’un militant prend une part active dans la vie du mouvement, dans sa communication et dans son action tandis que le journaliste aura toujours un esprit critique, quel que soit le parti concerné. »

Le site Internet de Yann Castanier

Selon lui, si les journalistes sont pris pour cible, c’est parce que les gens estiment qu’ils appartiennent à une élite financière ou économique. Pourtant, le photographe est pigiste ;  lorsqu’il prend un mois de vacances, il ne travaille pas. Il nous donne l’exemple de son CA mensuel qui s’élève alors à 150 € (exemple pris sur l’année 2018). Son meilleur mois, la même année, est de 4500 € mais cela lui sert finalement à compenser les mois durant lesquels il travaille moins.

Trouver l’équilibre entre différentes activités

Yann Castanier nous détaille ses trois statuts. Il est salarié pour la presse. Il est affilié à l’AGESSA pour son travail d’auteur et il est auto-entrepreneur pour tout ce qui est prestation aux particuliers (photo de mariage notamment), prestations corpo (entreprises et ONG)  et pour son activité de formateur. Faute de carte de presse, sa couverture principale était l’AGESSA en 2018. En effet, le faible seuil (3000 euros bruts) permet une meilleure prise en charge en cas d’imprévu ou d’accident, en comparaison avec le statut de pigiste, où le seuil est de 20 000 euros bruts. 

Concernant ses reportages, Yann Castanier nous confie qu’il travaille souvent avec les mêmes rédacteurs, notamment Tristan Berteloot, spécialiste du RN chez Libération et Robin d’Angelo avec lequel il a proposé certains sujets pour différents titres de presse : Libération, Society, etc…

L’important est de garder à l’esprit les « 5 W » du journalisme, de présenter le sujet en pyramide également. Il est nécessaire d’apprendre ces bases, parfois en suivant des formations courtes, même si les écoles proposent de la pratique et du réseau. En revanche, en passant par les écoles, il faut garder un esprit critique pour éviter de se laisser trop influencer.

L’état du marché de la presse aujourd’hui 

En dépit de la crise de la presse, il est possible d’en vivre encore, même si la profession s’est largement paupérisée ces dernières années. Cependant « notre métier est toujours vivant car nous vivons dans un monde de l’image ». Il explique qu’on n’a jamais vu des portfolios de 6 pages faits à l’iPhone par des amateurs. Les tarifs des photos de presse baissent sans cesse, ce qui est un vrai problème. Ce sont les pigistes qui supportent l’essentiel de la baisse des ventes des titres de presse, « ce qui est anormal », précise-t-il. 

A compter de 2015, il lui est arrivé de travailler pour la presse étrangère. Dans ce cas, il travaille à la commande et salue les rapports cordiaux qu’il entretient avec eux, notamment grâce à la très bonne réactivité des iconographes étrangers.

Site web Yann Castanier Photojournaliste
Extrait du travail de Yann Castanier sur son site web

Quant à la carte de presse, il lui reconnaît une valeur précieuse car elle lui permet de travailler de manière plus sereine et plus confortable, notamment lorsqu’il est en reportage sur une manifestation. Mais il considère que son attribution n’est pas forcément logique. Il aimerait que le comité d’attribution du sésame soit plus attentif aux travaux fournis par les journalistes. Il nous rappelle que pour avoir sa carte de presse, il faut que 51% des revenus proviennent du travail de presse. Yann Castanier déplore en revanche que le temps passé sur les sujets de presse ne soit pas pris en compte, et que seuls comptent les revenus. 

Comment développer une vision d’entrepreneur ?

Le photojournaliste reconnaît qu’il se voit comme un entrepreneur, en dépit du fait qu’il n’a pas du tout évolué dans ce milieu. Ses parents sont en effet fonctionnaires tous les deux. Il apprécie plus que tout sa liberté et le fait de ne pas avoir de compte à rendre à un employeur. Il adapte ses horaires de travail en fonction de ses besoins et envies. 

Le fait d’être entrepreneur permet d’apprendre tout un tas de compétences, notamment dans la négociation et la définition de ses tarifs. Faire son réseau à Sciences-Po lui a donné l’opportunité, avec d’autres camarades de promotion, de créer une saine émulation. De même, cela lui a permis de décrocher de bons contrats. Le reste de ses compétences d’entrepreneur, il les a acquises au fil de ses années de pratique. 

Pour éviter tout malentendu dans ses relations de travail, il explique qu’il a développé des aptitudes dans la rédaction de mails très procéduriers et factuels, notamment lorsqu’il s’agit de se faire payer. Le fait qu’il ait une bonne assistance juridique lui permet de voir venir.

En conclusion, il conseille à tous les photographes de se spécialiser dans une thématique. Il est essentiel, aujourd’hui, d’être identifié par les rédactions comme un professionnel apportant une plus-value. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Yann Castanier

Les photographes cités dans l’épisode

Robin d’Angelo
Tristan Berteloot

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

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photoreporter photojournalisme

josé nicolas photoreportage

José Nicolas est aujourd’hui co-directeur d’un atelier galerie à Paris. Il est photographe depuis 1982. D’abord engagé dans des missions humanitaires, il intègre ensuite l’agence Sipa où il travaille comme photo reporter salarié pour couvrir les actualités, notamment les conflits du monde entier. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le parcours de José Nicolas (1’30)
  • Le fonctionnement de l’atelier-galerie (1 »05’30)
  • Comment passer du reportage à la photo d’art  (1 »21″56)
  • Le positionnement éthique du photographe (30’00)

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Le parcours de José Nicolas

José Nicolas est photographe depuis 38 ans. Il a commencé en couvrant des missions humanitaires.

J’ai suivi Bernard Kouchner dans les années 80. Je suis rentré à Sipa, j’y suis resté plusieurs années, j’ai couvert des conflits, j’ai fait de la politique et des sujets de société ». 

Photoreportage et livre de José Nicolas, French Doctors, Editions de la Martinière
Couverture du livre French Doctors aux Éditions de la Martinière.
Afghanistan, mission humanitaire avec Médecins du Monde et Bernard Kouchner dans la région du Wardak en juillet 1984. Bernard Kouchner joue avec un enfant @José Nicolas

José Nicolas revient sur ses années à l’agence Sipa. « Je me levais à 6h du matin, j’écoutais la radio. Comme j’allais souvent en Afrique, j’écoutais RFI. Le patron était là à 7h du matin, j’arrivais à 7h15. On échangeait sur ce qu’on avait entendu le matin et il me disait « c’est bien, tu peux partir ». Il fallait passer à la comptabilité pour avoir de l’argent et je partais. Et puis des fois, il disait : non il ne vas pas y aller, parce que la dernière fois, il s’est planté. Il ira faire le conseil des ministres et les manifs. C’était un peu la punition ». 

Il quitte Sipa en 1995 après avoir été grièvement blessé au Rwanda lors de l’opération Turquoise.

Arrivé dans les premiers reporters sur place, il avertit les militaires après avoir trouvé des rescapés. Puis il prend la route avec une amie journaliste.

« Il n’y avait plus de bruit, plus d’oiseau, plus rien. Comme dans Beyrouth détruit. Là, tu sens qu’il va se passer quelque chose : on s’est fait canarder. On a pris 120 impacts dans la voiture, Isabelle est gravement blessée, j’ai le genou en éclat. Ils sont arrivés, c’étaient des gosses de l’UFPR, des Tutsies, prêts à nous découper. Quand ils ont vu qu’on n’était pas Hutu, ils nous ont gardés pendant plusieurs jours. Puis on a été libérés et évacués plus tard.  Nous avons été pris en charge à l’hôpital militaire. J’ai mis du temps à m’en remettre ».

Il continue à faire des reportages, des sujets magazine, diffusés par l’agence Sigma, qui deviendra Corbis par la suite.

Constatant le déclin de la presse écrite, il décide de chercher une nouvelle économie dans la photographie. Il développe des projets autour des vignobles, de la décoration et réalise aussi des reportages sur l’armée. 

En 2014, il récupère l’ensemble de ses archives et commence à travailler sur ce fonds photographie. « Qu’est-ce que j’allais faire de toute cette masse de photos que j’ai redécouvert ? J’ai trié, scanné, organisé ».

Il sort un premier livre aux Editions Lamartinière, Les French Doctors, sur les dix ans  passés auprès de Bernard Kouchner. « J’ai sorti ensuite un livre avec 20 ans de photographie sur le Tchad. C’est un pays que j’adorais, j’y allais souvent ». 

Plusieurs musées ont fait des acquisitions de photos de José Nicolas.  La dernière en date concerne l’achat des photos de la Mer de Chine par le Musée de l’immigration.

Le fonctionnement de l’atelier-galerie ? 

« Je voulais donner une vie à ces photos ». Soucieux de faire partager ces connaissances et ce savoir-faire à d’autres photographes, il s’associe avec un ami, qui met un lieu à sa disposition.

Dès lors, il crée, avec Stéphane Cormier, un atelier de présentation de la photographie de reportage. Ce lieu parisien a pour vocation de « présenter des photographies de reportage, de préférence argentique, des photos humanistes ».

Le compte Instagram de l'atelier-galerie, rue Taylor à Paris. L'atelier est codirigé par le photoreporter José Nicolas et le tireur spécialiste du noir et blanc argentique Stéphane
 Cormier
Le compte Instagram de l’atelier-galerie, rue Taylor à Paris.

Soutenu par des collectionneurs mécènes, l’atelier ne reçoit aucune subvention de l’état. José Nicolas nous explique que c’est la construction d’un réseau qui a permis d’instaurer la confiance. « Cela nous a permis de traverser la pandémie tranquillement ».

La vente aux passants représente à peine 10% des revenus de l’atelier. C’est bel et bien les gens du quartier, avec un besoin spécifique, qui font vivre la galerie. José Nicolas organise aussi régulièrement des événements où ils convient des clients potentiels. 

José Nicolas met en avant le travail de photographes en proposant à la vente des tirages d’art.

« À l’époque, les photos étaient signées et tamponnées par leurs auteurs. Mais aujourd’hui, on numérote. On numérote les photos avec un maximum de 30 exemplaires, ce qui permet d’avoir une TVA à 5,5%. Il y en a qui se limitent à 6 ou 7 exemplaires pour donner plus de valeur à la photo. Pour que ce soit un vrai tirage d’art, le noir et blanc est tiré par un tireur noir et blanc, avec un tampon sec, signé, numéroté. Si la photographie est en couleur, il y a tout un travail qui est fait derrière, mais disons que l’ensemble fait une œuvre ». 

Comment passer du reportage à la photographie d’art ?

Le photographe revient sur la problématique de gestion de son fonds photographique. « À l’époque, on faisait des photos destinées à la presse, sans réfléchir à l’editing. Mais aujourd’hui, il y a des photos qui prennent d’autres symboliques selon comment on les a cadrées, on les a prises. Ces photos peuvent alors entrer dans l’Histoire ou dans un musée. Ce sont des photos qu’il faut savoir extraire ».

Il a fait appel à des spécialistes pour l’aider dans le choix des photographies à exposer. L’ancien directeur du FRAC Marseille, Bernard Muntaner, lui a apporté un éclairage sur les photographies qui pouvaient se faire une place sur le marché contemporain.

Le conseiller en arts plastiques de la DRAC Normandie, Jérôme Felin, a aussi aidé le photographe à extraire de ce fonds des photographies qui allaient avoir une vie sur le marché de l’art. 

L’ancien reporter nous explique que le prix d’une œuvre est établi selon différents facteurs : le marché, les experts, la vente aux enchères et bien entendu le coût de production. L’arrivée d’une photographie sur le marché de l’art crée une cote pour l’artiste. Plus l’auteur va être exposé, référencé, plus son travail va circuler dans les festivals, plus sa cote va monter. 

Le positionnement éthique du photographe

Quand on lui demande le conseil qu’il donnerait à un photographe qui souhaite se lancer sur le marché de l’art, José Nicolas nous répond ouvertement : « Il ne faut pas penser comme cela ». Si l’objectif est d’exposer en galerie, il conseille alors de s’équiper en conséquence. « Tu deviens un auteur, mais tu n’es plus dans la construction de ton sujet, dans la passion d’informer, de montrer, d’être un témoin oculaire ». Il fait le constat du succès grandissant  de la vente en galerie, dû à la crise du marché de la presse et au monde de l’édition qui n’est pas encore suffisamment rémunérateur pour les photographes. 

José Nicolas a réalisé 37 livres, dont un seul en auto-édition. Tous les autres ont été élaborés avec des éditeurs. Les revenus sont faibles mais il retient l’expérience que lui apporte la création de chaque livre. « J’ai fait des livres sur tout : sur le cassoulet, sur le pain, j’ai fait deux livres sur la légion, deux livres sur les chasseurs alpins ».

En riant, ils nous raconte comment il est arrivé à faire un livre sur le cassoulet : « Un jour, « Le Pèlerin » me commande un reportage sur le cassoulet à Castelnaudary. Je suis parti faire des photos pendant 4 jours, la directrice de la communication de la ville m’a contacté parce qu’elle voulait faire un livre ».


Islande 1997, Lagon Bleu @José Nicolas

Islande 1997, Lagon Bleu @José Nicolas

Quelle que soit la photographie qui est mise en avant, que ce soit sur un mur ou dans un livre, José Nicolas insiste sur l’importance de l’histoire qu’elle porte. Il se définit comme « témoin oculaire ». C’est ainsi qu’il a toujours envisagé son métier de photoreporter. Aujourd’hui encore, lorsqu’il choisit  de mettre en avant le travail de tel ou tel photographe, c’est parce qu’il sait que l’histoire qui accompagne l’image pourra résonner dans la vie des gens. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

José Nicolas

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7 rue Taylor 75010 Paris


Méthodologie pour réaliser son livre photo auto-édité

Découvrez une méthode efficace pour réaliser de A à Z votre propre livre photo. Je vous livre tous les conseils et toutes les erreurs que j’ai commises pour vous faire gagner du temps.

Polka est un magazine français spécialisé dans la photographie d’art et le photojournalisme. Créé en 2008 par Alain Genestar et ses enfants, Polka est aussi une galerie photo et une boutique en ligne.

Dimitri Beck, le directeur de la photographie du journal nous explique le fonctionnement d’une rédaction et comment un photoreporter doit faire pour bien vendre ses sujets.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment sont choisis les sujets (4’’20)
  • Quelle est la place du photojournalisme aujourd’hui (8’’18)
  • L’importance du timing (12’’00)
  • Comment contacter efficacement une rédaction (27’’00)
  • Comment exposer dans une galerie (9’’20)

Vous pouvez aussi écouter cet épisode sur Apple Podcast ou sur Soundcloud

Comment être publié dans Polka ?

Le rythme trimestriel fait de Polka un magazine qui suit l’actualité mais qui n’est pas dans l’actualité chaude. L’enjeu est de trouver un sujet qui va durer trois mois dans le magazine. « Il doit être important éditorialement et photographiquement ».

Polka cherche une exclusivité en France. Ce que l’on voit dans le magazine ne doit avoir été vu avant en France. Le magazine peut produire des reportages entiers ou la suite d’un reportage déjà commencé par le photographe (en lui demandant un angle précis.)

Le budget minimum pour un reportage de 6 pages est de 1200 euros. Mais tout dépend du nombre de pages, de la difficulté du sujet.

Polka Magazine s’attache à faire le nécessaire pour que le photographe puisse travailler convenablement. La rémunération est la même pour un travail en commande ou un sujet acheté.

Le photojournalisme est-il mort ?

Après plus de 10 ans chez Polka, Dimitri Beck se veut profondément optimiste. La photographie n’est pas là que pour illustrer. Polka est la preuve du contraire. « C’est un angle, une histoire ».

Le passage au numérique a créé un bouleversement économique important. Concernant la presse, ce changement permet de travailler plus facilement avec des photographes étrangers grâce aux réseaux sociaux.

Mais c’est aussi synonyme d’une concurrence accrue, et d’un choix plus difficile. Dimitri Beck reconnait que dans les coupes drastiques des budgets de la presse, « c’est souvent la photographie qui en fait les frais ».

Ce contexte crée beaucoup de frustrations, pour les photographes mais aussi pour les iconographes. Oui, il s’agit d’un vrai travail d’équipe. « Imposer un sujet dans une rédaction est un vrai défi. »

Exposer à la galerie Polka

Le modèle économique du magazine s’est étoffé avec la galerie. Cette dernière représente exclusivement une vingtaine de photographes et est aussi associée de manière non-exclusive à environ 20 photographes. « Chaque nouveau photographe qui rentre doit être différent et complémentaire », avec une réelle signature visuelle.

galerie polka magazine

La galerie s’occupe de gérer le lieu d’exposition, de produire les tirages et les encadrements, de communiquer sur les expositions à paris et de représenter les photographes lors d’expositions à l’étranger.

Le photographe touche 50% des ventes. L’objectif de Polka c’est de « donner les clé de compréhension aux lecteurs du temps nécessaire pour poser un regard. »

Comment contacter la rédaction ?

« Aussi belle soit-elle, votre photographie c’est 5% de votre temps. Tout le reste c’est de la préparation, de l’écriture, de la réflexion ». Avant tout, il faut avoir lu le magazine auquel on s’adresse. « Connaître le titre, c’est s’intéresser à l’autre ! », rappelle Dimitri Beck.

Savoir présenter son travail de manière claire est essentiel. Un mail précis et concis avec le titre du reportage dès l’objet du mail est une bonne approche. Un texte court de présentation du sujet accompagné d’un synopsis et d’une sélection serrée du sujet.

Il faut être rigoureux, ne pas se tromper d’interlocuteur et accepter que tous les mails se sont pas lus. Dimitri Beck conseille de « ne rien prendre personnellement ». Il faut insister, patiemment.

Au hasard des rencontres (festivals, lectures de portfolios), on peut se retrouver face à une personne qui n’a pas répondu aux mails. C’est l’occasion où jamais de pitcher son histoire. « Il faut être précis, bon, c’est-à-dire qu’il faut être préparé ».

Enfin, Dimitri Beck insiste sur le fait de ne pas rester seul. Il est essentiel d’échanger, de partager avec les autres photographes: « Avoir les moyens de sa vision pour un photographe c’est vivre de son métier. C’est un métier de passion ».

Toutes les informations utiles de l’épisode

Galerie Polka

Cour de Venise, 12 rue Saint-Gilles 75003 Paris

  • https://www.polkamagazine.com/la-halle/
  • https://www.polkamagazine.com/

Les photographes cités dans l’épisode

Yves Marchand & Romain Meffre
Luc Delahaye
Guillaume Herbaut
David Goldblatt
Stanley Greene

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

Découvrez une méthode qui fonctionne pour vivre du photojournalisme durablement en apprenant à trouver de bonnes idées de reportages et surtout en apprenant à les vendre.

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