Gérard Rancinan est artiste contemporain. Il réalise des fresques photographiques très grand format qui sont exposées dans le monde entier et vendues aux enchères.

« Je raconte absolument la même histoire, je fais des portraits de l’humanité, c’est mon credo, c’est mon travail. Je veux être ce témoin éveillé de métamorphoses, des changements, des bouleversements de notre société et peu importe la forme ».

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le parcours de ce grand nom de la photographie contemporaine
  • à envisager la photographie comme témoignage
  • comprendre la place de l’image dans le monde de l’art
  • si la photo d’art est la continuité du photojournalisme

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Le parcours de Gérard Rancinan

« Je m’appelle Gérard Rancinan, je suis photographe. Pour certains je suis un artiste d’art contemporain mais avant toute chose, je suis photographe. Je fais partie de cette catégorie des gens qui ont « la prétention » ou peut-être juste l’ambition de laisser des traces en arrêtant le temps avec l’appareil photo ».

Gérard Rancinan a commencé en 1969 comme apprenti reporter photographe dans le journal Sud Ouest à Bordeaux. Il avait 15 ans et il tirait les photos pour le journal. « Pendant 3 ans j’étais l’apprenti, le petit bonhomme, en costume trois pièces, parce qu’il fallait bien s’habiller quand on était au journal, et qui tirait. J’ai appris la photographie comme ça, sur le terrain. Puis à l’âge de 18 ans, ils m’ont tendu ma carte de presse, j’ai pu faire ma première photo, le chauffeur m’attendait parce qu’à l’époque on avait des chauffeurs dans les journaux ». Le photographe est amené sur un scène d’accident de camion.

Sa photo, remarquée par Henri Amouroux, alors patron du journal, fera 5 colonnes à la une le lendemain : « Cette « une » ouvrait toutes les ambitions du monde. Et puis très vite, j’ai été rattrapé par la réalité, ou une humilité, c’est-à-dire que ces mêmes gens, une fois qu’ils avaient lu le journal, l’ont plié, l’ont froissé et l’ont jeté. Et je me suis dit : Mince, il faut tout recommencer ».

En décembre 1973, Luis Carrero Blanco, chef du gouvernement de Franco est tué dans l’explosion d’une bombe qui soulève sa voiture. L’assassinat est revendiqué par l’ETA dans une conférence de presse. Gérard Rancinan est envoyé sur place pour documenter l’événement. « Les Américains de Newsweek et de Time, étaient convoqués à cette conférence, dans le plus grand secret évidemment. Ils ont appelé Sud Ouest pour avoir un photographe. En fait, personne ne parlait anglais. Les photographes de l’époque n’ont pas pris ça au sérieux. Alors ils ont dit : on va envoyer le petit, et le petit c’était moi ».

Le photographe est ensuite contacté par l’agence Sygma, créée six mois plus tôt par Hubert Henrotte. En effet, une scission entre les actionnaires de l’agence Gamma, dont Hubert Henrotte était co-fondateur, l’a poussé à créer une nouvelle agence.  Gérard se souvient de son premier contact.  « On vient de démarrer, ça nous aiderait que tu nous donnes les photos de l’attentat et si tu nous les donnes, tu deviens notre correspondant ». C’est ainsi qu’il devient correspondant dans le sud-ouest pour l’agence Sygma. Très vite, Gérard Rancinan couvre de nombreux événements dans le monde entier. 

Envisager la photo comme un témoignage

« J’ai vite pris conscience que la photo était un témoignage. De ma première photo en NB à la une du journal à ma dernière photo qui s’appelle Golgotha, c’est la même histoire que je raconte. Je ne cumule pas des jolies photos. Je ne fais pas un opus de centaines de milliers de photos de toute ma vie. Mais je raconte une histoire, je raconte un fil tendu ». 

Gérard Rancinan aime à rappeler qu’il est avant tout journaliste. Il n’envisage pas son métier comme une mission. « Il faut faire attention, nous, les journalistes. C’est un métier où l’on doit juste essayer d’être un témoin, d’observer le monde, d’être le plus objectif possible ».

Évidemment, il reconnait que la notion d’objectivité est compliquée en photographie mais il ne voit en l’appareil photo qu’un instrument pour essayer de raconter l’histoire à travers ses « propres sentiments et analyses de discours »

Il faut avoir conscience qu’un photographe arrête le temps. Gérard nous explique à quel point ce pouvoir est « colossal : geler un moment, une idée, un personnage qui sera mémoire pour un autre ».

Lorsqu’il parle de ce pouvoir d’arrêter le temps, c’est sa façon de définir son métier, celui de photographe, bien au-delà des considérations techniques de prises de vue. « Même si le photographe fait une image avec son smartphone, s’il a conscience d’arrêter le temps, alors il en est le témoin ».

Comprendre la place de l’image dans le monde de l’art 

Il revient sur une photo réalisée en 2012 s’intitulant Riots. Il s’est inspiré pour cette composition d’une image faite lors de la bataille d’Iwo Jima : des soldats américains plantant le drapeau sur le mont Suribachi. 

Raising the Flag on Iwo Jima , photo réalisé le 23 février 1945 par Joe Rosenthal

Lors des émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd, il a reçu d’un ami la photo de la Une du Los Angeles Times : « on voit des mecs sur une bagnole, qui tendaient des affiches, et non pas des drapeaux comme je l’ai fait. C’était non pas une réplique, mais c’était la copie conforme, inconsciente ». 

C’est ainsi qu’il envisage son métier, en tant que journaliste, photographe, reporter et artiste, il n’envisage ses images qu’en lien avec l’actualité.

« Je veux être cet artiste qui a été le témoin de son époque. Je suis à la fois Delacroix et Géricault, ce sont eux qui me portent sur leurs épaules ». Gérard Rancinan balaie d’un revers de la main la prétention qu’on pourrait y voir et s’attache à la notion de suiveur de ces grands noms de l’art. Il y voit une inspiration que chaque photographe doit incarner pour devenir « suiveur » de ces grands artistes et témoigner du monde. 

La photo d’art comme continuité du photojournalisme 

En 1999, il rencontre Pierre Cornette de Saint-Cyr . Celui-ci décide de mettre les photos de Gérard Rancinan aux enchères. Le succès est immédiat. Pierre Cardin l’invite alors à exposer dans son centre d’art à Paris. Le vernissage du projet « Urban Jungle » réunit 3500 personnes : « je me suis dit : c’est peut-être un autre univers ».

À la même époque, il est le témoin d’un fort ralentissement de la presse. Gérard Rancinan se lance alors dans le monde de l’art en exposant d’abord au Palais de Tokyo. Dès lors, les expositions de ses photographies s’enchaînent à l’étranger.

« Mon idée de ce métier c’est d’avoir une forme de pensée. Je n’ai jamais fait de photo, de sujet ou de thème qui ne soit pas relié à la pensée. C’est une extrapolation de ma réflexion ». 

Gérard rappelle qu’il ne faut pas confondre le monde de l’art, comme celui de la photographie, et le monde marchand de l’art. Il parle librement d’argent quand on le questionne sur ces images vendues aux enchères, à 100000 euros. Il rappelle que ces ventes sont exceptionnelles et, en l’occurrence, réalisées par un collectionneur.

Ce collectionneur a acheté la photo à un tarif moins élevé et décide de la mettre en vente à l’occasion d’une exposition. « Je touche 7% de ce prix de vente, à chaque fois qu’elle est vendue (à un autre collectionneur, par exemple), jusqu’à ce qu’elle entre dans le domaine public ».

Même si ses images génèrent beaucoup d’argent, il insiste sur le fait que ses fresques photographiques sont des grosses productions. Chaque image est l’objet de plusieurs mois de travail avec des équipes de stylistes, de maquilleurs, de techniciens, de figurants. Gérard Rancinan rappelle que l’argent n’est qu’un outil pour réaliser son art. 

« Il faut gagner une guerre économique, il faut essayer de donner de la valeur à sa photographie. Il faut oser les mettre à des prix élevés ». C’est une façon de montrer qu’on est sûr de soi, qu’on a confiance dans son travail. 

« Il faut croire en soi, dans son travail, dans ce que ça vaut, dans sa représentativité » 

 A la question « l’art peut-il sauver le photojournalisme ? »,  il nous répond dans un sourire : « Pourquoi pas ? »

Il en revient à la notion de témoin éclairé, à la fois artiste et reporter. Et dans ce sens-là l’art devient un soutien indéniable pour réinventer le photojournalisme. 

Gérard Rancinan appelle les photographes à « proposer autrement », parce qu’« après l’effacement viendra le renouveau ». 

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Gérard Rancinan

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Les photographes et journalistes cités dans l’épisode

James Nachtwey
Patrick Chauvel
Henri Amouroux
Hubert Henrotte
Gilles Caron

Raymond Depardon
Michel Laurent
Don McCullin
JR
Sebastiao Salgado

Méthodologie pour apprendre à passer à l’action

Découvrez une méthode qui fonctionne pour enfin passer à l’action en étant efficace.

Frédéric Noy est photographe documentaire. Il travaille sur des sujets au long cours, de manière très approfondie avec un facteur temps qui influence énormément le traitement du sujet. Il a reçu le visa d’or en 2019 au Festival Visa pour L’image à Perpignan pour son sujet la lente agonie du lac Victoria

« Ce n’est pas une approche que j’oppose à la photo de news. De même qu’en littérature, il a des fresques littéraires et des nouvelles, les deux sont importants dans la littérature, c’est la même chose en photojournalisme ».

Il n’a suivi aucune formation en journalisme, aucune formation en photographie. « J’ai tout appris en faisant des agrandissements dans ma salle de bain, j’ai lu des livres. J’ai tout essayé tout seul, c’est l’université de l’erreur ». 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le parcours du photographe (3 »25)
  • Comment faire face aux périodes de doute et aux critiques (18’’50)
  • Comment se lancer dans un projet documentaire (30 »00)
  • Comment financer un projet au long cours (37 »44)
  • les valeurs essentielles pour démarrer un projet personnel (9’’20)

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Le parcours de Frédéric Noy

Frédéric nous explique qu’il a commencé la photographie en 1989, en ayant des activités parallèles pour subvenir à ses besoins. « Je me disais que si je faisais ces activités, ça me dégagerait du temps et des moyens pour faire de la photographie; c’était une erreur ».

Les activités génèrent bien souvent beaucoup de fatigue et empêchent de se concentrer sur son activité de photographe. « Je suis arrivé tranquillement à l’an 2000 en me disant que ce n’était pas possible de finir mon existence en ayant des regrets : le regret d’avoir voulu être photographe et de ne jamais l’avoir fait, de ne jamais avoir essayé autrement que vaguement, du bout des lèvres et du bout des désirs ».

Il arrête alors tous les boulots alimentaires et se lance pleinement dans la photographie. 

Parution dans le Figaro Magazine du 15 mai 2020 @ Frédéric Noy

Il commence à travailler à l’étranger. « J’aime être basé quelque part dans le monde. Ça me permet de rayonner sur une région, sur une pays. À partir du moment où j’arrive à faire rentrer dans la carte mentale du DA et du directeur photo que je suis à tel endroit, à ce moment-là ils m’envoient sur des commandes ».

Le photographe nous explique qu’il ne dépend pas uniquement de la presse française. Les directeurs artistiques des magazines à l’étranger portent, culturellement, un regard différend sur son travail.

C’est aussi une façon efficace de faire circuler son travail plus largement et d’être plus visible. 

Il participe au Festival Visa pour l’Image en 2002. Il intègre alors l’agence COSMOS. Il cherche ensuite à diversifier ses revenus et commence à travailler régulièrement avec le HCR (L’agence des Nations Unies pour les Réfugiés).

Cette collaboration lui a assuré des rentrées d’argent qui lui ont permis de développer des projets personnels. « J’aime avoir des commandes avec la presse mais j’aime me dégager des plages de liberté de création, qui me permettent de développer des projets plus longs ». 

Comment faire face aux doutes et aux critiques ? 

En tant que photographe, nous sommes souvent seuls quand on commence un projet. Il est parfois difficile de garder le cap. Nous avons demandé à Frédéric Noy comment il gérait ces périodes de doute. Il répond très franchement : « je ne me suis jamais dit qu’ils avaient raison ».

Il se souvient de son rêve d’enfant de devenir écrivain, il se revoit obsédé par envie de laisser une trace. « Cette idée là, c’étaient mes pensées d’il y a 30 ans. Aujourd’hui, je ne l’exprime plus de la même manière et inconsciemment ça me marque encore ».

Il conseille de croire en son instinct et d’affirmer clairement ses choix. « Au nom de quoi quelqu’un d’autre peut être sûr que ce que je propose est bien ou pas. Si beaucoup de personnes ne sont pas intéressées, je me dis toujours, la prochaine pourrait être intéressée ».

Concernant les critiques sur son travail, Frédéric se définit comme un tricheur en souriant. En effet, il habite principalement à l’étranger : l’Ouganda pendant 7 ans, le Soudan pendant 2 ans, le Nigeria près de 3 ans, le Tchad.

« Mécaniquement, je suis déconnecté des personnes qui pourraient critiquer mon travail. Je suis peu sous le regard au moment où je créé ; ça me permet de fortifier mon projet ». 

Pubication dans le magazine De Morgen du 23 Mai 2020 @Frédéric Noy

Il revient sur son processus de création et se dit fragile à ce moment-là. Des avis pourraient le déstabiliser. Il se sert de la distance pour rester à l’abri des éventuelles critiques et « fortifier son sujet ».

Si bien que lorsqu’il montre son travail, c’est « qu’il est très accompli, au sens, proche de la fin, voire terminé. Et là, c’est intéressant d’avoir des retours mais les retours sont forts et solides et ils ne me déstabilisent pas ».

« Un projet qui n’est pas accompli c’est comme un avion léger, une bourrasque peut le renverser. Au moins si je me trompe, je peux comprendre mon erreur, c’est mon erreur pleine ». 

Comment se lancer dans un projet documentaire ?

« Pour les sujets au long cours, j’aime me dire que ça doit toujours partir d’une question, une question à laquelle tu as envie de répondre. Plus la question  est conceptuelle, mieux c’est ».

Il revient sur le sujet qui lui a valu le Visa d’or en 2019 : la lente agonie du lac Victoria. « C’était ma tour Eiffel à moi. J’ai habité en Ouganda pendant 7 ans et tous les matins en partant de chez moi, je le voyais. Comme quand tu vis à Paris, tu vois la Tour Eiffel et tu te dis bon, j’irai la visiter… demain. Là, c’était pareil, il fallait que je fasse un sujet sur le lac victoria ».

C’est en écoutant un gouverneur annoncer que le lac disparaîtrait dans 50 ans que Frédéric a trouvé son angle pour traiter ce sujet : « Est-ce que l’éternité a une fin » ? 

Le photographe n’a qu’un seul conseil : « lancez-vous » ! Peu importe les activités annexes, Frédéric conseille de commencer un projet au long cours dès que l’occasion se présente. « Ce projet t’aide dans ta photographie, c’est avant tout une quête, une enquête sur un sujet et une quête sur soi qui est inconsciente mais inhérente à cette action là ». 

Sur la question financière, Frédéric est catégorique : « Il y a toutes les raisons pour faire une projet personnel, excepté l’argent. Il ne faut même pas y songer ». Il insiste sur le fait de se concentrer sur l’effort narratif, « c’est le fil rouge qui nous tient ». C’est en fait du travail accompli qui sera reconnue et « cela a une valeur financière malgré tout ». 

Comment financer un projet au long cours ? 

Evidemment, on peut penser que c’est utopiste comme façon d’appréhender un projet photographique. Pourtant Frédéric est très pragmatique quand il s’agit d’argent : « si je suis dans le rouge, je le vois arriver de très loin. Plus on pense à quelque chose et plus on le prévoit ».

Il s’est crée plusieurs tableurs pour suivre au plus près ses revenus. « J’ai un tableau de tous les contacts que j’ai, du plus petit magazine au plus grand. Je ne refuse pas de vendre un sujet parce que c’est trop peu payé. Je me balade avec mes archives dans mon sac, n’importe où dans le monde, si l’on m’appelle, j’ai vu cette photo, je peux la vendre en direct, et je le rapporte dans mon tableau ». 

La mise en place de ces outils lui ont permis à l’époque de calmer les angoisses qui l’empêchaient de se projeter dans ses projets. « J’ai réfléchi aux outils qui pouvaient me permettre de bien tout suivre: tableaux budgets, tableaux diffusion, tableaux sujet par sujet que j’ai amélioré au fil des années ». 

Publication dans Le Pélerin du 12 Février 2020 @Frédéric Noy

Ses tableaux lui permettent d’avoir une vue d’ensemble de chacun de ses sujets tant en termes de publications que de rémunération. « J’ai réussi à faire des sujets qui se sont très bien vendus, j’ai réussi à sauver une partie pour produire des sujets. J’ai toujours géré mes revenus de manière à ne pas être pris à la gorge».

Il rappelle à quel point il est important de répondre à certaines demandes : « Il m’est arrivé de vendre un sujet pas cher parce que les gens aiment et font un effort. C’est important aussi de faire plaisir aux gens parce qu’ils s’en souviennent ». 

Quelles sont les deux grandes valeurs pour se lancer dans un projet au long cours ? 

« La fidélité et l’honnêteté ce sont des vertus cardinales. »

Frédéric nous rappelle qu’il est essentiel d’être fidèle à des idées, des sujets et à  des gens.

C’est ainsi que se bâtit la confiance. Lorsqu’il parle du directeur du festival Visa pour L’image, on comprend bien la portée de cette confiance : « Jean François Leroy a été toujours fidèle et attentif en ayant un oeil sur mon travail. Au moment où je n’étais pas grand-chose en photographie, il a eu la générosité et l’envie et le goût de me soutenir tout au long des années ».

Ce soutien est précieux dans la vie d’un photographe. Frédéric nous avoue qu’il est extrêmement reconnaissant envers « les gens qui savent faire confiance à une vague idée qu’ils ont de quelqu’un et qui n’arrivent pas au moment où on est plus grand ».

La deuxième qualité essentielles pour entamer un projet au long cours, c’est la sincérité, avant tout envers soi-même. « Au bout du bout, le plus important est de ne pas se trahir, de ne pas trahir  l’image qu’on de soi quand on était plus jeune, le rêve qu’on avait, les valeurs, la projection qu’on se faisait de soi-même. Il faut pouvoir se dire que quoi qu’il arrive, on l’a fait honnêtement ». 

Le photographe insiste sur l’importance de se documenter sur son sujet, tout en se détachant de l’actualité. « Peu importe si c’est dans l’aire du temps, peu importe si ça va se vendre aujourd’hui. Parce que si ça ne se vend pas aujourd’hui, ça peut se vendre demain ». 

On lui a laissé le mot de la fin. 

« Rien n’est impossible en réalité, il faut trouver le courage en soi et foncer ». 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Frédéric Noy

Les magazines cités dans l’épisode

Revue Long Cours
6 mois
La revue XXI

Méthodologie pour bien préparer son photoreportage

Dans cet atelier, je vous donne les clés pour apprendre à bien préparer votre reportage : aménager votre environnement de travail pour trouver des idées et s’informer sur une thématique pour en devenir spécialiste et être reconnu comme tel par les rédactions.

patrick chauvel photographe de guerre

Patrick Chauvel est photojournaliste. Il a documenté 50 ans de guerres à travers le monde. Ce célèbre reporter a fondé une association pour pouvoir transmettre ses archives. Il a fait don de 380 000 images au Mémorial de Caen, qui lui a consacré un espace d’exposition permanente. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Travailler en terrain de guerre (3’’02)
  • Pourquoi partir (5’’40)
  • L’importance du comportement sur place (13’’44)
  • Comprendre le devoir de témoignage (30’’18)

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Travailler en terrain de guerre

Patrick Chauvel évoque le stage de préparation en terrain hostile, proposé par le CNEC (Centre National d’Entraînement Commando) à Collioures. Chaque année, les journalistes et photographes sont accueillis une semaine pour apprendre les bases du déplacement et de la sécurité en zone de conflit.

Les journalistes « apprennent ce que c’est qu’une munition, une mine, comment progresser sous un tir, à quel endroit se cacher derrière une voiture, à gérer une situation de stress à un carrefour. C’est un vrai partage d’expérience de l’armée française »

Nous avions rencontré l’un des instructeurs du CNEC pour lui poser des questions sur ce stage. Vous pouvez retrouver cet entretien dans l’épisode #5 du podcast. 

Il conseille évidemment de prendre des cours de secourisme avancés. Selon Patrick Chauvel, c’est le manque de préparation qui fait défaut chez les journalistes : « Il y a des types qui partent sans même un pansement. Qu’est-ce qu’ils vont faire s’ils prennent une balle dans le bras? Ils vont se vider de leur sang, alors qu’il suffirait d’avoir un garrot ».

Lui-même nous confie en avoir 4, dont deux déjà prêts à être utilisés. « Ils ne se rendent pas compte que quand ça part, on n’a pas beaucoup de temps. En général, on est un peu tendu, on peut vite perdre ses moyens ».

Patrick résume en une formule l’importance d’être autonome sur le terrain :  « tu peux te soigner mais tu peux aussi aider un mec, ça change tout ». C’est une façon d’être parfaitement intégré à une unité pour un journaliste qui part avec des militaires. 

Pourquoi partir ?

« Quand je suis parti avec mon fils, je lui ai dit tu vois le grand immeuble bleu là bas ? Il me répond oui. Donc l’immeuble te voit, on est en territoire daech, mets toi contre le mur. Les snipers sont très bons, tu peux être tué bêtement ». 

Patrick Chauvel est catégorique : « Les gens prennent leur responsabilité ». Les journaux ne prennent plus le risque d’envoyer des journalistes sur le terrain. « Par contre si vous y allez, que vous vous installez là-bas, vous allez forcément faire des images avant les autres. Et si les images sont bonnes, au troisième envoi, Match va dire : c’est pour nous ». 

« Chaque guerre qui dure un peu a accouché de talents ». Patrick cite Rémi Ourdan, stagiaire dans une radio, est parti à Sarajevo. Au bout de 6 mois, il a été contacté par Le Monde pour un article, avant d’être nommé grand reporter pour Le Monde à seulement 24 ans. 

Double page de Patrick Chauvel dans Paris Match
La photo de Patrick Chauvel en double page dans Paris Match avec le sujet sur Baghouz, dernier réduit de l’EI en Syrie.

« Choisis le bon conflit. Vas-y. Si tu n’as pas d’expérience, essaie sur place de rencontrer des reporters qui vont t’aider ». 

L’importance du comportement sur place

Le reporter conseille de savoir si c’est un conflit qui va durer longtemps. Il est fondamental de comprendre la situation. « Il faut essayer d’appeler les gens de l’AFP, AP, Reuters qui sont sur place. S’il n’y a pas de journalistes locaux, il faut repérer l’université, parce qu’en général les étudiants sont éduqués ».

Patrick Chauvel recommande de toujours s’aider de la population locale. « Une fois, j’avais mis un jean et un t-shirt noir, un irakien m’a dit : change de vêtement ou tu vas te faire tuer. C’est la tenue des chiites, ça. Nous on est sunnites ». 

Pour bien comprendre l’importance de connaître le terrain, il revient sur un souvenir de reportage. Il suivait une unité d’élite, la Golden Division de l’armée irakienne. « Non-embedded », il ne pouvait pas monter dans les véhicules blindés. Il a donc demandé l’autorisation de suivre le tank à pied. 

« A un moment, on a tourné dans une rue plus large et j’ai dit à mon fils : s’il y a un véhicule kamikaze, il a de l’espace pour prendre de l’élan. Il va viser le tank. Donc on va laisser passer deux humvee ». Le véhicule a frappé dès le passage du deuxième humvee. « La chance qu’on a eu c’est qu’il a frappé en latéral. On a pris des éclats mais pas toute la force de l’explosion ».

L'explosion d'un véhicule kamizake contre  la Golden Division de l'armée irakienne © Patrick Chauvel
L’explosion d’un véhicule kamizake contre la Golden Division de l’armée irakienne © Patrick Chauvel

Comprendre le devoir de témoignage

« La déontologie c’est la base du métier. Si on t’invite à assister à quelque chose mais qu’on te dit, pour le moment, ça ne nous arrange pas que ce soit vu, tiens parole, ne le montre pas ». Quand on lui pointe que c’est une forme de censure, il ne le reconnaît mais « c’est une censure momentanée ». 

Lors de cet entretien, nous percevons aussi le sentiment de solitude qui peut envahir le reporter. « Tu ne peux partager ce que tu as vécu, qu’avec les gens qui l’ont vu. Notre rôle de journaliste c’est de raconter. Mais parfois, tu n’as pas envie ».

Il nous avoue qu’il a la sensation que les gens ne méritent pas l’histoire. Mais il se corrige immédiatement : « c’est stupide, ce n’est pas de la faute des gens s’ils vivent dans un monde de paix ».

 » Nous ne travaillons pas que pour la presse, nous travaillons pour la mémoire collective« .

Quand on évoque la notoriété, souvent recherchée par les photographes et journalistes, Patrick Chauvel nous invite à la prudence.

Les récompenses et prix apportent une visibilité importante et ce sont des appuis financiers incontestables pour le travail des photographes aujourd’hui.

La notoriété peut évidemment être un atout mais il déconseille formellement de faire ce métier pour être connu. Il faut d’ailleurs le distinguo entre le fait d’être connu des rédactions et connu du public.

Pendant un temps, il avait même milité pour la création d’un salaire de base pour les photographes de guerre, identique pour tous. En contrepartie, les photos n’auraient pas été signées. « Nous, les photographes de guerre,  nous ramenons des images de gens dans des situations très difficiles ; notre meilleure position, c’est dans l’effacement, sinon cela devient vulgaire ».

Toutes les informations utiles de l’épisode

Fonds Patrick Chauvel

Le Mémorial de Caen

Les photographes cités dans l’épisode

Rémi Ourdan
James Nachtwey

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

Découvrez une méthode qui fonctionne pour vivre du photojournalisme durablement en apprenant à trouver de bonnes idées de reportages et surtout en apprenant à les vendre.

photoreporter photojournalisme
xavier lalu

Xavier Lalu est journaliste et formateur. Aujourd’hui correspondant pour Libération à Toulouse, il est aussi le co-fondateur de l’Immédiat, une plateforme de formation, spécialisée dans les contenus numériques. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Ce qu’est positionnement journalistique 2’’20
  • Comment choisir un angle pour traiter un sujet 13’’10
  • Le fonctionnement de la presse aujourd’hui  39’’00
  • La place de l’image dans la presse avec l’exemple de Libération 33’’28

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Le positionnement journalistique

Xavier Lalu enseigne à Sciences-Po Toulouse. Il intervient en 4ème et 5ème année du cursus. Après trois ans de tronc commun pour acquérir une solide culture générale, les étudiants poursuivent deux années pour apprendre le métier de journaliste. « L’un de mes objectifs c’est de les faire rentrer dans la posture journalistique. Je veux qu’ils abandonnent les oripeaux de la dissertation académique pour entrer dans le traitement du sujet, l’angle, des choix éditoriaux forts, la titraille, etc ». 

Xavier insiste sur ce regard critique apportée sur la pratique du journaliste. « Quand on va observer quelque chose, on interfère forcément avec ». La déontologie doit dicter le comportement à avoir en toute circonstance, à savoir « ne pas travestir la réalité volontairement, ne pas occulter de manière volontaire ce que l’on observe ». Il rappelle à quel point il est important « d’expliquer, d’inscrire dans le contexte et de garder un équilibre dans le traitement de l’information ». 

L’enseignant cite d’ailleurs la Charte de Munich, à laquelle se réfère la plupart des médias. Ce texte, signé en 1971, permet de mieux appréhender cette notion de positionnement journalistique.

Charte de Munich / Déclaration des droits et devoirs des journalistes
La Charte de Munich (ou Déclaration des droits et devoirs des journalistes)

Comment choisir un angle

D’après l’enseignant en journalisme, cette notion de l’angle journalistique nécessite au moins deux ans de travail, pour la comprendre et la pratiquer correctement. « J’aime bien comparer le journalisme et l’artisanat parce que c’est un métier galvaudé. Il est de bon ton de penser que tout le monde peut devenir journaliste ». Il décrit avec précision cette approche spécifique du traitement de l’information, qui est essentiel à la démarche journalistique. « Le traitement, c’est l’angle ! Dans quelle direction va la caméra, à quelle distance se situer par rapport au sujet ». Qu’il s’agisse d’un support en images ou en écrit, c’est la notion de choix qui définit l’angle. 

« L’absence de traitement d’angle, c’est l’absence de choix. C’est ce qui va différencier un bon journaliste d’un mauvais. Quand tu ne fais pas de choix, tu effleures ton sujet et tu n’intéresses pas. Notre but c’est quand même d’être lu, pour faire passer l’info, pour vendre ».

Quand on l’interroge sur l’objectivité dans le métier, Xavier est catégorique : « choisir c’est être subjectif. L’objectivité dans le journalisme n’existe pas. A partir du moment où l’on est quelque part, on interfère sur le terrain, plus ou moins ». Il s’agit ensuite d’assumer ou non ce choix. Xavier Lalu rappelle que la subjectivité ne veut pas dire prendre parti : « C’est assumer de montrer quelque chose à l’instant T. C’est ne pas nier ton histoire. Nous sommes animés par des valeurs et des schémas de pensée ». 

Le fonctionnement de la presse aujourd’hui

La possession des certains groupes de presse par des grandes fortunes est un problème structurel mais selon notre interlocuteur, « c’est typique de l’époque dans laquelle on vit : on a une explication simple pour quelque chose de beaucoup plus compliqué ».

Posséder un organe de presse est certes un enjeu de pouvoir, un capital symbolique. « C’est un objet d’influence mais ça ne veut pas dire que tous les jours, Drahi, Niel ou Dassault vont voir les rédactions pour leur dicter leurs papiers », assure Xavier Lalu. 

Lorsqu’on lui rappelle que l’auto-censure existe bel et bien dans le métier, Xavier Lalu ne le nie pas mais fait une différence avec la censure généralisée que la société semble prendre pour acquise. En citant les différentes affaires qui sont sorties dans la presse (Benalla, Bettencourt, Cahuzac, Panama Papers), il nous explique que « la preuve de l’inanité de ce constat est tous les jours dans la presse. »

Il conseille aux journalistes qui font face à une certaine censure de se focaliser sur la sortie de l’information. « On peut toujours ne rien dire, filer l’info à un confrère qui bosse pour un autre journal qui va faire le boulot ».

« On a un président de la République qui nous explique, après l’affaire Benalla qu’on a une presse qui ne cherche plus la vérité, puis une loi sur le secrets des affaires qui a été votée. On a une loi anti-fake news, qui donne le pouvoir à un juge administratif en période électorale de décider qu’une information est vraie ou pas ». Xavier Lelu observe depuis quelques années que la corporation est de plus en plus soudée. « Par la force des choses, il y a eu de grosses attaques contre la presse en France».

La place de l’image : l’exemple de Libération ?

Xavier nous raconte l’importance de l’image au sein de la rédaction du journal pour lequel il est correspondant à Toulouse. « A chaque fois qu’on part quelque part, même si la photo n’est pas publiée ou qu’elle n’est pas prévue dans le papier au départ, on envoie quand même un photographe ».

La rédaction limite autant que possible l’appel aux agences, elle  fait le choix de faire travailler beaucoup de photographes. « Après la question de la valeur de la pige c’est autre chose. Mais la photo est au centre de leur préoccupation éditoriale. J’ai l’impression que c’est une exception quand même ».

Couverture de Libération du 7 octobre 2020
Couverture de Libération du 7 Octobre 2020

Xavier Lalu pointe la confusion que font trop souvent les gens entre ce qui est de la presse et ce qui ne l’est pas. « Ce n’est pas parce que tu lances une chaîne youtube que tu es journaliste ou que tu as filmé une charge de CRS avec ton téléphone que tu es journaliste ».

Il revient sur l’importance du traitement de l’information. Lorsqu’on lui demande alors la différence entre Libération et Valeurs actuelles, il ne se démonte pas : « ce sont des journaux, il y en a un qui défend des valeurs humanistes et l’autre qui défend des valeurs plutôt conservatrices. Là où Valeurs actuelles peut être très borderline c’est dans la façon dont ils articulent leurs informations, ce n’est plus de l’information parfois ». 

Xavier fait une différence entre l’information d’intérêt public et le reste de l’information. « L’information d’intérêt public c’est celle qui va nous permettre de comprendre la société, le monde dans lequel on vit ». Selon lui, ce type d’information ne peut plus être régi par des grands groupes qui ont des intérêts commerciaux et des problématiques de publicité et d’actionnariat. 

Il détaille le fonctionnement des fonds de dotation, déjà en place aux Etats-Unis et depuis peu en France. C’est un système qui permet une autonomie dans le temps et une indépendance de la rédaction. « Tu n’es plus rémunéré pour la performance de ton article  mais pour le travail que tu vas faire. C’est important pour que l’information d’intérêt public soit fiable et qu’on retrouve confiance en elle. Aujourd’hui, on en est là ».

Toutes les informations utiles de l’épisode

L’immédiat

Les journalistes et ressources cités dans l’épisode

Le site d’information de Sciences Po Toulouse
Le parcours de Philippe Pujol
Le podcast de Philippe Pujol
Actu Toulouse

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon

Note-moi si tu peux

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william lambelet

William Lambelet est photographe professionnel et formateur, spécialisé dans le mariage, depuis une dizaine d’années. Il a développé un style qui lui est propre en cherchant une approche documentaire dans son travail. Aujourd’hui, il a rejoint Collectif DR pour diversifier son activité grâce au reportage.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment développer son activité dans un marché de niche (3 »15)
  • La puissance du positionnement (6’’35)
  • Construire une synergie pour diversifier son activité (39’’00)
  • Comment fixer ses tarifs (20’’00)
  • Intégrer le contenu des formations que vous suivez (9’’20)

Vous pouvez aussi écouter cet épisode sur Apple Podcast ou sur Soundcloud

Comment développer son activité dans un marché de niche

William nous avoue qu’il n’a pas suivi de formation photo ; « j’ai même pratiqué la photographie assez tardivement ». Passionné par le « pouvoir des photographes à ramener des histoires », il fait son oeil en lisant les magazines National Geographic et Géo. Il achète son premier boitier numérique à l’âge de 23 ans. Il est tout de suite sollicité pour faire les photos d’un mariage. « J’ai donc découvert le métier grâce à  des mariages d’amis. J’ai pu développer un style bien à moi , assez éloigné de la photo conventionnelle qui se faisait à ce moment-là ».

L’exercice lui a tout de suite plu. Il y a vu d’emblée l’opportunité de raconter des histoires. « Tous les mariages sont différents, je n’avais pas la sensation de refaire la même chose ». Il nous explique qu’il a axé son approche photographique sur la singularité de chaque mariage. « D’ailleurs nous sommes quelques-uns à avoir développé cette approche que nous appelons du photojournalisme de mariage ». 

William voit dans cette façon de travailler un très bon équilibre entre une manière de photographier dans laquelle il est à l’aise et une opportunité de développer un style qui le différencie. 

La puissance du positionnement 

Il est vrai qu’en France, gagner de l’argent reste un problème. On pense, à tort, que conviction et réussite financière sont incompatibles. Or, « on peut tout à  fait travailler par conviction et donner de la valeur à son travail. C’est même très important », insiste William. 

Au fil des années, il a construit un business plan qui lui a permis d’abord de trouver son style, avant de définir quel était sa clientèle cible. « Au début, j’ai travaillé principalement avec une clientèle anglo-saxonne, parce que l’approche journalistique était beaucoup plus développée là-bas ». 

Ensuite, William a cherché à en savoir plus sur cette clientèle cible. Comment cherchait-elle un photographe de mariage ? « Ces étrangers qui viennent se marier en France, ce qu’on appelle le Destination Wedding, ne perdent pas de temps avec des moteurs de recherche. Ils passent par des plateformes recensant les photographes ». Ces annuaires organisent régulièrement des concours pour donner de la valeur au travail des photographes. Les photographes les plus récompensés sont mis en avant sur ces plateformes. 

Ainsi, William a réussi à déterminer avec précision ses clients idéaux. « Rarement en dessous de la trentaine, ce sont des mariés qui ont un vécu, qui veulent voir la réalité de ce qui se passe pendant cette journée, des fois même avec humour. »

William Lambelet photographe mariage
@ William Lambelet

Une synergie pour diversifier son activité

Quand on lui demande pourquoi il a voulu se lancer dans le reportage, William répond instinctivement : « par conviction. Je suis convaincu de la portée de mon travail en mariage. Je voulais aller encore plus loin ». En effet, lorsqu’il documente une journée de mariage, William s’attache à créer un héritage familial qui sera diffusé à un public restreint qui n’est autre que le cercle des mariés.  Par le reportage, il a l’ambition de témoigner pour un plus large public. 

Il y voit l’occasion de donner encore plus de sens à son travail. « J’ai eu la chance de travailler dans différents pays et je me suis aperçu que le mariage est un formidable marqueur temporel, social et sociétal ». 

William a réalisé un reportage sur le mariage en Inde : «  c’est un super marqueur de la condition de la femme dans la société indienne ». De même pour son reportage sur le mariage en temps de Covid-19, « c’est un témoignage de ce qu’on vit à notre époque ». 

Publication dans La Croix Hebdo @William Lambelet

C’est ainsi qu’il a l’idée d’utiliser le mariage pour parler de la société. Néanmoins il l’assure, il fait bien la différence entre son travail de photographe de mariage pour des clients et son travail de photojournaliste. 

« Je ne couvre pas le mariage de la même façon ». 

S’il travaille pour des mariés, il va se concentrer sur leur histoire. « Je m’intéresse beaucoup à ce qu’ils ont vécu avant. Leur journée de mariage est un outil pour parler d’eux, de leurs relations avec les présentes ce jour-là. C’est la même chose si je travaille pour un magazine sur un mariage mais l’angle sera différent ».

Depuis six ans, il séjourne chaque hiver en Inde. Il a commencé un travail au long cours là-bas. Il nous assure qu’il avance bien dans ce travail photographique conséquent parce qu’il vit de commande. En effet, il photographie des mariages en Inde. Ces prestations lui permettent de financer ses voyages. Il a une très bonne connaissance du milieu et beaucoup de contacts pour avancer au mieux pour ses sujets documentaires. 

« Voilà 11 ans que je suis photographe de mariage avec un modèle qui fonctionne bien et des rentrées d’argent régulières ».

C’est aussi ce qui l’a poussé à intégrer Collectif DR. Il veut pouvoir financer ses reportages sans toucher à ses deux autres sources de revenus que sont le mariage et la formation. 

William Lambelet photographe mariage Inde Galerie Photon Collectif DR
Photo exposée à la Galerie Photon lors de l’exposition Destination Reportage, de Collectif DR @William Lambelet

« Mon idée, c’est de vendre un ou deux reportages à la presse, de faire une exposition sur ce sujet là, éventuellement un livre et de continuer à rentabiliser ce qui a déjà été fait ». 

Comment fixer ses tarifs ?

Selon lui, se faire un nom est essentiel pour éviter de tomber dans la catégorie du photographe « couteau suisse », sachant tout faire mais spécialiste en rien . William annonce que c’est souvent ce type de photographe que l’on choisit pour son tarif plutôt que pour ses compétences. 

Quand on l’interroge sur la réalité des chiffres, William est transparent. Il réalise entre 12 et 20 mariages par an avec un panier moyen se situant entre 3500 et 4000 euros. 

Il nous explique que son tarif de base est plus bas afin de pouvoir rester dans le premier choix des mariés. « Même s’ils préfèrent mon travail, l’écart est trop important entre un photographe à 1500 euros et mon tarif à 4000 euros. J’ai donc un tarif entrée de gamme aux alentours de 2000 euros qui me permet de rester dans la première sélection ».

C’est en rencontrant ses futurs mariés en rendez-vous qu’il explique sa plus-value et réussit à vendre des options supplémentaires. 

« Voilà maintenant 3 ou 4 ans que je ne vends plus de fichiers HD s’ils n’ont pas un album ou des tirages ». William nous explique qu’il a fait évoluer son offre. Au début, il ne vendait que des fichiers numériques mais face au nombre de mariés qui ont perdu les fichiers ou qui ne les stockaient sur un disque dur sans en profiter, il a décidé d’évoluer. « A partir du moment où ils ont un support de qualité, qu’ils pourront garder plusieurs années, j’offre les fichiers HD ».

Intégrer le contenu des formations

C’est en travaillant pour les concours organisés par les plateformes de photographie de mariage et surtout par les récompenses qu’il a obtenues, que William s’est construit une renommée internationale dans le monde du mariage. D’abord, il a été invité à donner des conférences dans différents pays (Mexique, Afrique du Sud, Brésil, Russie, Inde). « Je me suis aperçu que, sur chaque continent, il y a avait des styles photographiques différents, souvent liés à la culture, et c’était super intéressant de pouvoir échanger avec des photographes locaux ».

Puis, il a eu l’idée de proposer des formations pour permettre aux photographes de s’ouvrir à ces différents styles. Il a donc créé un organisme de formation. En plus de donner des formations en France et à l’étranger, il faut venir des formateurs étrangers en France. 

Quand on pointe le risque d’uniformisation du métier à cause des formations, William s’inscrit en faux. « Si tu appliques quelque chose que tu apprends, sans savoir pourquoi tu le fais et sans que ça t’appose quelque chose personnellement, tu ne vas pas forcément bien le faire ». 

Il appelle les photographes à s’approprier le contenu de ce qu’ils apprennent en l’adaptant à leurs pratiques et en y ajoutant de la valeur. « Ne cherchez pas à faire de la copie », insiste-t-il.

Il conclut cet épisode par deux conseils précieux :

 – suivre son instinct. « C’est très important pour sortir du lot ».

 – se fixer des objectifs 

Il précise que la réussite est très personnelle mais les objectifs, quels qu’ils soient, vont vous permettre de garder la motivation pour avancer. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Son travail de photographe de mariage

Son travail de photojournaliste

Rise Up

Les photographes cités dans l’épisode

Franck Boutonnet

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

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photoreporter photojournalisme

Visa pour l’Image est le festival de référence en matière de photojournalisme. Il a lieu chaque année en septembre à Perpignan. La première semaine est réservée aux professionnels venant du monde entier pour échanger sur l’évolution du métier et du marché de l’image. 

Arnaud Felici est coordinateur général du Festival Visa pour l’Image. Il est également à la tête du CIP, le Centre International de Photojournalisme qui a pour mission de mettre en avant le travail des photojournalistes. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment est né le plus grand festival de photojournalisme au monde
  • Comment s’organise un festival tel que Visa
  • Comment sont sélectionnés les sujets
  • Comment trouver des financements pour vos sujets

Vous pouvez aussi écouter cet épisode sur Apple Podcast ou sur Soundcloud

Comment est né le plus grand festival de photojournalisme au monde ?

Il faut revenir dans les années 80. Arnaud nous explique que c’était une période de grande évolution en France avec les lois sur la décentralisation. En effet, ces lois ont permis aux collectivités d’être maître de leur budget et de ne plus avoir de contrôle par l’état (plus précisément, par la préfecture) avant la réalisation de projet.

Toutes les villes ont eu la capacité de gérer leur budget comme elles le souhaitaient. « C’est comme ça qu’on a vu, à cette époque, partout en France la création de manifestations culturelles, sportives et autres ». 

Ce qui s’est passé plus particulièrement à Perpignan, c’est un appel à projet lancé par des collectivités (la Ville de Perpignan, le Département, la chambre des métiers, la chambre de l’Agriculture, l’union patronale, la chambre de commerce). Ces structures ont pointé le manque d’activité économique sur le territoire à partir du 15 août. Elles ont eu l’idée de créer un événement pour « faire revenir le monde sur la période d’août/septembre ».

Festival Visa pour l'Image - Photojournalisme - Perpignan
Affiche du festival Visa pour l’Image à Perpignan. Septembre 2020 © Raphaëlle Trecco

Beaucoup de structures ont répondu et c’est un projet autour de la photographie qui a été retenu. « Voilà comment Visa pour l’Image est né. Jean-François Leroy était déjà de la partie ». Arnaud nous explique que Jean-François travaillait au magazine Photo à l’époque et il a présenté Paris Match comme partenaire du projet alors que ce n’était pas encore le cas. « Il a déboulé à Perpignan avec un Match hypothétique et c’est comme ça qu’il a convaincu. Le premier Visa, il n’y avait que la France et l’Italie représentées, une centaine de photographes, un bilan financier pas forcément positif. Alors que  Match et Photo voulaient arrêter la manifestation, le maire de la ville a décidé de combler les dettes pour que le festival soit maintenu à Perpignan ».

L’organisation d’un festival tel que Visa  

Arnaud Felici revient sur son travail. « Je suis chargé de faire le lien entre l’organisation de Jean-François Leroy et le territoire à Perpignan, les partenaires locaux et les partenaires institutionnels ».

L’association Visa pour l’Image est située à Perpignan. Elle a deux missions

  • Organiser le Festival Visa pour l’Image

« On travaille en partenariat avec Jean-François. L’association passe commande à Jean-François pour l’organisation d’un festival. C’est un contrat de 3 ans. Nous sommes dans la 2ème année du contrat ». 

  • Mettre en œuvre une action annuelle autour du photojournalisme, via le CIP, centre qui a pour vocation la promotion du métier des photojournalistes, la défense de la liberté d’expression, la valorisation des fonds photographiques et bien sûr l’éducation aux médias. 

Jean-François Leroy est président de sa société « Images Evidence », qui réalise le festival. Il est directeur artistique de Visa.

« On a un fort financement public, il est normal que, pour tout euro public utilisé, il y ait une mise en concurrence pour attester que tout est règlementaire ».

Le budget de Visa est constitué du budget de l’association et du budget d’Images Evidence. « L’association a pour mission d’aller chercher des financements publics et des mécénats locaux et régionaux, de temps en temps nationaux mais la responsabilité des partenariats nationaux et internationaux appartient à Jean-François Leroy ».

1 300 000 euros, c’est le budget global de Visa pour l’Image. « L’association ne couvre pas l’ensemble du budget. Jean-François Leroy consolide le budget d’environ 25% ». Il faut rajouter des prestations techniques qui sont apportées par des partenaires comme la Ville, ou des partenaires privés, ce qui représente 700 000 euros de budget en plus.

Comment sont sélectionnés les sujets ?

L’année 2020 est évidemment un peu particulière mais, en règle générale, Jean-François Leroy reçoit entre 3500 et 4000 sujets. Il faut savoir que le festival présente environ 25 expositions et si l’on compte les soirées de projections, « on doit monter à 200/250 sujets projetés sur 6 jours », précise Arnaud Félici.

Le travail de sélection est conséquent. 

En moyenne, le festival reçoit chaque année entre 2800 et 3000 professionnels qui viennent participer au festival Visa pour L’image. 

Dans le cadre du Festival, il y a deux parties distinctes : 

  • Tout ce qui est à destination du public est gratuit (expositions, colloques, projections,etc…)
  • Tout ce qui est à destination des professionnels est accessible sur accréditation.

L’organisation de la partie professionnelle est entièrement organisée par Images Evidence.

« L’essentiel des sélections d’images, c’est Jean François Leroy et sa directrice adjointe Delphine Lelu. Jean-François n’est sur aucun jury de remises de prix, ces sélections sont confiés à des picture editor du monde entier, tous médias confondus, que ce soit du web, de la presse, de la télé, de la radio ».

Ce sont des gens qui ont vécu ou qui vivent cette évolution dans ce secteur d’activité. Arnaud nous rappelle que « c’est tout le secteur d’activité de l’information, pas uniquement la presse-papier, qui est en train se transformer ».

Il prend l’exemple des magazines qui font paraître du people et du reportage. « Si le portrait d’une famille royale en couverture permet de financer un photojournaliste pour aller couvrir le moyen orient, c’est une logique d’équilibre ».

Cette logique a toujours existé jusque dans les années 80/90 dans les agences, où elles faisaient du news, du reportage, de l’archive.

Or, les agences ont été démantelées parce que cette logique s’est cassée. « Le people ça marche, je garde, l’archive, ça ne fonctionne pas, je m’en sépare ». 

Dès lors se pose la problématique de mémoire : Arnaud nous alerte sur cette mémoire photographie qui « reste importante pour comprendre notre monde ».

On le voit avec l’évolution du numérique. Il y a encore 10 ans, on critiquait Instagram, Facebook, Twitter. On se rend compte aujourd’hui que tous les professionnels, pour exister, passent par ces outils-là pour avoir une audience, une communauté qui les écoute, qui les regarde. Aujourd’hui là, ces outils prennent le pas sur la presse traditionnelle. 

Arnaud reconnaît que « les nouvelles générations sont de moins en moins sur un support papier. Ils utilisent un support dématérialisé ».

Si l’utilisation d’un Facebook, d’un Instagram permet de montrer une situation, un événement dont on n’a pas conscience, dont on n’a pas idée, alors c’est une avancée. « Nous sommes tous des vigies maintenant. On a tous la capacité à pouvoir s’indigner et à pouvoir montrer quelque chose qui nous révolte ».

Couvent des Minimes - Visa pour l'Image - Exposition de Sarah Caron
L’exposition de Sarah Caron « Les derniers des Mohana » au Couvent des Minimes. Septembre 2020 © Raphaëlle Trecco

Trouver des financements pour vos sujets

« Visa, avec sa force d’impact, de prix et de bourses c’est plus de 140000 euros qui sont distribués aux photographes ». 

À l’origine, Visa n’avait pourtant pas cette vocation de doter les prix. Les dotations ont commencé pour les 20 ans du festival. « On était en 2008, le secteur avait tellement évolué, les magazines et journaux n’étaient plus forcément dans de la commande, Visa a fait le choix par le biais de Jean-François qui est allé voir les partenaires privés pour trouver des fonds ». 

Depuis trois ans, la volonté de l’association et du festival est d’offrir une rémunération aux photographes, ce qui n’était pas le cas avant.

Les photographes sont rémunérés à hauteur de 1000 euros pour tout travail exposé. 

Le CIP est dans la même démarche. Chaque production d’exposition donne lieu à une rémunération du photographe. « Le ministère a sorti fin 2019 un protocole de rémunération qu’on a appliqué ». 

Il faut que les photographes apprennent à aller chercher les financements. Des fondations existent, des entreprises cherchent à faire couvrir des reportages, des ONG cherchent des photographes. Chaque ministère a des appels à projets, des bourses.

Arnaud Felici encourage tous les photographes à faire une veille active. « C’est du travail. C’est comme pour un archéologue qui passe 95% de son temps dans une bibliothèque et 5% de son temps sur un chantier ».

Il y a des structures qui proposent des résidences photographiques, photo-journalistiques, artistiques. Les informations sont facilement accessibles par Internet.

Le CIP réalise tous les ans depuis 5 ans maintenant une résidence avec un photographe. Ainsi, dans le cadre de cette résidence, le photographe est rémunéré à hauteur de 9000 euros pour 3 mois d’activité, ce qui peut permettre de financer des projets au long cours. 

À ce propos, nous avons interrogé Frédéric Noy qui a eu la gentillesse de partager tout son mode de fonctionnement pour financer ses projets au long cours.

Arnaud pointe l’importance de diversifier son activité pour survivre dans le métier. Il reconnaît qu’il faut améliorer la formation des photographes. « C’est peut -être ce qui manque dans les cursus de formation ou dans les écoles. On apprend la technique, la pratique mais on n’apprend pas à vivre de la photographie ».

Arnaud Felici termine par cette invitation à passer à l’action :  « La chance, ça se provoque » !

On ne peut s’empêcher de rebondir sur la phrase de Pierre Desgraupes, pionnier de la télévision française, qui prendra la tête d’Antenne 2 en 1981 : « Le manque de chance est une faute professionnelle ».

Toutes les informations utiles de l’épisode

Festival Visa pour l’Image

Centre International de Photojournalisme

Rémunération du droit de présentation publique

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

Découvrez une méthode qui fonctionne pour vivre du photojournalisme durablement en apprenant à trouver de bonnes idées de reportages et surtout en apprenant à les vendre.

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