Fred Marie reçoit Sébastien Pontoizeau, photographe spécialisé dans la photo aquatique, principalement les cétacés : baleines à bosse, cachalots, orques. Membre du Collectif DR et contributeur du livre photo annuel, il pratique depuis huit ans tout en restant producteur de spectacles. Les deux hommes se connaissent depuis douze ou treize ans, l'invité ayant été l'un des premiers lecteurs du guide du photographe voyageur de Fred Marie. L'épisode détaille un parcours autodidacte, la technique sous l'eau et les règles qui encadrent l'approche des animaux.
Un parcours par paliers
L'idée est née en Turquie, en photographiant les montgolfières de Cappadoce : essayer la photo sous-marine, parce que les baleines le fascinaient. Sans contact ni matériel, il a cherché sur internet comment plonger avec elles. Il a débuté avec une GoPro, puis un Sony RX100, avant un boîtier Canon en caisson et aujourd'hui un R5 en caisson Nauticam : une configuration passée d'environ 1 000 à 25 000 euros. Il a essuyé des échecs, dont un caisson plastique à 300 euros qui a pris l'eau en Norvège, et cite l'aide de Greg Lecoeur, qui lui a indiqué où aller.
Ses conseils de départ : un RX100 M3 d'occasion, un vrai caisson à double joint torique, un dôme, jamais une poche étanche pour un boîtier à 4 000 euros. Le premier achat de confort est un écran déporté, autour de 1 200 euros, qui évite de cadrer la tête penchée. Il recommande aussi d'apprendre les bases de l'apnée en club et d'entretenir sa condition physique : son appareil pèse 16 kilos et agit comme un parachute dans l'eau.
Réglages, obscurité et post-traitement
Le cas le plus difficile est celui des orques au nord de Tromsø, entre mi-octobre et mi-janvier : le soleil ne dépasse plus l'horizon, l'eau est noire, la visibilité de 10 à 13 mètres. Il photographie à f/2,8, 1/400 s et jusqu'à 16 000 ISO. En zone tropicale, il part de f/4 à f/8, 400 ISO, 1/400 à 1/600 s, en manuel, et sans flash sur ces animaux. La mise au point est manuelle, l'autofocus accrochant les particules plutôt qu'une baleine de 17 tonnes.
Le post-traitement prend de 45 minutes à 4 heures par image : débruitage dans Lightroom, où il juge le résultat désormais comparable à DxO, retour des rouges et des jaunes absorbés par l'eau, zone par zone, puis nettoyage des particules dans Photoshop en conservant bulles et rayons.
Peur, règles et régulation
La peur, dit-il, est toujours là, jusqu'à des débuts de crise d'angoisse avant la mise à l'eau, et elle est salutaire. Aucune attaque de cétacé sur l'homme n'a été recensée, mais il faut lire les comportements : jeunes mâles en frénésie, juvénile trop joueur comme la baleine surnommée Moustache à la Réunion, coup de queue de globicéphale comparé à une Twingo à 30 km/h, requins en embuscade. Une baleine qui présente sa caudale demande qu'on ne l'approche pas.
Il rappelle que les populations de baleines à bosse se reconstituent depuis le moratoire de 1986 et que les photos de caudale servent au recensement, à la Réunion notamment. Il plaide pour une régulation intelligente plutôt que l'interdiction, cite en exemple des règles sensées appliquées à Tahiti (pas de mise à l'eau avant 7h30, trois bateaux maximum par baleine) et raconte le tollé provoqué en 2019 à la Réunion par un reportage pour Paris Match, malgré des autorisations en règle. Sur l'IA, il distingue la publicité, où elle s'imposera, de la photo d'art et de reportage, où l'on ne fabrique pas une baleine.
Un épisode utile à ceux qui veulent se lancer dans la photo sous-marine, et plus largement à tous les photographes animaliers confrontés à l'investissement matériel et aux contraintes d'accès.
Résumé rédigé d’après l’épisode. Sources : vidéo de l'épisode sur YouTube.
Écouter cet épisode sur Ausha · Spotify · Apple Podcasts · Deezer. Tous les épisodes.
