Dans cet épisode, Fred Marie délaisse le format de l'entretien pour parler d'une lecture : une biographie de Joseph Pulitzer signée Jacques Bertoin, trouvée par hasard sur un étal de livres d'occasion à Toulouse. L'ouvrage, vieux d'un peu plus de vingt ans, n'est plus édité, et Fred Marie y voit un exemple de ces informations qui ne se trouvent qu'en papier, hors d'Internet et de l'IA. Son intention : au-delà des entretiens, partager des lectures sur le journalisme, la sociologie ou l'entrepreneuriat qui aident à mieux comprendre le métier.
Un immigrant devenu patron de presse
Né en 1847 en Hongrie et mort en 1911 aux États-Unis, Pulitzer arrive en Amérique sans ressources. De santé fragile, refusé par l'armée de son pays, il s'engage dans l'armée nordiste pendant la guerre de Sécession, ce qui lui offre au passage la traversée. Il devient ensuite journaliste à Saint-Louis, puis rachète des journaux en difficulté pour en faire des succès commerciaux, jusqu'au New York World, qu'il transforme en journal de masse à grand tirage : titres accrocheurs, enquêtes, faits divers. Fred Marie souligne le paradoxe : celui qui a donné son nom au prix symbole de l'excellence journalistique était un patron de presse milliardaire, à une époque de capitalisme sauvage, celle des grands bâtisseurs américains.
Pulitzer se voit pourtant comme un défenseur des causes sociales, lutte contre la corruption, siège au Congrès et considère la presse comme un contre-pouvoir indépendant et responsable. De son vivant, il finance ce qui deviendra la première école de journalisme, à l'université Columbia à New York, après un premier refus de l'université : il revient avec un don de plusieurs millions, et le projet aboutit.
Guerre des journaux et modèle économique
Le livre raconte aussi la rivalité avec un autre patron de presse, fils de milliardaire et non journaliste, qui mène contre Pulitzer une guerre ouverte : baisse des prix et, surtout, débauchage de ses rédacteurs en chef et de ses journalistes en triplant leurs salaires. Pulitzer manque alors de tout perdre, ce qui en dit long, selon Fred Marie, sur la fidélité des journalistes. On y découvre aussi l'économie de la presse d'alors : sans radio ni télévision, les journaux étaient vendus à la criée, souvent par des enfants, qui finirent par se mettre en grève lorsque les deux rivaux rognèrent leurs commissions. L'époque voit naître le reportage de guerre, avec des reporters envoyés couvrir le conflit contre l'Espagne, et les débuts de l'influence politique des médias de masse.
Ce qu'il en reste pour aujourd'hui
Pour Fred Marie, on retient le prestige du journalisme mais on oublie l'aventure entrepreneuriale qui l'accompagne. Le rôle de quatrième pouvoir n'a pas changé, et le lien avec l'entrepreneuriat, même moins fort, demeure : de plus en plus de journalistes montent leur propre média, souvent après avoir quitté leur rédaction, qu'il s'agisse de chaînes YouTube ou de titres comme Blast, fondé par Denis Robert. Cette dimension pousse à innover, à chercher de nouvelles audiences et à réfléchir à la façon de vendre des abonnements ou de trouver des annonceurs sans se compromettre. Fred Marie s'y reconnaît, lui qui a monté une agence et un média entrant dans sa cinquième année, avec plus de 22 numéros papier et un podcast hebdomadaire de 280 épisodes.
Un épisode utile aux photographes et aux journalistes qui s'interrogent sur le modèle économique de la presse et sur la place de l'entrepreneuriat dans leur métier.
Résumé rédigé d’après l’épisode. Sources : vidéo de l'épisode sur YouTube.
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