Fred Marie reçoit David Taché, photographe de guerre membre du Collectif DR. Né à Paris, il a vécu en Belgique et en Allemagne et a exercé plusieurs métiers sans lien avec la photo : l'aviation, la musique, la promotion immobilière. Sa mère faisait des photos de plateau pour la télévision et le cinéma. Il s'est professionnalisé il y a trois ans, passé la quarantaine (il a aujourd'hui 44 ans), après avoir assisté à une masterclass de Fred Marie. Installé en Géorgie depuis quatre ou cinq ans, il est allé quatre fois en Ukraine l'an dernier, pour environ trois mois au total.
Partir, puis composer avec les drones
À l'origine, l'invité visait plutôt la photo de voyage et de découverte. L'envie de tester ses limites et de témoigner de l'histoire l'a mené vers le reportage de guerre. Le déclic a été une rencontre à Visa pour l'Image avec une personne qui partait elle aussi pour la première fois en Ukraine : à deux débutants, ils seraient plus forts. Il a suivi au préalable un stage pour journalistes en zone dangereuse, puis appliqué le conseil d'un ancien du collectif : il faut y aller. Billet d'avion, train, accréditations.
Sur place, il décrit un pays très administratif : autorisations du ministère, de chaque unité, de chaque press officer, et beaucoup de coups dans l'eau. Les drones ont changé la donne : la première ligne est devenue inaccessible, même pour des photographes ukrainiens. Il raconte un drone kamikaze abattu à 30 ou 40 mètres au-dessus de lui à Kiev, et un FPV qui a explosé à une dizaine de mètres dans le Donbass. Il parle sans détour de la décharge d'adrénaline, d'abord faite de terreur, qu'il faut apprivoiser et qu'il juge très addictive. Il dit n'avoir eu aucun syndrome post-traumatique et l'attribue à la préparation.
Le sujet des White Angels
Son reportage sur les White Angels, ces policiers qui évacuent des civils près du front, était un rêve depuis un an. Grâce à un fixeur ami d'un commandant, il a pu les accompagner en décembre à moins d'une dizaine de kilomètres de Pokrovsk, dans un paysage de ruines. Deux FPV sont passés à moins de dix mètres. L'équipe a évacué des personnes de 60 à 75 ans qui vivaient sans eau ni électricité. Il retient surtout l'entraide, cette petite beauté humaine dans l'horreur, et un commandant qui avait promis à sa femme d'arrêter en obtenant son grade, avant de repousser d'un an.
Égoïsme assumé et ligne de crête
Fred Marie joue l'avocat du diable à propos de ceux qui partent chercher l'adrénaline dans une guerre où des civils meurent. L'invité répond qu'il n'y a pas d'altruisme pur, que l'on peut faire de bonnes choses pour de mauvaises raisons, et que mettre cette addiction au service de l'information lui semble une justification suffisante. La limite, pour lui, est de ne jamais truquer un reportage. Il revendique la curiosité comme première qualité du métier et observe que la guerre révèle le meilleur comme le pire chez les gens. Il souligne aussi que la vie continue à Kiev, restaurants ouverts, loin des images d'apocalypse que l'on imagine avant d'y aller.
Côté marché, il constate une hiérarchie de l'information (États-Unis, Gaza, Ukraine) qui laisse peu de place aux autres sujets, comme les manifestations en Géorgie qu'il a couvertes sans intéresser les rédactions. Après quatre ans de guerre, il faut proposer des angles plus pointus. Indépendant, il juge que le plus dur reste le financement, l'organisation et le démarchage. Son père lui disait que le non, on l'a déjà.
Un épisode qui démystifie le reportage de guerre, utile à ceux qui envisagent une reconversion tardive, à ceux qui veulent partir en zone de conflit et à ceux qui s'interrogent sur les motivations réelles de ce métier.
Résumé rédigé d’après l’épisode. Sources : vidéo de l'épisode sur YouTube.
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