Pochette de l'épisode Rencontre avec Corentin Fohlen, photojournaliste

Épisode 274 · 1 h 55

Rencontre avec Corentin Fohlen, photojournaliste

Podcast Photographe Pro 2.0

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Fred Marie reçoit Corentin Fohlen, photojournaliste depuis près de vingt-deux ans. L'invité se présente comme photoreporter et portraitiste, titulaire de la carte de presse depuis 2006, et toujours photojournaliste avant tout : l'essentiel de ses revenus et de son temps vient de la presse quotidienne et des magazines, en commande comme en archives. Parti en 2004 d'une petite agence parisienne où il diffusait manifestations et conférences de presse, il a couvert l'actualité internationale, de l'Afghanistan à la Libye en 2011, avant de s'orienter vers le reportage au long cours, en particulier en Haïti depuis 2010, et vers le portrait de commande. Le documentaire Baptême du feu l'a suivi à cette période charnière.

Un métier qui a toujours été en crise

Corentin Fohlen décrit une génération entièrement freelance : payer son billet, son hôtel, son chauffeur, puis se débrouiller sur place tout en travaillant parfois pour les plus grands titres. Arrivé à ses frais au Caire lors des premières manifestations du printemps arabe, il n'y a trouvé presque aucun photographe étranger, avant l'afflux d'indépendants venus du monde entier grâce au numérique et à internet. Aujourd'hui, les conflits sont surtout couverts par des photographes locaux ; il y voit une richesse, à condition de croiser leur connaissance du terrain avec un regard extérieur.

Il refuse pourtant le discours nostalgique. Quand il a débuté, on lui disait déjà que la presse était finie. Le photojournalisme est selon lui une niche qui a toujours fait vivre quelques dizaines ou centaines de personnes, alors que des dizaines de milliers en rêvent désormais. La parution n'est plus la finalité : il faut chercher des bourses, des partenaires, un livre financé par une fondation, des expositions, de l'éducation aux médias.

L'esthétique comme langage, le contre-pied comme angle

Pour l'invité, l'esthétique n'est pas un artifice mais un vecteur, comparable au choix des mots pour un écrivain : elle attire l'œil, clarifie l'information et accentue l'émotion, tant qu'elle n'est ni gratuite ni vulgaire. Il cite des travaux documentaires proches du conceptuel qui permettent de raconter ce qui ne peut plus être photographié en direct.

Son exemple le plus parlant vient d'Haïti. En montrant la bourgeoisie, les artistes, la vie culturelle, à rebours de la misère et de la violence attendues, il a vendu un même reportage plus d'une trentaine de fois dans la presse, sans aucune photo de misère. Il en tire une réflexion sur la responsabilité du photographe, sur les stéréotypes que chacun reproduit et sur l'urgence d'une éducation à l'image, illustrée par la réception contradictoire de ses récents portraits de Jack Lang sur les réseaux sociaux.

Tenir dans la durée

Ce qui fait tenir, dit-il, c'est la passion, une ambition assumée et la capacité d'encaisser les échecs. Après son Visa d'or du jeune reporter, il est resté trois mois sans un seul appel. Aujourd'hui encore, il envoie quarante mails pour une réponse qui se limite à un accusé de réception, puis relance. Il conseille de répondre oui quand un journal appelle, de respecter les iconographes et les personnes photographiées, et d'envoyer ses sujets même imparfaits : parfois une image vendue 200 ou 300 euros finance la suite. Père d'un garçon de huit ans, il a recentré une partie de son activité sur le portrait à Paris pour concilier terrain et famille. Son dernier conseil : il n'y a pas de parcours type, chacun doit inventer ses propres règles.

Cet épisode s'adresse aux photojournalistes en activité comme à ceux qui débutent, et à tous ceux qui veulent comprendre comment un indépendant dure dans ce métier.

Résumé rédigé d’après l’épisode. Sources : vidéo de l'épisode sur YouTube.

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Parmi les invités : Patrick Chauvel, Eric Bouvet, Pascal Maître, Joëlle Verbrugge, Oliviero Toscani, Dimitri Beck (Polka).