Photoreporter en CDI, l’exemple de Philippe de Poulpiquet

Philippe de Poulpiquet est photojournaliste. Il est grand reporter au journal Le Parisien depuis près de 20 ans. Il a un statut de salarié et développe de nombreux projets au long cours en parallèle de son travail au quotidien.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • La rigueur de la photo de presse (37 »40)
  • L’importance de travailler sur des projets au long cours (11’’20)
  • Comment construire un sujet de proximité (16’’36)
  • La montée du web face à la presse papier (48’’00)
  • Rester humble dans sa pratique journalistique. (1’04’’39)

Vous pouvez aussi écouter cet épisode sur Apple Podcast ou sur Soundcloud

La rigueur de la photo de presse

Philippe de Poulpiquet nous partage ses débuts de photographe en nous racontant son service national en coopération avec le centre culturel français au Cameroun. Pendant 16 mois, il a documenté le quotidien des enfants des rues à Douala. « A mon retour en France, j’ai fait une exposition à l’université Rennes II ». 

« Mon premier employeur, c’était de l’institutionnel. J’ai travaillé pour la ville de Rennes et le conseil général. Il y a avait un très beau magazine, pour lequel j’ai fait mes premiers travaux photos ». Il part ensuite à Paris pour rencontrer les rédactions et présenter son book. « Je voulais travailler pour la presse. J’ai commencé avec Jeune Afrique et Balafon (le magazine inflight d’Air Afrique). » 

Philippe voulait couvrir l’actualité et c’est au Parisien que l’occasion de travailler s’est présentée. « Au début, ça m’a fait un peu peur parce que c’était un journal sans grande identité photographique ». Mais Philippe voulait « faire ses armes dans la presse. J’ai fait de l’actualité, des manifestations, des portraits. Il fallait travailler vite et être efficace ». D’autant plus qu’avec le statut de pigiste, si le résultat n’est pas au rendez-vous, la rédaction fait appel à quelqu’un d’autre. « C’est une bonne école ».

Il admet qu’aujourd’hui la photographie n’est plus tellement un savoir-faire. « À l’époque il fallait développer. Il fallait être bon. On travaillait en ekta, à un tiers de diaph, on pouvait se louper. Aujourd’hui, pour louper une photo, techniquement, il faut vraiment le vouloir »

L’importance de travailler sur des projets au long cours

Parallèlement à son parcours professionnel, Philippe a toujours réussi à développer des projets personnels au long cours. Il nous confie la chance qu’il a d’avoir un statut de salarié dans un journal de presse régionale quotidienne. « C’est un journal populaire, avec une envergure nationale. On a un réseau de journalistes qui permet d’avoir des sujets très riches, dans les antennes régionales, les banlieues et l’ensemble du territoire ». Le reporter est très conscient des avantages (salaire, congés payés, mutuelle) mais il n’oublie pas les contraintes d’un tel travail (pas d’horaire de bureau, travail un week-end sur deux depuis 19 ans) : « c’est bien de travailler dans un journal mais on a cette frustration pour un quotidien de travailler dans la rapidité, de passer d’un sujet à l’autre ». 

Alors pour éviter de s’assoir confortablement dans son quotidien, Philippe en a profité « pour suivre ses envies et faire autre chose ». 

Il a obtenu l’autorisation de sa rédaction pour pouvoir développer des projets personnels en dehors du journal. De retour de 15 jours en Afghanistan, il décide de s’intéresser aux soldats blessés et de les suivre en France. « J’ai suivi ces soldats pendant trois ans et j’en ai fait un livre pour parler des conséquences de la guerre en Afghanistan ». Ce travail a été projeté lors du festival Visa pour l’Image à Perpignan. Il a aussi été publié dans la presse, notamment dans Polka magazine. Philippe est alors contacté par le département photo du musée de l’Armée.

L’institution souhaitait faire l’acquisition de quelques tirages. « C’est une consécration pour un photographe. On travaille pour la presse mais une image c’est quelque chose qui reste. Je fais ce travail là pour que les gens voient. Comme tous les photographes, je travaille pour l’histoire. Ce sont des moments de l’histoire. On fait ce métier là pour raconter ce genre d’événement ».

"Mémoires de guerre", projet photographique réalisé par Philippe de Poulpiquet
« Mémoires de guerre », extrait projet photographique réalisé par Philippe de Poulpiquet

Comment construire un sujet de proximité

« Je m’intéressais aux gueules cassées et je trouvais que faire leur portrait avait du sens ». Philippe a suivi pendant un an l’institution nationale des Invalides. Deux bâtiments accueillent 90 à 100 pensionnaires depuis Louis XIV. Envoyé en commande par le musée de l’armée, le reporter est allé à la rencontre des blessés de guerre. « Certains vivent là depuis 30 ans. Le musée manquait de travaux contemporains pour son fond photographique et m’a demandé de suivre cet univers où se croisent des jeunes, qui ont pu être touchés au Mali, en Afghanistan et des anciens combattants ». 

Parution Philippe de Poulpiquet dans le Figaro Magazine, janvier 2020
Parution dans Le Figaro Magazine, le 3 janvier 2020 @Philippe de Poulpiquet

Ce sujet a donc été entièrement produit en plein cœur de la Capitale. «  Il y a aussi des sujets qui ne sont pas si cher que ça à produire ». Le reportage de Philippe de Poulpiquet aux Invalides en est la preuve. « Il y a des sujets de proximité, celui sur les Invalides, c’était à côté de chez moi. C’est une façon d’avoir un regard sur la guerre mais à Paris ».

Ce sujet lui tenait particulièrement à coeur pour l’urgence qu’il y avait à le traiter. Le musée a fait l’acquisition d’une centaine de tirages au photographe et la moitié des gens photographiés n’étaient déjà plus là. « J’ai essayé de rendre de poser un regard humain et à la fois sur le personnel, les blessés, les anciens combattants ».

Il conseille  aussi de chercher des bourses et de présenter ses travaux en cours à des prix. Ce sont des appuis financiers importants pour continuer de produire un sujet.  

Enfin, pour s’assurer de produire un reportage pertinent, Philippe insiste sur l’importance pour les photographes de travailler différemment des agences : trouver des sujet précis, affiner ses angles, apporter un autre regard. 

Extrait du projet photographique « Mémoires de guerre » @Philippe de Poulpiquet

La montée du web face à la presse papier

Le photographe nous donne l’exemple de la rédaction dans laquelle il travaille depuis des années. « Les ventes papier ont dégringolé. On a pris le virage du numérique. On a eu une rédaction dédiée au numérique au tout début et aujourd’hui on travaille d’abord pour le web et le print passe après ».

Même si la presse papier n’est peut-être pas vouée à disparaître complètement, force est de constater que beaucoup de journaux sont encore en train de chercher un modèle économique viable pour maintenir leur version papier. 

Philippe pointe aussi un changement global dans les lignes éditoriales des magazines. « On donne moins à avoir des sujets difficiles ». Il prend l’exemple du Parisien week-end. « On donne à voir des choses qui font respirer, des choses belles et de moins en moins de reportages ».

Rester humble dans sa pratique journalistique

« Aujourd’hui faire de la vidéo pour un photographe, ce n’est pas un non sens. Il y a des sujets qui se racontent mieux en vidéo. C’est rester journaliste aussi ». L’amalgame entre journaliste et militant est fréquent. Mais il est fondamental de rester rigoureux, de ne pas être acteur. « Il faut rester distant par rapport à son sujet. La photographie n’est pas un sprint, c’est un marathon ». Philippe de Poulpiquet invite les photographes à rester humble dans leur pratique journalistique. « La base du métier de photographe c’est travailler pour un journal. On n’est pas là pour parler de soi ».

Il rappelle aussi que les journaux de PQR (Le Parisien, Ouest-France, La Provence) sont des journaux qui sont très lus. « Il ne faut pas porter un regard méprisant sur la PQR. Il ne faut pas dénigrer cette presse-là et tout de suite vouloir faire du grand-reportage ». 

Le reporter insiste sur la rigueur à avoir dans son approche du métier, que ce soit dans son editing photo ou dans la rédaction de ses textes. « La plus grande partie de notre travail c’est raconter le quotidien des gens, c’est raconter des petites histoires ». 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Son site web

Les photographes cités dans l’épisode

Martin Parr
Raymond Depardon
Alain Keler
Patrick Chauvel
Edouard Elias

Pour aller plus loin et accéder à davantage de ressources, accédez à ma boîte à outils :

Fred Marie
Photoreporter professionnel, auteur du livre et du blog "Photographe Stratège"
You may also like
Visa pour l’Image, les coulisses du festival international de photojournalisme
Polka Magazine, la référence du photojournalisme

Leave Your Comment

Your Comment*

Your Name*
Your Website