À une époque où l’intelligence artificielle et la prolifération des images numériques brouillent les pistes, comment apprendre aux jeunes générations à décrypter l’information visuelle ? Dans cet épisode du podcast Photographe Pro 2.0, Fred Marie reçoit Barbara Mercuri, professeure de lettres et responsable du service éducatif au Centre International du Photojournalisme (CIP) à Perpignan.

Elle nous dévoile les coulisses d’une mission de service public essentielle : transformer le regard des élèves sur le monde à travers le prisme exigeant du photojournalisme.

Le CIP : Un trait d’union entre l’histoire et l’actualité

Émanation directe de l’association Visa pour l’Image, le CIP ne se contente pas d’exister pendant les deux semaines du célèbre festival. Sa vocation est annuelle et s’articule autour de deux axes majeurs :

  • Le devoir de mémoire : Le centre gère un fonds photographique alimenté par les donations de photojournalistes. L’idée est de redonner vie à des images d’archives pour montrer comment des faits passés résonnent encore aujourd’hui.
  • La pérennisation de l’action culturelle : En ouvrant ses portes à l’année, le CIP permet de préparer les scolaires bien avant le festival, rendant le matériau complexe du photojournalisme plus accessible aux enseignants et aux élèves.

Les fondamentaux de l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI)

Pour Barbara Mercuri, l’éducation aux médias ne doit pas commencer par la traque aux « Fake News », mais par la pose de jalons éthiques et techniques solides.

  1. La valeur de l’œuvre : Comprendre ce qu’est un crédit photo et respecter le droit d’auteur. Une photo de presse est avant tout une œuvre intellectuelle.
  2. L’intention photographique : Apprendre à distinguer une photo de presse d’une publicité ou d’un selfie. Qu’est-ce qu’une information ? Comment se construit un récit visuel ?
  3. Le poids des mots : Travailler sur le lien entre l’image et la légende. Le texte ne se contente pas de décrire, il oriente la compréhension et engage la responsabilité du journaliste.

Des ateliers immersifs : l’editing au cœur de la réflexion

Le CIP organise des ateliers où les élèves deviennent acteurs de l’information. L’exercice le plus marquant est sans doute celui de l’editing.

  • Scénarisation de l’information : À partir d’un lot de photos mélangées, les élèves doivent construire leur propre narration. Ce processus les force à argumenter leurs choix et à comprendre l’importance de l’ordre des images dans la transmission d’un message.
  • Réalisme et humanité : L’objectif ultime est de « réhumaniser » le monde. En confrontant les jeunes à des réalités souvent violentes ou lointaines, mais cadrées et distanciées par l’art, le CIP favorise l’empathie et le discernement.

Écouter l’épisode complet

Découvrez les témoignages émouvants sur l’impact de ces ateliers, notamment sur des sujets sensibles comme les violences conjugales ou les crises humanitaires. Écoutez l’interview complète ici :

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FAQ : Photojournalisme et Éducation

Pourquoi faire venir des photojournalistes dans les classes ?

Barbara Mercuri insiste sur le fait que l’enseignant ne doit pas se substituer au professionnel. La voix de celui qui « produit » l’image apporte une vérité technique et émotionnelle irremplaçable pour les élèves.

Le photojournalisme est-il trop violent pour le jeune public ?

Le CIP prouve le contraire. En préparant les élèves et en expliquant que la photo est une « représentation » distanciée de la réalité, on permet au public (même jeune) d’appréhender des sujets graves sans traumatisme, en générant plutôt une réflexion sur l’engagement.

Comment le CIP aide-t-il les enseignants ?

Le centre propose des stages de formation (notamment durant la semaine pro de Visa pour l’Image) et met à disposition une bibliographie ainsi que des outils de lecture d’image via le réseau CLEMI.