Le photojournalisme est un secteur en pleine mutation qui fait face à des défis économiques sans précédent. Dans cet épisode du podcast Photographe Pro 2.0, Fred Marie reçoit Marc Simon, ancien chef du service photo de VSD et iconographe de renom, pour une analyse lucide et sans concession de la profession.
Marc Simon partage son expertise sur ce qui fait une « bonne photo » de presse et livre ses conseils pour les photographes qui souhaitent encore vivre de l’information aujourd’hui.
La mentalité du photojournaliste : la passion comme carburant
Pour Marc Simon, on ne choisit pas le photojournalisme pour l’argent ou la célébrité, mais par un besoin viscéral de raconter le monde.
- L’engagement total : Il souligne que la précarité du métier impose une motivation hors norme. Il faut être prêt à s’investir personnellement et financièrement dans ses propres sujets avant d’espérer les vendre.
- L’humilité face au sujet : Le photographe doit s’effacer pour laisser place à l’histoire. Marc insiste sur l’importance de la distance juste : être assez proche pour l’émotion, mais assez loin pour l’analyse.
- La curiosité intellectuelle : Un bon photojournaliste doit lire la presse, comprendre les enjeux géopolitiques et ne pas se contenter d’être un simple « technicien de l’image ».
Stratégie éditoriale : ce que veulent les magazines
En tant qu’ancien acheteur d’images, Marc Simon détaille les critères qui permettent à un reportage de passer la porte d’une rédaction.
- L’exclusivité et l’angle : Le « déjà-vu » ne se vend pas. Il explique l’importance de trouver un angle original sur un sujet connu ou de dénicher des histoires inédites que personne d’autre ne couvre.
- La qualité de la narration (Storytelling) : Une série de photos doit avoir un début, un milieu et une fin. Marc revient sur la nécessité d’avoir des images variées (plans larges, portraits, détails) pour construire une double-page percutante.
- L’importance des légendes : Une photo de presse n’est rien sans son contexte. Marc martèle que la rigueur de l’information écrite (les 5 W) est aussi cruciale que la qualité esthétique de l’image.
Réseau et survie : s’adapter au nouveau marché
Le marché de la pige s’est effondré, mais des opportunités subsistent pour ceux qui savent se diversifier.
- Le rôle de l’iconographe : Marc explique comment les services photo travaillent aujourd’hui et pourquoi il est vital de construire une relation de confiance avec les chefs de service et les rédacteurs en chef.
- La diversification des revenus : L’épisode aborde la nécessité pour le photojournaliste moderne de ne plus compter uniquement sur la presse, mais d’explorer l’édition, les bourses et parfois la photographie corporate pour financer ses travaux de fond.
- Le personal branding : Même dans le journalisme, savoir se vendre et faire connaître son travail via les festivals (comme Visa pour l’Image) ou les réseaux sociaux professionnels est devenu indispensable.
Écouter l’épisode complet
Découvrez les vérités de Marc Simon sur l’état actuel de la presse et ses conseils pour ne pas baisser les bras. Écoutez l’interview intégrale ici :
Aller plus loin
Vous souhaitez présenter vos reportages à des rédactions ?
- Découvrez les Formations Photographe Stratège pour apprendre à « pitcher » vos sujets efficacement.
- Retrouvez nos épisodes sur les agences de presse et le droit à l’image.
FAQ : Vivre du photojournalisme avec Marc Simon
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes des jeunes photographes ?
Selon Marc Simon, c’est souvent le manque d’editing. Envoyer trop de photos similaires à un rédacteur en chef montre une incapacité à choisir et à construire un récit clair.
Peut-on encore vivre de la pige en 2018-2020 ?
C’est extrêmement difficile. Marc explique que la pige est souvent devenue un complément ou un tremplin, mais que la survie passe par une multi-spécialisation ou des projets au long cours financés par des bourses.
Quel est l’impact du numérique sur le choix des photos en magazine ?
Si la qualité doit rester la même, la vitesse de consommation de l’image impose d’avoir des photos « d’entrée » (les ouvertures) encore plus percutantes visuellement pour arrêter l’œil du lecteur.