Le métier de journaliste aujourd’hui

Fabrice Valéry est journaliste. Il détient une carte de presse depuis 1991. Il est également délégué au numérique sur France 3 Occitanie. Ce spécialiste intervient plus spécifiquement sur le site Internet et les réseaux sociaux. Il essaie de convertir la TV à certains réflexes Web.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le métier de journaliste (6 »45)
  • Comment est financée l’information (29 »3
  • Comment se former efficacement (47 »09)
  • L’importance de garder son indépendance (1’09 »24)

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Le métier de journaliste 

Fabrice Valéry nous raconte à quel point il était fier de sa première carte de presse. En effet, sa famille voyait ce métier comme une incongruité. Pourtant, il l’assure : « ce n’est pas la carte qui fait le journaliste ». Il considère comme très injuste que ce soient les revenus qui permettent d’accéder à la carte de presse. Le débat sur la carte de presse de 2018 – 2019 a permis de rappeler que cette dernière, comme le passage par l’école de journalisme, ne sont pas des prérequis pour exercer ce métier et moins encore pour être un bon journaliste. 

Il concède un bémol au libre-exercice au métier de journaliste, c’est lorsqu’il a constaté, lors de manifestations de gilets jaunes, des manquements à une certaine déontologie : les invectives et autres insultes sont des comportements que les journalistes doivent à tout prix éviter.

Un journaliste se distinguera toujours de l’acteur d’un événement, même dans un live Facebook, car il va constamment chercher à recueillir le point de vue de toutes les parties prenantes tout en contextualisant en permanence l’événement en question. 

Le financement de l’information

Il constate un attrait pour la photo depuis l’avènement d’Internet alors que les offres d’emploi ne sont pas exponentielles. Pour lui, les médias vont se servir de photos venant d’agences avec lesquelles ils ont l’habitude de travailler, au risque de passer à côté de clichés originaux ou proposant un point de vue simplement différent. Il ne se perçoit pas comme photographe, même s’il reconnaît prendre des clichés au smartphone lors des manifestations. Les agences tentent de profiter de la profusion des images pour ne pas payer leurs auteurs. Il est pour la juste rémunération des journalistes et des photographes mais milite pour une certaine gratuité de l’information.

Le journaliste rappelle que l’information du service public est financée par la redevance. La publicité finance les médias gratuits mais il y voit deux inconvénients : il faut une audience conséquence et ce type de financement peut générer des conflits d’intérêt. Fabrice Valéry insiste sur la grande indépendance de la presse du service public. Il nous assure que jamais personne ne lui demande ou ne lui a demandé de réécrire un article. 

Il aimerait que les journalistes soient payés immédiatement après avoir fourni leur travail contrairement à ce qui se fait actuellement, où des journalistes, indépendants pour la plupart, doivent courir après leur salaire et ce pendant des mois.

Fabrice Valéry déplore d’ailleurs que la commission d’attribution de la carte de presse ne s’intéresse pas au fond des contenus pour lesquels les journalistes sont rétribués. Ainsi, la commission ne regarde pas si la photo est plutôt corpo ou journalistique, si le texte est plutôt une commande d’un client privé ou bien un article à vocation objective. Il aimerait que la création d’une sorte de commission de déontologie soit envisagée, à l’instar de ce qui se fait pour les médecins et les pharmaciens.

Comment se former efficacement 

Fabrice Valéry suggère deux indispensables dans la formation de journaliste : d’abord, aller à la rencontre des gens, le plus souvent possible ; ensuite, suivre une formation universitaire, quelle qu’elle soit, afin d’acquérir une certaine méthode de travail qui sera toujours utile en plus de donner un bagage intellectuel toujours intéressant. Il conseille également de faire un semestre d’études à l’étranger lorsque c’est possible et de tenter, tout de même, les concours d’entrée des écoles de journalisme. En effet, les stages de fin d’études permettent de se confronter au travail dans les rédactions. 

Fabrice Valéry envisage le journaliste comme « quelqu’un qui s’intéresse à ses semblables » pour reprendre le mot d’Albert Londres Mais pour lui, c’est un métier tellement divers qu’on ne peut l’enfermer dans une définition stricte. En revanche, il affirme que la base commune à tous les métiers du journalisme, c’est d’aller à la rencontre des gens sans rester enfermé chez soi.

Il se compare davantage à un musicien accompli – capable de jouer à haut niveau de plusieurs instruments – plutôt qu’à un homme-orchestre, qui joue de plusieurs instruments en même temps. En clair, tout faire seul en même temps n’est pas une bonne méthode de travail. Par contre, un journaliste qui débute peut et doit être capable de faire de la vidéo – y compris au smartphone –, être à l’aise sur les réseaux sociaux, savoir écrire des articles plus ou moins longs. La spécialisation viendra plus tard selon lui. 

Fabrice Valery (à gauche) sur le plateau de France TV

L’importance de garder son indépendance 

Il fait un constat alarmant : trop d’articles, notamment de communiqués, sont des copier-coller. « On ne s’intéresse plus à la source de l’information et c’est dommage », affirme Fabrice Valéry. 

Il observe que la société attend des journalistes qu’ils relatent des faits. Mais les faits doivent être mis en perspective : « On travaille sur de l’humain, toujours », affirme Fabrice Valéry.  C’est donc l’action des faits sur les gens qui est intéressant à traiter pour un journaliste, plus que le simple fait de les chroniquer. Il met en garde, en revanche, sur le dévoiement du métier qui réside dans la recherche du spectaculaire pour vendre. Sur ce point, il ne fuit pas ses responsabilités « J’assume ma part ». Selon lui, le Web et les réseaux sociaux ont totalement modifié la temporalité car l’info ne peut plus être traitée dans le calme et à froid. 

« Les Français sont submergés d’informations. Quand tu es submergé, tu ne peux plus trier. » Voici comment il considère la problématique posée par le Web. Il explique qu’il faut faire un vrai tri, des choix, en bref : un travail éditorial.

La justice est, pour Fabrice Valéry, l’ultime recours en cas de litige lors de la publication d’un article, d’un reportage ou d’une photo, ce qui prouve que la France est encore une démocratie.  Il rappelle à quel point les journalistes ont été régulièrement attaqués au cours de l’Histoire ; les critiquer n’a donc rien de nouveau.

Le nouveau journaliste doit chercher à se démarquer. Le « pas de côté » est ainsi une nécessité absolue pour exister dans un métier très concurrentiel. « Le journaliste doit être debout et faire face aux événements » résume-t-il enfin. 

C’est l’écriture photographique qui va faire la différence. 

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Ecrit par Fred Marie
Photoreporter professionnel, auteur du livre et du blog "Photographe Stratège"