Journaliste, mode d’emploi

xavier lalu

Xavier Lalu est journaliste et formateur. Aujourd’hui correspondant pour Libération à Toulouse, il est aussi le co-fondateur de l’Immédiat, une plateforme de formation, spécialisée dans les contenus numériques. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Ce qu’est positionnement journalistique 2’’20
  • Comment choisir un angle pour traiter un sujet 13’’10
  • Le fonctionnement de la presse aujourd’hui  39’’00
  • La place de l’image dans la presse avec l’exemple de Libération 33’’28

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Le positionnement journalistique

Xavier Lalu enseigne à Sciences-Po Toulouse. Il intervient en 4ème et 5ème année du cursus. Après trois ans de tronc commun pour acquérir une solide culture générale, les étudiants poursuivent deux années pour apprendre le métier de journaliste. « L’un de mes objectifs c’est de les faire rentrer dans la posture journalistique. Je veux qu’ils abandonnent les oripeaux de la dissertation académique pour entrer dans le traitement du sujet, l’angle, des choix éditoriaux forts, la titraille, etc ». 

Xavier insiste sur ce regard critique apportée sur la pratique du journaliste. « Quand on va observer quelque chose, on interfère forcément avec ». La déontologie doit dicter le comportement à avoir en toute circonstance, à savoir « ne pas travestir la réalité volontairement, ne pas occulter de manière volontaire ce que l’on observe ». Il rappelle à quel point il est important « d’expliquer, d’inscrire dans le contexte et de garder un équilibre dans le traitement de l’information ». 

L’enseignant cite d’ailleurs la Charte de Munich, à laquelle se réfère la plupart des médias. Ce texte, signé en 1971, permet de mieux appréhender cette notion de positionnement journalistique.

Charte de Munich / Déclaration des droits et devoirs des journalistes
La Charte de Munich (ou Déclaration des droits et devoirs des journalistes)

Comment choisir un angle

D’après l’enseignant en journalisme, cette notion de l’angle journalistique nécessite au moins deux ans de travail, pour la comprendre et la pratiquer correctement. « J’aime bien comparer le journalisme et l’artisanat parce que c’est un métier galvaudé. Il est de bon ton de penser que tout le monde peut devenir journaliste ». Il décrit avec précision cette approche spécifique du traitement de l’information, qui est essentiel à la démarche journalistique. « Le traitement, c’est l’angle ! Dans quelle direction va la caméra, à quelle distance se situer par rapport au sujet ». Qu’il s’agisse d’un support en images ou en écrit, c’est la notion de choix qui définit l’angle. 

« L’absence de traitement d’angle, c’est l’absence de choix. C’est ce qui va différencier un bon journaliste d’un mauvais. Quand tu ne fais pas de choix, tu effleures ton sujet et tu n’intéresses pas. Notre but c’est quand même d’être lu, pour faire passer l’info, pour vendre ».

Quand on l’interroge sur l’objectivité dans le métier, Xavier est catégorique : « choisir c’est être subjectif. L’objectivité dans le journalisme n’existe pas. A partir du moment où l’on est quelque part, on interfère sur le terrain, plus ou moins ». Il s’agit ensuite d’assumer ou non ce choix. Xavier Lalu rappelle que la subjectivité ne veut pas dire prendre parti : « C’est assumer de montrer quelque chose à l’instant T. C’est ne pas nier ton histoire. Nous sommes animés par des valeurs et des schémas de pensée ». 

Le fonctionnement de la presse aujourd’hui

La possession des certains groupes de presse par des grandes fortunes est un problème structurel mais selon notre interlocuteur, « c’est typique de l’époque dans laquelle on vit : on a une explication simple pour quelque chose de beaucoup plus compliqué ».

Posséder un organe de presse est certes un enjeu de pouvoir, un capital symbolique. « C’est un objet d’influence mais ça ne veut pas dire que tous les jours, Drahi, Niel ou Dassault vont voir les rédactions pour leur dicter leurs papiers », assure Xavier Lalu. 

Lorsqu’on lui rappelle que l’auto-censure existe bel et bien dans le métier, Xavier Lalu ne le nie pas mais fait une différence avec la censure généralisée que la société semble prendre pour acquise. En citant les différentes affaires qui sont sorties dans la presse (Benalla, Bettencourt, Cahuzac, Panama Papers), il nous explique que « la preuve de l’inanité de ce constat est tous les jours dans la presse. »

Il conseille aux journalistes qui font face à une certaine censure de se focaliser sur la sortie de l’information. « On peut toujours ne rien dire, filer l’info à un confrère qui bosse pour un autre journal qui va faire le boulot ».

« On a un président de la République qui nous explique, après l’affaire Benalla qu’on a une presse qui ne cherche plus la vérité, puis une loi sur le secrets des affaires qui a été votée. On a une loi anti-fake news, qui donne le pouvoir à un juge administratif en période électorale de décider qu’une information est vraie ou pas ». Xavier Lelu observe depuis quelques années que la corporation est de plus en plus soudée. « Par la force des choses, il y a eu de grosses attaques contre la presse en France».

La place de l’image : l’exemple de Libération ?

Xavier nous raconte l’importance de l’image au sein de la rédaction du journal pour lequel il est correspondant à Toulouse. « A chaque fois qu’on part quelque part, même si la photo n’est pas publiée ou qu’elle n’est pas prévue dans le papier au départ, on envoie quand même un photographe ».

La rédaction limite autant que possible l’appel aux agences, elle  fait le choix de faire travailler beaucoup de photographes. « Après la question de la valeur de la pige c’est autre chose. Mais la photo est au centre de leur préoccupation éditoriale. J’ai l’impression que c’est une exception quand même ».

Couverture de Libération du 7 octobre 2020
Couverture de Libération du 7 Octobre 2020

Xavier Lalu pointe la confusion que font trop souvent les gens entre ce qui est de la presse et ce qui ne l’est pas. « Ce n’est pas parce que tu lances une chaîne youtube que tu es journaliste ou que tu as filmé une charge de CRS avec ton téléphone que tu es journaliste ».

Il revient sur l’importance du traitement de l’information. Lorsqu’on lui demande alors la différence entre Libération et Valeurs actuelles, il ne se démonte pas : « ce sont des journaux, il y en a un qui défend des valeurs humanistes et l’autre qui défend des valeurs plutôt conservatrices. Là où Valeurs actuelles peut être très borderline c’est dans la façon dont ils articulent leurs informations, ce n’est plus de l’information parfois ». 

Xavier fait une différence entre l’information d’intérêt public et le reste de l’information. « L’information d’intérêt public c’est celle qui va nous permettre de comprendre la société, le monde dans lequel on vit ». Selon lui, ce type d’information ne peut plus être régi par des grands groupes qui ont des intérêts commerciaux et des problématiques de publicité et d’actionnariat. 

Il détaille le fonctionnement des fonds de dotation, déjà en place aux Etats-Unis et depuis peu en France. C’est un système qui permet une autonomie dans le temps et une indépendance de la rédaction. « Tu n’es plus rémunéré pour la performance de ton article  mais pour le travail que tu vas faire. C’est important pour que l’information d’intérêt public soit fiable et qu’on retrouve confiance en elle. Aujourd’hui, on en est là ».

Toutes les informations utiles de l’épisode

L’immédiat

Les journalistes et ressources cités dans l’épisode

Le site d’information de Sciences Po Toulouse
Le parcours de Philippe Pujol
Le podcast de Philippe Pujol
Actu Toulouse

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon

Note-moi si tu peux

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Ecrit par Fred Marie
Photoreporter professionnel, auteur du livre et du blog "Photographe Stratège"