Auteur/autrice : fred.marie31@gmail.com

  • Rencontre avec Noëlle Ballestrero, photographe à Toulouse

    Dans cet épisode du podcast Photographe Pro 2.0, Fred Marie reçoit Noëlle Ballestrero, photographe basée à Toulouse. Elle résume son approche avec une formule simple : utiliser la photographie pour “prendre en portrait la singularité des gens”. L’appareil n’est, selon elle, qu’un outil. Ce qui prime, ce sont les rencontres, l’émotion, et la capacité à raconter une histoire par l’image.

    Noëlle explique que sa passion est ancienne, nourrie par l’argentique et les clubs photo. Mais son parcours professionnel va se construire par étapes, avec des détours, des doutes, et un objectif central : durer.

    Formation, légitimité et CAP : un démarrage à contre-courant

    À 18 ans, Noëlle envisage une école photo, mais les coûts élevés et l’incertitude autour de l’avenir du métier la freinent. Elle se tourne vers des études de chimie, puis travaille plusieurs années en entreprise. La photographie reste présente, mais un point revient souvent dans son discours : la légitimité.

    Ce besoin la pousse à passer un CAP photographie par correspondance en 2004, à une période charnière entre argentique, numérique et débuts de Photoshop. Elle raconte un apprentissage très “système D” : studio appris via un club photo, Photoshop grâce à une amie graphiste, chambre grand format via des livres, laboratoire argentique à la maison. Résultat : le CAP validé, et une décision nette : quitter son poste pour tester la photographie “pour de vrai”.

    L’atelier nomade : apprendre le reportage et basculer vers le ressenti

    Après le CAP, Noëlle rencontre une formation alternative : l’Atelier Nomade, dans le Gard. Elle y découvre une approche centrée sur la photo de reportage : pratique sur le terrain, apprentissage de la lecture d’image, puis voyage de plusieurs mois en Afrique dans des conditions minimales.

    Dans son récit, cette expérience agit comme un accélérateur : elle passe d’une photographie “graphique” à une photographie plus émotionnelle, ancrée dans le ressenti. Elle évoque aussi un épisode marquant : s’être perdue dans le désert, un événement qui renforce sa manière de photographier “comme elle est”, avec une attention accrue à ce qui se vit plutôt qu’à ce qui se montre.

    Vivre de la photographie : mariage, famille, entreprise et diversification

    Noëlle explique qu’en rentrant, elle ne se lance pas immédiatement seule. Elle travaille d’abord pour quelqu’un et apprend des terrains variés : mariage, objets, scolaire, entreprise, portrait. Plus tard, elle construit sa propre entreprise en s’appuyant sur ces compétences.

    Elle précise que son envie initiale comportait trois axes : photojournalisme/reportage, photographie de plateau, photographie thérapeutique. Mais, il y a vingt ans, sans réseaux sociaux et sans entourage entrepreneurial, elle construit avec ce qu’elle sait faire et ce qui permet de tenir économiquement.

    Avec le temps, elle commence à remettre en place des projets plus proches de ses aspirations : photothérapie avec des personnes âgées, projets avec des femmes en réinsertion, expériences variées qui nourrissent son identité de photographe.

    Bouche-à-oreille : le moteur commercial sous-estimé

    Un point revient avec force : Noëlle dit travailler uniquement au bouche-à-oreille. Pas de publicité, pas de démarche commerciale “classique”. En revanche, elle insiste sur une compétence : savoir raconter son travail en face à face, expliquer sa démarche, créer la confiance.

    Dans l’épisode, elle donne un exemple typique : un mariage peut déboucher sur une commande en entreprise, puis une autre, puis d’autres recommandations. Pour elle, cette mécanique est centrale : quand les gens comprennent ce qu’elle fait, ils la recommandent, et la chaîne se crée.

    Pilotage d’entreprise : tarifs, organisation, comptable et prise de recul

    Noëlle raconte un tournant important : un coaching qui l’aide à remettre à plat son fonctionnement, ses tarifs, ses temps de travail, son organisation. Elle explique un effet très concret : comprendre que, dans son cas, le chiffre d’affaires qu’elle vise peut être atteint sans s’épuiser, à condition de structurer et piloter.

    Elle insiste aussi sur un élément souvent négligé : l’importance du comptable et d’un bon dialogue avec la banque. Dans son récit, ces partenaires jouent un rôle d’allègement mental et de sécurisation : moins de peur, plus de clarté, plus de décisions rationnelles.

    Intelligence artificielle : gagner du temps sans renier l’exigence

    L’épisode aborde aussi un sujet très opérationnel : l’usage de l’IA dans le flux de travail. Noëlle explique qu’elle utilise Imagen AI pour accélérer le traitement, en s’appuyant sur ses presets Lightroom. L’outil traite, puis elle repasse derrière pour vérifier, ajuster, finaliser. Elle évoque un gain massif sur un mariage : plusieurs heures, parfois jusqu’à une dizaine.

    Dans le dialogue, cette IA est décrite comme une forme d’automatisation avancée : elle ne remplace pas l’exigence, mais fait gagner du temps sur des tâches répétitives, ce qui évite, selon elle, de devoir embaucher.

    Collectif DR et Visa pour l’image : entrer dans une autre culture de l’image

    Noëlle explique ensuite pourquoi elle rejoint le Collectif DR : une envie de revenir à des images plus “documentaires”, de raconter des histoires, de témoigner de faits de société, et de se confronter à un univers plus proche du photojournalisme.

    Elle évoque un déclic récent : Visa pour l’image, qui lui fait revivre une projection ancienne (celle de ses 18 ans) et lui donne une vision plus concrète du fonctionnement (iconographes, diffusion, règles du jeu). Elle dit être encore en phase de découverte, mais avec une volonté assumée : intégrer cette dimension à son activité, sans forcément abandonner le reste.

    Le conseil qui revient : « t’as le non, donc tente le oui »

    À la fin de l’échange, Noëlle résume une philosophie qu’elle applique souvent : saisir les opportunités, se lancer quand quelque chose interpelle, tenter. Elle formule ce principe avec une phrase entendue plus jeune :
    « t’as le non, donc tente le oui ».
    Dans l’épisode, ce conseil fait écho à plusieurs moments de son parcours : le CAP, l’enseignement, certaines missions atypiques, et même son entrée au Collectif DR.