Olivier Baisnée est sociologue du journalisme. Il est maître de conférence à Sciences-Po Toulouse. Il est également chercheur et l’objet de son travail porte essentiellement sur le journalisme et les phénomènes médiatisés. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Pourquoi le métier est si difficile à définir (2″20)
  • Comment incarner le rôle du journaliste (13″40)
  • L’intérêt de suivre une formation reconnue (25″34)

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Pourquoi le métier est-il si difficile à définir ?

Du point de vue d’Olivier Baisnée, le journalisme n’est pas une profession selon la sociologie des professions. En effet, ce domaine définit une profession par des modalités d’entrée déterminant ceux qui peuvent y prétendre, tels que les avocats, les médecins, etc…

Cette particularité suppose des organes de régulation internes, capables d’exclure ceux qui dévient des modalités requises. 

Le sociologue envisage alors plusieurs définitions.  Il peut s’agir de ceux qui s’investissent dans des jeux et enjeux qui n’ont de sens que pour les journalistes, comme la reconnaissance par leurs pairs. (Prix Albert Londres / Prix Carmignac / World Press Photo). Olivier Baisnée entend par là que cette définition du métier se base sur des attributs que seul le milieu prend en considération. 

Lorsque l’on pointe le corporatisme qui transparaît dans cette définition, Olivier Baisnée nous répond : « Le corporatisme et le syndicalisme ont joué un rôle important pour distinguer le journalisme de toute autre activité et pour faire vivre ses enjeux ». 

La définition qui rattache le journaliste immanquablement à la presse pose question dans un marché en crise. Le sociologue prend l’exemple de David Dufresne, journaliste et surtout écrivain, qui n’est rattaché à aucune rédaction en particulier. Or, la commission d’attribution impose de fournir des bulletins de salaire provenant d’organes de presse pour délivrer le sésame. « C’est une profession ouverte. Il y a des gens qui ont la carte de presse mais qui ne sont pas tellement journalistes, au sens où ce qu’ils font ne produit pas beaucoup de plus-value en termes d’information au public. »

Comment incarner le rôle de journaliste

« Ce qui doit être le principe directeur du journaliste c’est l’intérêt du public à savoir », assène le professeur. L’idée de cette plus-value se résume de façon très pragmatique. Si le journaliste n’était pas là, ce serait différent. Oliver Baisnée nous glisse dans un sourire : « il y a un certain journaliste dont on peut penser que, s’ils n’étaient pas là, cela ne se remarquerait pas ».

Le sociologue parle ensuite du registre vocationnel. « Je me méfie du terme vocation, parce qu’il laisse sous-entendre qu’il y a les élus et les autres. » Sans aller jusqu’à parler de sacerdoce, il s’agit bel et bien d’un état d’esprit. « C’est un boulot, mais c’est un boulot qui a des coûts : ce n’est pas très bien payé, c’est en général un métier exercé par des gens surdiplômés au regard de la rémunération qu’ils perçoivent ». Pour faire ce métier-là certains acceptent des niveaux de rémunération qu’ils n’accepteraient pas dans d’autres domaines. « Qu’est-ce qui fait que des gens acceptent ? C’est parce qu’ils ont envie de jouer ce jeu-là », affirme Olivier Baisnée.  

C’est de l’ordre de la croyance que le jeu en vaut la chandelle, « que ça vaut le coup de faire ces sacrifices-là ». 

Le métier de journaliste est difficile à définir parce qu’il revêt des situations très différentes. Certains journalistes sont en CDI dans la même structure depuis très longtemps. D’autres sont indépendants, travaillant seuls, ou accompagnés dans une structure. 

L’instabilité du métier est souvent présentée comme un inconvénient mais c’est aussi un avantage pour des gens qui ne souhaitent pas rentrer dans la logique de métro-boulot-dodo. 

L’intérêt de suivre une formation reconnue

« C’est un univers extraordinairement divers, dans les statuts, dans les manières de travailler, dans les pratiques et dans sa définition même ». 

Les rédactions sont des groupes de travail souvent rudes. Il est inutile d’y envoyer des gens qui sont dans une vision romantique du journaliste. Pour définir le type de candidats acceptés dans un cursus comme le Parcours Journalisme à Sciences Po, Olivier Baisnée nous explique : « on essaie de détecter ceux qui sont déjà investis, qui ont déjà tellement l’envie de faire ce métier que la difficulté du marché du travail ne vas pas représenter quelque chose d’insurmontable pour eux ».

Pour s’épanouir dans cet univers difficile, il faut « quasiment être déjà journaliste », affirme le responsable du cursus, non pas en nombre de publications, mais là encore, bien en termes d’état d’esprit : « Sciences Po aide à penser la complexité », ajoute-t-il.

L’équipe pédagogique est constituée de gens expérimentés, qui restent, malgré tout dans une démarche de remise en question. « Choisir de mettre face aux étudiants des gens qui savent qu’ils sont dans un univers mouvementé me semble nécessaire », précise Olivier Baisnée. 

Il rappelle que les rédactions cherchent deux types de profils : d’une part,  des gens très généralistes, qui vont pouvoir tout traiter, et être opérationnel techniquement sur le terrain. D’autres part, des gens qui ont développé une spécialité. Ils apportent des connaissances qui ne sont pas présentes dans la rédaction ou ils sont particulièrement pointus sur un sujet. 

Ainsi son véritable enjeu en tant que responsable du cursus, c’est de trouver des gens « autonomes intellectuellement, capables de penser par eux-mêmes, ce qui, à mon avis, est une grande qualité quand on veut être journaliste ». Une formation pluridisciplinaire jusqu’au niveau master est essentielle pour développer son esprit critique et ses connaissances. « Il n’est pas question de dire que tous les élèves sont forcément doués et bons. Mais ils auront été confrontés à différentes formes de pensée. Les choses ne sont jamais aussi univoques qu’elles paraissent ».

Il est donc fondamental de rester curieux et de continuer d’apprendre. Le véritable rôle du journaliste est bien, comme l’explique Yann Castanier dans l’épisode qui lui est consacré, d’apporter de la plus-value par son travail.

Sciences Po Toulouse / Parcours Journalisme / Master
Détail du parcours journalisme à Sciences Po Toulouse

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Parcours Journalisme / Sciences Po Toulouse

Méthodologie pour bien préparer son photoreportage

Dans cet atelier, je vous donne les clés pour apprendre à bien préparer votre reportage. Vous allez apprendre comment aménager votre environnement de travail pour trouver des idées et vous informer sur une thématique pour en devenir spécialiste. L’objectif est d’être reconnu comme tel par les rédactions.

Fabrice Valéry est journaliste. Il détient une carte de presse depuis 1991. Il est également délégué au numérique sur France 3 Occitanie. Ce spécialiste intervient plus spécifiquement sur le site Internet et les réseaux sociaux. Il essaie de convertir la TV à certains réflexes Web.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le métier de journaliste (6 »45)
  • Comment est financée l’information (29 »3
  • Comment se former efficacement (47 »09)
  • L’importance de garder son indépendance (1’09 »24)

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Le métier de journaliste 

Fabrice Valéry nous raconte à quel point il était fier de sa première carte de presse. En effet, sa famille voyait ce métier comme une incongruité. Pourtant, il l’assure : « ce n’est pas la carte qui fait le journaliste ». Il considère comme très injuste que ce soient les revenus qui permettent d’accéder à la carte de presse. Le débat sur la carte de presse de 2018 – 2019 a permis de rappeler que cette dernière, comme le passage par l’école de journalisme, ne sont pas des prérequis pour exercer ce métier et moins encore pour être un bon journaliste. 

Il concède un bémol au libre-exercice au métier de journaliste, c’est lorsqu’il a constaté, lors de manifestations de gilets jaunes, des manquements à une certaine déontologie : les invectives et autres insultes sont des comportements que les journalistes doivent à tout prix éviter.

Un journaliste se distinguera toujours de l’acteur d’un événement, même dans un live Facebook, car il va constamment chercher à recueillir le point de vue de toutes les parties prenantes tout en contextualisant en permanence l’événement en question. 

Le financement de l’information

Il constate un attrait pour la photo depuis l’avènement d’Internet alors que les offres d’emploi ne sont pas exponentielles. Pour lui, les médias vont se servir de photos venant d’agences avec lesquelles ils ont l’habitude de travailler, au risque de passer à côté de clichés originaux ou proposant un point de vue simplement différent. Il ne se perçoit pas comme photographe, même s’il reconnaît prendre des clichés au smartphone lors des manifestations. Les agences tentent de profiter de la profusion des images pour ne pas payer leurs auteurs. Il est pour la juste rémunération des journalistes et des photographes mais milite pour une certaine gratuité de l’information.

Le journaliste rappelle que l’information du service public est financée par la redevance. La publicité finance les médias gratuits mais il y voit deux inconvénients : il faut une audience conséquence et ce type de financement peut générer des conflits d’intérêt. Fabrice Valéry insiste sur la grande indépendance de la presse du service public. Il nous assure que jamais personne ne lui demande ou ne lui a demandé de réécrire un article. 

Il aimerait que les journalistes soient payés immédiatement après avoir fourni leur travail contrairement à ce qui se fait actuellement, où des journalistes, indépendants pour la plupart, doivent courir après leur salaire et ce pendant des mois.

Fabrice Valéry déplore d’ailleurs que la commission d’attribution de la carte de presse ne s’intéresse pas au fond des contenus pour lesquels les journalistes sont rétribués. Ainsi, la commission ne regarde pas si la photo est plutôt corpo ou journalistique, si le texte est plutôt une commande d’un client privé ou bien un article à vocation objective. Il aimerait que la création d’une sorte de commission de déontologie soit envisagée, à l’instar de ce qui se fait pour les médecins et les pharmaciens.

Comment se former efficacement 

Fabrice Valéry suggère deux indispensables dans la formation de journaliste : d’abord, aller à la rencontre des gens, le plus souvent possible ; ensuite, suivre une formation universitaire, quelle qu’elle soit, afin d’acquérir une certaine méthode de travail qui sera toujours utile en plus de donner un bagage intellectuel toujours intéressant. Il conseille également de faire un semestre d’études à l’étranger lorsque c’est possible et de tenter, tout de même, les concours d’entrée des écoles de journalisme. En effet, les stages de fin d’études permettent de se confronter au travail dans les rédactions. 

Fabrice Valéry envisage le journaliste comme « quelqu’un qui s’intéresse à ses semblables » pour reprendre le mot d’Albert Londres Mais pour lui, c’est un métier tellement divers qu’on ne peut l’enfermer dans une définition stricte. En revanche, il affirme que la base commune à tous les métiers du journalisme, c’est d’aller à la rencontre des gens sans rester enfermé chez soi.

Il se compare davantage à un musicien accompli – capable de jouer à haut niveau de plusieurs instruments – plutôt qu’à un homme-orchestre, qui joue de plusieurs instruments en même temps. En clair, tout faire seul en même temps n’est pas une bonne méthode de travail. Par contre, un journaliste qui débute peut et doit être capable de faire de la vidéo – y compris au smartphone –, être à l’aise sur les réseaux sociaux, savoir écrire des articles plus ou moins longs. La spécialisation viendra plus tard selon lui. 

Fabrice Valery (à gauche) sur le plateau de France TV

L’importance de garder son indépendance 

Il fait un constat alarmant : trop d’articles, notamment de communiqués, sont des copier-coller. « On ne s’intéresse plus à la source de l’information et c’est dommage », affirme Fabrice Valéry. 

Il observe que la société attend des journalistes qu’ils relatent des faits. Mais les faits doivent être mis en perspective : « On travaille sur de l’humain, toujours », affirme Fabrice Valéry.  C’est donc l’action des faits sur les gens qui est intéressant à traiter pour un journaliste, plus que le simple fait de les chroniquer. Il met en garde, en revanche, sur le dévoiement du métier qui réside dans la recherche du spectaculaire pour vendre. Sur ce point, il ne fuit pas ses responsabilités « J’assume ma part ». Selon lui, le Web et les réseaux sociaux ont totalement modifié la temporalité car l’info ne peut plus être traitée dans le calme et à froid. 

« Les Français sont submergés d’informations. Quand tu es submergé, tu ne peux plus trier. » Voici comment il considère la problématique posée par le Web. Il explique qu’il faut faire un vrai tri, des choix, en bref : un travail éditorial.

La justice est, pour Fabrice Valéry, l’ultime recours en cas de litige lors de la publication d’un article, d’un reportage ou d’une photo, ce qui prouve que la France est encore une démocratie.  Il rappelle à quel point les journalistes ont été régulièrement attaqués au cours de l’Histoire ; les critiquer n’a donc rien de nouveau.

Le nouveau journaliste doit chercher à se démarquer. Le « pas de côté » est ainsi une nécessité absolue pour exister dans un métier très concurrentiel. « Le journaliste doit être debout et faire face aux événements » résume-t-il enfin. 

C’est l’écriture photographique qui va faire la différence. 

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