Marc Simon a dirigé le service photo du magazine « VSD » pendant 18 ans. Il connaît la rédaction depuis les débuts de sa création. Il a en effet travaillé comme photographe pour le magazine depuis 1978 avant de devenir directeur de la photo. 

Marc est entré au magazine VSD comme photographe un an après la création du titre. Il avait couvert deux ans avant la guerre du Liban. Puis il est parti pour un long périple qui l’a conduit en Érythrée, en Zambie et en Tanzanie. C’est à son retour de ce voyage de 6 mois qu’il intègre la rédaction comme salarié. Il démissionne ensuite pour suivre un photographe en déplacement et réintégrera le titre comme pigiste.

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Le fonctionnement du service photo d’un magazine (7’’30)
  • Comment trouver la bonne idée de reportage (24’’48)
  • L’importance de rencontrer les iconographes (10’’45)

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Le fonctionnement du service photo d’un magazine

« Quand j’ai senti que le magazine envoyait de moins en moins de photographes sur les grands sujets, j’ai décidé de prendre la direction du service photo de VSD ». Marc nous explique qu’à l’époque un directeur photo ne durait pas plus de deux ans au sein d’une rédaction, pour manque de résultat ou dépenses excessives.

« Pour moi, prendre la direction d’un service photo, c’était comme aller sur la Lune, c’était impensable ». Pour que son épouse puisse continuer son métier de reporter, Marc décide de prendre le poste. « Le deal, c’était que nous avions 6 mois pour réussir. J’ai tenu 18 ans où j’ai vu des dizaines de rédacteurs en chef passer ».

Son quotidien, c’étaient des sujets photos majoritairement en argentique. « Mais ça a changé très vite. Avec le Tsunami, c’est la première fois qu’on a vu les premières photos amateurs faites depuis un portable ».

Il se souvient des représentants d’agences qui arrivaient avec leurs valises pour proposer les sujets sur des tirages papier. Avec la digitalisation, tout est arrivé sur l’ordinateur en quelques clics. « En 5 ou 6 ans on est venu à 100% en numérique ». 

Le directeur photo nous explique que la rédaction a toujours reçu beaucoup de sujets, alors même que la pagination avait diminué. En effet, le magazine est passé de 120 pages à 84 pages. « Si un sujet sort c’est soit parce que l’idée est très originale, soit parce qu’il arrive au moment où on attend ce sujet-là et parce que la qualité visuelle est bonne ».  Le directeur photo rappelle qu’il est important d’envoyer des sujets. Même si les mails restent parfois sans réponse, il ne faut pas se décourager. 

Marc nous avoue qu’il gagnait très bien sa vie comme photographe pigiste, mieux que comme directeur photo. Il a vu la rémunération des photographes chuter en quelques années. « Les photographes aujourd’hui gagnent de moins en moins parce que les magazines paient de moins en moins. Non seulement les tarifs ont diminué mais avant tu étais au moins sûr d’être payé dans le mois suivant, maintenant ils sont payés au bout de 6 mois, un an, et souvent les frais ne sont pas pris en charge ».

Il fait le parallèle entre la préconisation du métier et les réseaux sociaux :  « ça induit l’idée que tout le monde peut faire des photos  Je pense aussi que les photographes sans s’en rendre compte, avec Instagram et tous les sites, ont alimenté un peu ce mouvement. Souvent, tu vois les photos sur Instagram avant la publication du journal ». Il estime que les photographes ont alimenté cette sensation de gratuité de l’image.

Marc Simon s’insurge aussi contre l’idée reçue que le fait d’être publié, c’est déjà un honneur. Il reconnaît que « c’est difficile de parler d’argent avec le photographe ». Mais si les tarifs appliqués sont conformes à ce qui se pratique, « il n’y pas de honte à parler d’argent. Il n’y a non plus de raison pour que le photographe passe par un agent pour vendre son sujet ». 

Dès lors, on peut s’interroger sur la méthode pour trouver une bonne idée de reportage.

Comment trouver la bonne idée de reportage ? 

Selon Marc Simon, « le lecteur était plus facile à émerveiller avec peu de choses. Aujourd’hui l’œil a tout vu ». Outre la qualité visuelle indispensable, il faut une idée originale. C’est une condition essentielle que le journal soit prêt à financer le sujet. 

A la question, faut-il un nom pour publier dans la presse, l’ancien directeur photo est catégorique : « non absolument pas. Il n’y a pas une génétique dans la photo ». Avoir un nom en photo n’est donc pas nécessaire pour commencer à publier des sujets dans la presse. « Ce qui est important de savoir, c’est l’introduction qu’aura ce photographe dans le milieu qu’il veut photographier ». Voilà pourquoi la préparation du reportage en amont est essentielle. L’enjeu est de faire comprendre à la rédaction que les contacts sont établis pour la bonne réalisation du sujet. À ce propos, Pascal Maitre donne de très bons conseils dans l’article qui lui est consacré. 

Exemple de publications dans le magazine VSD ©Fred Marie

Il faut ensuite présenter son sujet correctement pour pouvoir le vendre. Marc conseille de présenter une quarantaine de photos pour pouvoir donner du choix pour une publication de 6 pages. Il insiste sur l’importance de la photo d’ouverture, la double-page. Marc explique comment le photographe doit s’interroger pour choisir la photo d’ouverture : « Quelle est la photo qui va ouvrir mon sujet, situer mon sujet et puis c’est comme une pelote qui se débobine, le sujet suit. Plus on met de photos, moins le sujet est bon ». 

En termes de présentation, il prône la simplicité : une bonne présentation par mail (avec un titre bien écrit), un éditing serré et une présentation du sujet dans un document PDF « et si ça marche, l’icono peut demander d’envoyer des photos en basse définition pour présenter le sujet à son rédacteur en chef ».

Ensuite il faut faire vivre son sujet, même si Marc voit bien l’évolution qui ne facilite pas le travail du photographe : « à mon époque, on partait faire un sujet, on vendait un sujet et après on vivait sur les stocks, sur les reventes, ça assurait une partie des revenus grâce aux archives. Aujourd’hui c’est moins le cas parce que les archives s’usent plus vite et qu’il y en a trop ». 

L’importance de rencontrer les iconographes

Marc est formel : « Le photographe est toujours le plus mauvais éditeur pour son travail, il faut demander à un autre. Il m’est déjà arrivé de donner un coup de main sur des editing ».

Marc a vu une évolution significative du niveau des photographes au fil des années. Il trouve les photographes d’aujourd’hui beaucoup plus performants : « tu ne peux plus te permettre de faire tes gammes sur le dos des magazines ». Selon lui, les sujets manquent parfois d’originalité : « La photo c’est avant tout un choc, tu as besoin de ressentir ça pour être touché par un sujet ». 

Le directeur photo conseille d’assister aux lectures de portfolios, organisées notamment au festival Visa pour L’image. C’est une opportunité formidable pour avoir un regard extérieur sur son travail. D’une manière générale, il ne faut pas hésiter à demander des retours sur son travail. C’est le meilleur moyen de se confronter à la critique et de progresser dans sa photographie. 

C’est aussi l’occasion de rencontrer les iconographes. Marc Simon le rappelle : une rédaction ne prendra le risque d’envoyer en commande un photographe qu’elle ne connaît pas. 

C’est le début de la construction d’un réseau qui va permettre de travailler dans de bonnes conditions.

Exemple de mise en page d’un sujet dans le magazine VSD @Fred Marie

Toutes les informations utiles de l’épisode

Les photographes cités dans l’épisode

Gérard Rancinan
Edouard Elias
Gilles Caron

Méthodologie pour vendre ses photos à la presse magazine

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