Le Centre National d’Entraînement Commando (CNEC) se trouve à Collioure dans les Pyrénées-Orientales. C’est ici que passent tous les militaires, certaines unités d’intervention de la police, des pompiers, des sportifs de haut niveau, et également des journalistes partant en zone de guerre,

Deux fois par an, le CNEC accueille des journalistes pour une semaine de préparation en terrain hostile. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment se déroule le stage de préparation (5’’10)
  • L’importance de la préparation physique et mentale (10’’04)
  • Pourquoi les réseaux sociaux sont dangereux (12’’20)
  • L’importance de suivre les recommandations de l’armée quand on est « embedded » (18’’45)

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Comment se déroule le stage de préparation ?

Lors de cette semaine, deux aspects sont au cœur de l’entraînement : le savoir-faire et le savoir-être. 

D’une part, la présentation du matériel permet de passer en revue les armes que l’on peut rencontrer sur le terrain. Il s’agit de comprendre l’effet des munitions et comment se protéger.  L’instructeur précise : « l’ancrage dans le cerveau passe par la manipulation ». 

Le stage comprend aussi une présentation des IED ( engin explosif improvisé, en anglais Improvised Explosive Device) et autres mines que l’on peut rencontrer en zone de guerre. L’apprentissage ne s’arrête pas à ces engins : les conséquences directes sont longuement passées en revue : apprendre à soigner un blessé rapidement, apprendre à porter secours sans se mettre en danger, c’est le « sauvetage au combat ». La semaine est éprouvante pour les participants. L’instructeur l’affirme : « vous ne venez pas chercher des diplômes ici, mais des savoir-faire ». 

Adopter le bon comportement est aussi un élément essentiel à maîtriser avant de partir en zone difficile. Il faut savoir franchir des check points, soit mis en place par les autorités légales dans le pays concerné, soit établis par des factions. L’enjeu de cette semaine de préparation est de connaître toutes les mesures à prendre avant d’arriver à pied ou en véhicule à ces point de contrôle. Les formateurs détaillent ce qu’il faut regarder et comment ne pas commettre d’erreur. 

Ce stage a pour objectif pour les journalistes de comprendre comment travaillent les militaires sur le terrain. Pendant cette semaine de formation, ils vont apprendre à se déplacer dans une zone hostile basse intensité et haute intensité, dans une zone urbanisée ou non. L’essentiel de la formation repose sur le fait d’apprendre à se déplacer sans gêner ni mettre en danger les militaires qui les protègent. 

L’importance de la préparation physique et mentale 

Un docteur spécialisé intervient lors de cette semaine de formation. Il assure :  « le danger ne prévient pas ». Dès lors que l’on part en reportage, on quitte la zone sécurisée. On se doit d’être préparé, aussi bien physiquement que mentalement. 

Le physique va être mis à l’épreuve par le froid, la faim, la dureté du sol. En somme, tout un tas d’éléments qui vont faire que le corps va avoir envie de s’arrêter. C’est alors le mental qui va prendre le relais. « C’est le cerveau qui va contourner ces moments d’abandon ».

Stage de préparation à Collioure. © ADC Drahi / Sirpa Terre

L’objectif de cette semaine est de saisir, qu’à tout moment, on peut dépasser cette appréhension. « Maîtriser l’appareil photo et les techniques de survies quand on est au chaud chez soi, c’est très bien mais ce n’est pas dans ce cadre là qu’on va en avoir besoin. Comme nous, savoir utiliser son arme, confortablement installé sur le pas de tir, c’est très bien, c’est la base. Mais il faut pouvoir le faire des situations dégradées ».

Surmonter la faim, le froid, la peur, c’est gérer son stress et c’est primordial pour prendre la bonne décision dans des situations particulièrement difficiles. 

Pourquoi les réseaux sociaux sont-ils dangereux ? 

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans nos vies. Ils servent à nous faire connaître, à communiquer, à montrer notre travail. « Mais c’est aussi un accès ouvert à tout le monde ». Le piratage est facile. C’est d’ailleurs ce que nous montre cette semaine de préparation à Collioure. « On vous montre qu’on est capable de pirater vos réseaux, vos téléphones, vos ordinateurs. Si on est capable de le faire, des gens mal intentionnés en sont capables aussi ». 

Le réel danger des réseaux sociaux c’est la source d’informations qu’ils représentent. Ces éléments vont être utilisés pour faire pression et obtenir des informations. « La torture physique n’est pas la pire. La pression sur le mental est plus dangereuse, on s’écroule très vite et  ce moment-là les informations que vous détenez, vous allez les délivrer. »

Une photo sur un profil peut-être mal interprétée. L’instructeur évoque l’exemple d’une journaliste en tenue militaire en possession d’un pistolet automatique : « c’est assez difficile d’expliquer à la personne qui vous détient que vous n’êtes que journaliste ». Il rappelle l’extrême vigilance dont on doit faire preuve quant aux publications sur nos réseaux. « Ce n’est pas vous le danger c’est pour les autres, la famille, les amis ». 

L’instructeur insiste sur un point important : « il ne faut jamais mentir ». On peut ne pas tout dire mais il est inutile de s’inventer une légende quand on est capturé. C’est le meilleur moyen d’aggraver la situation. 

L’importance de suivre les recommandations de l’armée quand on est « embedded »

« Aussi belle soit-elle, votre photographie c’est 5% de votre temps. Tout le reste c’est de la préparation, de l’écriture, de l

Sur une zone de guerre, les déplacements des journalistes « embedded » sont protégés par un groupe militaire.  Mais est-ce à dire que le journaliste travaille pour l’armée ? L’instructeur est assez clair sur ce point : « oui, en ce sens qu’il ne se met pas seulement lui en danger mais aussi les militaires qui le protègent. » Le journaliste a alors la responsabilité de ne pas sortir de la zone de protection pour faire une image. 

« Si l’on met en place des militaires pour protéger des journalistes sur une zone particulière, c’est bien parce que la zone est dangereuse. La protection va limiter la prise de vue mais c’est un équilibre entre la sécurité et l’efficacité ».

L’instructeur rappelle que le plus grand danger c’est de choisir un sujet qui n’est pas forcément lié à un conflit mais dont le lieu de reportage est proche d’un terrain de conflit. En effet, sur une zone de très haute intensité, le danger est identifié.

Mais si l’on est proche d’une zone de conflit, cette zone peut bouger rapidement : « repli des factions, prise d’otage sur un photographe isolé pour servir soit de monnaie d’échange, soit de bouclier humain. Pour ces factions, il est toujours plus simple d’enlever une personne seule qu’un groupe qui va demander de la logistique ».

On se doit d’être préparé et de bien connaître le terrain et le sujet que l’on souhaite couvrir. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

La vidéo de l’interview avec l’instructeur du CNEC

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