Vincent Leloup est co-fondateur de l’agence « Divergence-Images » et du web magazine « Rendez-vous Photo ». 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • l’importance de se regrouper pour résoudre un problème à plusieurs (2″30)
  • Comment le marché de l’image force les photographes à se réinventer (19″00) 
  • l’intérêt des micro-stocks pour diffuser ses images (41″29)
  • quelle est la place de la photo de presse aujourd’hui (1’09″48)

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L’importance de se regrouper pour résoudre un problème à plusieurs. 

Vincent Leloup est photographe depuis 1979. Il a aujourd’hui 64 ans,  et nous avoue que « ça fait 41 ans que je fais ça et j’en vis depuis 39 ans ». Il est le co-créateur d’une agence photo dans les années 80 qui s’appelait Collectif Presse qui a duré une dizaine d’années. 

« Chaque fois que j’ai un problème, j’y réfléchi non pas seul mais à plusieurs. Il se trouve qu’en général les photographes ont les mêmes problèmes au même moment ».

Quand il a lancé Collectif Presse, Vincent Leloup avait un peu plus de 20 ans. Il était confronté aux grandes agences qui ne prenaient pas le risque d’embaucher de jeunes photographes et aux journaux qui faisait moins appel aux indépendants qu’aujourd’hui. Ainsi, il a créé une petite agence avec des photographes de son âge pour pouvoir démarrer. 

Quant à la création de Divergence, le problème de la diffusion des images des photographes indépendants se pose au début des années 2000. C’est l’ère du numérique et les grandes agences ont pratiquement toutes coulé. « Donc l’invention du site mutualité qu’est Divergences vient de là. On avait à l’époque, tous le même problème et on a inventé ce système de diffusion pour y répondre ». 

« Rendez-Vous Photo, c’est différent parce que c’est encore en pleine expérience ». Avec ce projet, Vincent souhaitait contrer le manque d’occasion de publications pour les photographes. Il a alors réfléchi à une nouvelle opportunité, axée sur le photojournalisme. 

« J’étais gérant de Collectif Presse donc c’est moi qui ai vécu les emmerdes avec les impôts, l’Urssaf, la banque qui t’appelle tous les jours à 9h05 pour te dire que t’as 200 000 francs de découvert et te demande ce que tu vas faire pour régler ce problème. 

« J’ai été traumatisée par ces deux dernières années. Je n’avais plus le temps de bosser. J’avais une phobie de recréer une société. C’est pour ça que Divergences est une association ».

Vincent souhaitait une structure sans comptabilité, sans frais fixes. 

Site web de l'agence Divergence Images
Le site web de Divergence

« On est les premiers à avoir inventé cette mutualisation de site. Je suis assez fier de cette réussite ».

Comment le marché de l’image force les photographes à se réinventer

Le marché de la presse papier est de moins en moins rémunérateur. Il faut trouver un moyen d’investir le web de façon concurrentielle. 

Les grandes agences ont un trésor constitué de leurs archives. « C’est une valeur patrimoniale qui les fait vivre en grande partie. Le problème se pose pour les quelques photographes qui continuent à produire pour ces agences-là, en sachant qu’ils ont un avantage, ils ont un réseau de diffusion international, avec un système de diffusion croisée ». 

Selon Vincent, Mediapart est la seule vraie réussite d’un magazine en ligne. En réussissant à publier des sujets incontournables tout en état un média généraliste, Mediapart a réussi à créer une identité qui plaît à sa communauté. 

Rendez-vous Photo, magazine en ligne dirigé par Vincent Leloup.
La page d’accueil du magazine en ligne Rendez-vous Photo

« Les gens s’abonnent au début parce qu’ils t’aiment bien, puis ils voient qu’ils ne s’en servent pas, et quand vient le réabonnement, ça ne passe pas. Notre erreur ça a été de penser qu’un média de niche pouvait faire aussi bien qu’un média généraliste ». 

Quand on lui pose la question de l’évolution du marché de l’image, Vincent nous soutient qu’il était encore très optimiste il y a quelques années. Il pensait que l’apparition des journaux sur le web était une bonne chose, parce que cette part de diffusion des images reviendrait forcément aux photographes. 

« Or cette récupération a été beaucoup compliquée que prévu. Et même avec Rendez-vous Photo, on n’a pas réussi à créer un marché suffisant pour que Rendez-vous photo soit sorti d’affaire. Il y a un vrai problème de liquidités pour la diffusion sur le web ». 

Il est moins optimiste aujourd’hui parce que cette transition s’avère beaucoup plus longue et complexe que ce qu’il avait imaginé.« C’est pour ça que sur Divergences j’aimerais qu’on ait des tarifs spécifiques pour le web. 

Quand tu crées un site mutualisé, tu n’as pas de regard sur les tarifs qu’appliquent les photographes ». Eux-mêmes n’ont d’ailleurs pas la main là-dessus parce que les magazines ont leur propre grille tarifaire. Le risque d’une négociation trop rude de la part du photographe c’est le louper la publication et de se « griller » auprès du journal. 

l’intérêt des micro-stocks pour diffuser ses images 

L’enjeu de la publication des images sur le web reste la tarification, qui fait débat au sein même de la profession. « Si je suis un peu provocateur, je peux dire que peut-être certaines de mes photos ne valent rien, qu’elles pourraient être publiées gratuitement sur certains supports. En revanche, j’ai d’autres images qui valent beaucoup ». Donc je comprends qu’un photographe aille vers des choses qui lui permettent de vivre ». 

Vincent Leloup fait le parallèle entre la fin du monde et la fin du mois. La fin du monde de la photo est annoncé depuis longtemps par des gens qui ont un regard peu optimiste sur l’avenir du métier. Et puis il y a la fin du mois, « il faut bien réussir à vivre de sa photo. Donc je comprends qu’un photographe aille vers des choses qui lui permettent de vivre ».

fQuand on l’interroge sur l’utilisation des banques d’images, il répond sincèrement :  « Je n’ai pas de vrai avis sur les stocks. Les photos qui sont vendues sur ces sites-là sont quand même assez différentes de celles que nous faisons, même si certains évènements (comme l’incendie de Notre Dame) permettent à des photographes qui ne sont pas pro ou qui aimeraient le devenir de diffuser leurs photos sur les stocks ». 

Quelle est la place de la photo de presse aujourd’hui ?

Vincent Leloup revient sur l’expérience de Rendez-vous Photo. Il trouve très intéressant le travail d’éditions sur les photos qu’il reçoit mais est un peu plus réservé concernant la jeune photographie. « C’est beaucoup du 35 mm à 2M de l’action. Ce sont des photos qui sont très « signées » souvent. Quand je reçois un sujet, il manque les gros plans et les plans très large. Si tu n’as pas la double d’ouverture, ton sujet ne passe pas ». 

Le co-fondateur de Divergence fait une différence entre photo de presse et photojournalisme. « ll ne devrait pas y avoir de différence mais j’ai le sentiment que quand on prononce le mot photojournalisme, on pense beaucoup aux photos de guerre, aux photos de conflit, et qu’on pense peu aux portraits, à la photo d’illustration et que toute cette partie de la photo de presse est un peu oubliée. Je ne connais pas d’expo sur comment on a traité la photo de supermarché depuis 20 ans ». 

Le portrait fait vivre les photographes, tout comme la photo d’illustration. « Puis, de temps en temps, tu fais un grand reportage et ce grand reportage qu’on va mettre dans le secteur photojournalisme, c’est en fait une petite partie de la vie des photographes ». 

Vincent conseille aux photographes de répondre à tous ces domaines pour réussir à vivre de son métier. 

Vincent pointe aussi la multiplication des festivals photo et des prix qui permettent à quelques photographes de trouver des financements pour leurs sujets. « C’est un emplâtre sur une jambe de bois. ça va sauver un photographe pendant un an ». Il reconnaît, néanmoins que la palette des sources de revenus s’est un peu élargie pour les photographes d’aujourd’hui. 

Enfin, Vincent affirme que  « le photographe doit suivre ses sujets. C’est le suivi à long terme qui va faire que tu vas te démarquer des autres. La motivation première c’est de voyager et de rencontrer des gens mais ce n’est pas le cœur du métier ». 

Il revient en fin d’épisode sur l’importance de ne pas rester seul. Il est essentiel de se confronter aux regards et aux idées des autres. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

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