Pierre Morel est photographe professionnel depuis une dizaine d’années. Il a suivi une formation de 8 mois à l’EMI-CFD pour devenir photojournaliste. Aujourd’hui, il travaille principalement en commande pour des journaux variés (Paris Match, LesJours.fr, Okapi, …). Il travaille aussi pour des institutions et des entreprises. 

Pierre Morel est membre de l’agence Divergence Images et il est représenté par un agent de La Company.

« J’ai une activité très diversifiée. Mes sujets de prédilection sont les reportage politique, de société. J’aime porter un regard optimiste et positif sur les entreprises en France et en Europe. Je développe principalement sur des sujets gentils ». 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment partir en commande pour une rédaction  (6’’13)
  • L’importance du positionnement marketing (11’’50)
  • Comment mettre en place une stratégie efficace (18’’05)
  • Comment modifier son rapport à l’argent  (20’35)
  • quelles sont les associations de défense des photographes (14’’20)

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Comment partir en commande pour une rédaction?

Pierre Morel se définit comme un prestataire de la photographie. « Je réponds aux besoins d’une rédaction ou d’un client à partir de l’histoire qu’ils veulent raconter». Quand on lui demande comment il arrive à gérer la contrainte de la commande imposée, il répond franchement : « je suis assez détaché. J’adore la contrainte et le cadre de la commande. » Il se dit plus à l’aise sur le plan de la légitimé lorsqu’elle est apportée par le commanditaire. « Il m’est arrivée de proposer des sujets mais je me dis pourquoi ce sujet est légitime. Je n’ai pas la confiance ou l’envie de porter ça. » 

Il a su se faire identifier pour les rédactions parisiennes sur ces thématiques de prédilection. « Aujourd’hui, les commandes qu’on me confie correspondent aux sujets que j’ai envie de faire. »

Le photographe avoue volontiers qu’il faut aimer la commande. « D’une commande à l’autre, on change de sujet. Je n’ai pas proposé une seule idée depuis 2 ans. » Il ne se dit pas frustré pour autant. Bien au contraire. Son activité est en croissance constante depuis 10 ans. « Mais cette croissance est-elle liée à l’état du marché ou à ma croissance personnelle, je n’ai pas de réponse. J’ai l’impression que le marché de la commande est toujours le même gâteau. Je suis toujours surpris qu’on m’envoie à l’étranger pour des commandes ».

Publication d'une photographie de Pierre Morel en double-page de Studio Cine Live en Septembre 2017
Parution de Pierre Morel dans Studio Ciné Live de Septembre 2017

L’importance du positionnement marketing ?

On parle beaucoup de l’évolution du marché de la photographie avec un discours souvent très négatif. Mais Pierre se veut optimiste : « Il y a toujours un besoin de production photographique originale sur un certain marché (plutôt un marché de niche, un marché premium) On a toujours besoin de portrait de PDG ça ne se trouve pas en micro-stock. Les journaux qui veulent montrer une plus-value, ont besoin de passer commande pour du contenu original ».

Il affirme que ce n’est pas tant la qualité des photos qui prime que le professionnalisme. Evidemment, les photographes sont de plus en plus nombreux sur le marché. Plutôt que de s’attarder sur la concurrence, Pierre Morel conseille de rester pro-actif par rapport à la commande. C’est cette attitude qui va apporter les recommandations et permettre de durer dans le métier : « ça fait 10 ans que je fais ce métier, je dois louper 15/20 plans par an parce que je ne suis pas disponible. »

Miss France 2016, Iris Mittenaere, essaie des robes dans les coulisses du Moulin Rouge à Paris le 10 novembre 2016 en prévision de sa participation au concours Miss Univers. Elle est suivie par une équipe de l’émission de télévision « 50 minutes inside » (TF1) © Pierre Morel

Néanmoins, Pierre reconnaît que les modes peuvent changer. « Il est important de ne pas mettre tous ces oeufs dans le même panier. »

Comment mettre en place une stratégie efficace

Le photographe insiste sur le fait de montrer son travail. Aujourd’hui, les canaux de diffusion sont nombreux. Il est essentiel de se créer une audience qui pourra, par la suite, être monétisée. Il peut s’agir de tenir un blog ou organiser une exposition. Mais l’idée ce n’est pas d’être sur tous les canaux, notamment en termes de réseaux sociaux.  Pierre l’affirme : « il faut trouver quelque chose qui te ressemble. Sois original. » C’est la meilleure façon pour marquer les esprits et faire que les clients vont venir. 

Les lectures de portfolios sont un très bon moyen d’avoir un retour constructif sur son travail. « Il m’est arrivé de payer des iconographes pour regarder mon site ».

Il est fondamental de partir de soi. La photographie a cet avantage non négligeable d’avoir déjà un impact visuel fort. « Mes photos sont ma matière première et je vais m’en servir pour raconter des histoires, en les publiant régulièrement, en montrant des coulisses, des backstages, etc. ». Mais la pertinence du contenu et le fait de raconter des histoires sont indissociables de la notion de plaisir pour Pierre Morel :« il faut que ça te fasse plaisir, faire ta promo, la promo ton travail, la promo de ton collectif. Il faut pas se forcer. Le marketing est nécessaire. Si ça ne te fait pas plaisir, fais-le faire par quelqu’un d’autre ». 

C’est une réelle démarche personnelle à mettre en place. 

Comment modifier son rapport à l’argent ?

Pierre admet que le rapport à l’argent est une réelle question pour les photographes. « Un des grand problème du milieu artistique : quand on gagne des sous, on a l’idée qu’on galvaude son art. »

Il s’inscrit en faux contre cette idée reçue : « si ce n’est pas nous qui prenons l’argent de la valeur qu’on crée ce sont d’autres gens qui en profiteront, des plateformes, des galeries, des directeurs d’institution, etc. »

Avoir une vision pour son travail et assumer l’aspect business, c’est avoir plus de liberté et de moyens pour créer. C’est un état d’esprit à adopter. Pierre Morel est intransigeant quand on évoque la question des tarifs : « dans la vie professionnelle, si on commence avec un tarif  trop bas, les gens vont vous identifier à ce tarif là et ça va être très dur de remonter ». La valeur du travail ne se montre pas seulement avec la qualité de la production. Le tarif est un facteur important qui donne de la valeur à la photographie. D’ailleurs il insiste :  « si tu veux que les gens paient pour ton travail, il faut que toi tu sois prêt à payer pour ton travail à toi ». Il a investi dans un comptable, des locaux et divers outils promotionnels. Il confie que « l’argent est venu » lorsqu’il a considéré sa photographie comme un « vrai métier ».

S’imposer un bilan financier tous les mois, c’est aussi respecter ses valeurs. Pierre Morel explique qu’il s’agit « d’imposer des bonnes pratiques, payer correctement  les gens avec qui on travaille, s’entourer d’assistants, apprendre à déléguer, se donner les moyens d’avancer, payer ses logiciels, éviter de faire du black ». L’idée c’est créer un cercle vertueux qui va se répercuter sur notre activité.

Pour continuer à être efficace, il est important de s’accorder des temps de pause. 

« Plus j’ai détaché mon métier de ma passion, plus ça a marché. Plus j’ai coupé à 20h pour reprendre frais et dispo à 8h, plus j’ai pris de vacances, mieux ça a marché, plus j’ai été efficace ». Pierre confie que lorsqu’il part en reportage, la location de son appartement lui assure une rentrée d’argent passive. Il donne aussi des formations dans des écoles. Il évoque même l’envie d’écrire des livres. 

Il rappelle que « Freelance, c’est la liberté de donner la valeur que l’on veut à notre travail. »

Et si l’on traverse des moments de doutes, il ne faut pas hésiter à s’entourer. Il faut discuter avec les autres photographes et se tourner vers les syndicats et associations de défense du métier. 

Quelles sont les associations de défense du métier de photographe ?

Très impliqué dans le fonctionnement de l’UPP, Pierre assure que « dans n’importe quel métier, tu dois permettre à l’ensemble des membres d’avoir un maximum d’informations ». Ces organisation sont des regroupements de corporation qui apporte de la cohésion à l’ensemble du métier. Elles ont un rôle effectif d’action auprès de l’Etat. C’est un peu « la courroie de transmission vers les ministères », résume Pierre Morel. 

Les membres de ces organisations peuvent bénéficier d’une expertise juridique, d’un accompagnement individuel, de fiches pratiques. Pierre Morel conseille à tous les photographes de se rapprocher de ces organisations et d’envisager le prix de l’adhésion comme un investissement dans le métier : « Ces organisations sont la somme de ce qu’en font les gens ». 

Il conclue par un appel à l’entraide : « Une grande partie de la réussite c’est de faire collectif ». 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Pierre Morel

La Company

L’UPP (Union des photographes professionnels)

La Maison des Photographes

L’article de Pierre Morel évoqué dans l’épisode

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