photographe paysage jc milhet

Jean-Christophe Milhet est photographe basé à Perpignan. Il travaille principalement pour la presse, majoritairement pour des magazines mais aussi pour des entreprises et il fait de l’illustration touristique. 

Son territoire de prédilection se situe dans les Pyrénées catalanes, il couvre l’ensemble de l’Occitanie et plus largement le pourtour méditerranéen. 

Dans ce nouvel épisode du podcast, vous allez apprendre :

  • Comment sont choisis les sujets (4’’20)
  • Quelle est la place du photojournalisme aujourd’hui (8’’18)
  • L’importance du timing (12’’00)
  • Comment contacter efficacement une rédaction (27’’00)
  • Comment exposer dans une galerie (9’’20)

Vous pouvez aussi écouter cet épisode sur Apple Podcast ou sur Soundcloud

JC Milhet nous raconte comment il est arrivé à la photographie de paysage. « Tout a commencé dans un paquet de lessive, parce qu’un jour ma grand-mère a ouvert un paquet de lessive et dedans il y a avait un micro110 et j’ai commencé à jouer avec ça. La photo est toujours restée autour de moi ». La photographie de paysage s’est imposée naturellement à lui parce qu’il aime randonner. 

Qu’est-ce que la photo de paysage ? 

« Une bonne photo de paysage, c’est très compliqué ». Jean-Christophe reconnaît que les belles photos de paysage sont nombreuses. Mais il faut qu’elles soient publiables. Les unes de la majorité des grands magazines vont choisir des ciels bleus. Il admet : « ils peuvent se permettre parfois des beaux levers, des beaux couchers de soleil mais il faut que ce soit très doux. Alors que la tendance de la photographie de paysage aujourd’hui, c’est beaucoup de filtres, des couleurs très forcées, qui sont très belle au demeurant mais pour être dans une galerie d’expo. Elles auront du mal à se vendre dans la presse ».

Il faut adapter sa photographie à la demande des magazines. Pour JC, une belle photo de paysage, « c’est nécessairement un grand angle, nécessaire beaucoup de profondeur de champ et un maximum d’informations possibles sur une seule image ».

Même si la photographie de paysage paraît simple et accessible, JC Milhet prévient : « ce n’est pas juste appuyer sur un bouton ». Dans chacune de ses images, Jean-Christophe cherche à montrer toutes les nuances du paysage et « tout ce que peut révéler la nature ».  

L’importance de la préparation

JC revient sur une anecdote de reportage pour nous faire comprendre l’importance de la préparation : « pour un cliente, je devais photographier la baie de Collioures. Il y a une piste en voiture, et après il y a 30 minutes de marche. Je calcule le temps et je pars de chez moi pile poil pour être en haut de la tour avec la bonne lumière ».

Tout était prêt pour faire le trajet de 30 juin. Mais la météo n’étant pas bonne ce jour-là, il décide de reporter son trajet de 24h. « Mais le 1er juillet il y a une barrière qui empêche l’accès à la piste et je me suis retrouvé 45 mn de marche plus bas. Je me suis mis en panique, je suis parti en courant. J’aime bien marcher longtemps mais je n’aime pas courir. Je me suis retrouvé à courir comme un dératé, de nuit, avec la lampe torche, et finalement je suis arrivé à quelques minutes près, j’ai posé mon trépied, j’ai fixé mon appareil, j’ai lancé le déclenchement, j’ai vomi deux fois d’épuisement, je me suis relevé, j’ai vérifié mes photos, j’ai refait une image, je me suis allongé, ma tête tournait ».

En riant, il rappelle à quel point il faut être en forme si l’on veut obtenir la bonne image. Effectivement, la photo peut être réalisée rapidement une fois sur place. Mais il faut pouvoir arriver à l’endroit où le trépied sera installé. Appuyer sur le déclencheur ça peut prendre «  deux heures de marche de nuit », rappelle JC.

Comment construire une histoire pour raconter un paysage ? 

JC se définit comme un photographe de territoire. Il explique que « c’est un paysage  qui va englober le territoire et situer où nous sommes ». Son rôle de photographe est alors de montrer ce qui se passe sur ce territoire.  

« Ce n’est pas forcément de l’action, ça peut être juste un bâtiment au sens où il s’est passé quelque chose, c’est du patrimoine ». 

Il va ensuite chercher à documenter une initiative, un agriculteur par exemple. « Ensuite, c’est un portrait, parce qu’un territoire est toujours habité ». JC s’attache ensuite à photographier les détails qui vont permettre la compréhension du territoire. 

C’est l’ensemble de ces éléments qui va donner le photoreportage. 

Jean-Christophe est très vigilant sur le storytelling.  « Concernant le storytelling, j’en débats avec le rédacteur. C’est son angle et quand je commence le reportage, je ne l’ai pas. Donc au moment où il me rejoint, on en discute et j’adapte mes photos si besoin ».

Il nous explique l’intérêt de travailler en série, à savoir d’agencer les images de manière logique. « Il faut vraiment que ton lecteur rentre dans la première image et arrive à la dernière sans avoir eu de coupure dans sa lecture, il faut que ça défile. et c’est grâce à la préparation et au le dernier editing ».

Extrait du site web de JC Milhet avec son reportage sur la route de la Fraise.

Pour le photographe, il est inconcevable de ne pas travailler en réfléchissant en termes de série. Que ce soit pour des photos de famille, ou des photos de commande pour un magazine, il va toujours chercher à raconter une histoire. Pour se faire, il peut jouer sur les lumières (aller des photos de jour vers les photos de nuit) , jouer sur la construction (aller du bâtiment le plus construit à celui le plus en ruines), jouer sur le côté historique (en allant du plus loin au plus près). 

Il appuie sur l’importance d’avoir une série cohérente. Il déconseille de mélanger couleur et noir&blanc, « d’ailleurs, lors de lectures de portfolios, les iconos butent tout de suite sur ce genre de mélange ».

Comment se renouveler quand on est photographe ? 

Il reconnait que c’est une question qui revient souvent, pour tous les photographes. Pour JC, il y a deux pistes qui permettent de se réinventer. 

Extrait du site web de JC Milhet avec son reportage sur la néo-ruralité.

D’abord il faut « bouffer de l’image », comme il dit. Il recommande de s’inspirer continuellement de ce qui a été fait, sans se cantonner à quelques articles sur internet. Admiratif, il cite Ansel Adams en insistant sur le fait que « le passé est aussi important que le futur ». Il conseille d’étudier les technologies de l’époque et de transposer les visions des grands photographes dans notre technologie pour trouver des idées et apporter quelque chose de nouveau. « Il faut s’en inspirer et faire différemment ».

Enseignant à l’université de Perpignan, il fait le constat d’un manque de culture de l’image chez les élèves d’aujourd’hui. 

Ensuite, il faut « casser les règles ». Jean-Christophe est formel, il faut maîtriser toutes les règles de cadrage pour pouvoir les déconstruire par la suite, les détourner. Changer de matériel est aussi un excellent moyen pour sortir de sa zone de confort. « Essaie de voir le monde différemment », affirme-t-il.

La démarche est simple, il faut faire de l’image. 

Comment développer son écriture photographique ? 

«C’est en faisant plein de séries, en travaillant ma narration en développant mon écriture photographique, que j’ai réussi à être identifié sur la montagne ». Il n’est pourtant pas cantonné exclusivement dans cette thématique. Il réalise des sujets extrêmement variés.  

L’écriture photographique se développe à partir de sujets que nous avons à côté de chez nous : «  il faut prendre un sujet, bien le connaître et souvent, ces sujets là sont proches. Il faut chercher les sujets de proximité ». C’est ce sujet qui va représenter le travail du photographe. C’est en montrant ce travail que le photographe va réussir à se faire identifié comme spécialiste de la thématique choisie. 

C’est ainsi qu’il récupère des commandes. Aujourd’hui, JC est chez Hans Lucas : « ça m’apporte l’accès à la communauté, il y a des gens sympas, l’accès à la plate-forme, PixPalace ». Par rapport aux agences, dont il a déjà fait l’expérience, il voit chez Hans Lucas l’avantage de diffuser lui-même son travail et de traiter directement avec le client. Il fait la différence entre la vente directe (l’achat de photo en ligne sur la plateforme) et indirecte (le contact qui va déclencher la commande). « Je ne suis pas un gros vendeur de photo d’archive. Je vends peu d’images mais à forte valeur rémunératrice (couv, double page, pleine page). Comme ses images sont beaucoup plus visibles, Jean-Christophe nous explique qu’il est plus souvent sollicité pour des commandes. 

Enfin, malgré l’état de la presse actuellement, il reste optimiste : la presse aura toujours besoin de photographes en région. D’un point de vue économique et écologique, il sera toujours intéressant pour les rédactions d’avoir des photographes sur place. Les grands titres de la presse française continueront à traiter des sujets qui touchent la province. De même pour la photo corporate, JC l’affirme : « les entreprises auront toujours besoin d’images ».

C’est l’écriture photographique qui va faire la différence. 

Toutes les informations utiles de l’épisode

Le site web de JC Milhet

Son espace sur Hans Lucas

Les photographes cités dans l’épisode

Laurent Ferrière
Ansel Adams

Pour les curieux qui veulent savoir ce qu’est un micro110

Le livre pour devenir autonome et enfin vivre de sa photographie

Retrouvez le témoignage de JC Milhet et d’autres professionnels du monde de l’image dans la 2ème édition du livre Photographe Stratège.